ACTUS LOCALESPOLITIQUE

« La société civile doit éclairer le gouvernement » sur la souveraineté alimentaire


Après deux propositions écartées, le Cesec a validé une autosaisine sur la souveraineté alimentaire et le développement agro-économique durable. Des sujets d’actualité : Moetai Brotherson, critiqué pour son action dans ce domaine, a dit vouloir en faire une priorité pour la fin de mandature, et la CTC vient de constater, dans un rapport, l’échec répété des politiques publiques pour faire baisser la dépendance aux denrées importées. Des agriculteurs aux institutions, en passant par les consommateurs, la formation ou la recherche, Marotea Vitrac, qui porte cette autosaisine, veut « taper large » dans les consultations, et proposer aux autorités d’ici 6 à 8 mois un plan d’action à « 5, 10, 20 ou 30 ans ».

Soulagement au Cesec. Après deux propositions d’autosaisine écartées – sur la voirie et le foncier, puis sur les défis de l’intelligence artificielle -, un sujet d’étude a enfin rassemblé la majorité nécessaire. La proposition, intitulée « Produire, transformer et consommer local en Polynésie : enjeux, leviers et perspectives pour une souveraineté alimentaire et un développement agro-économique durable » est portée par Marotea Vitrac et Moana Maamaatuaiahutapu. Elle s’attaque à un sujet « au carrefour de la souveraineté, de la santé, de l’environnement, et de l’identité culturelle », dans un contexte de tensions sur le pouvoir d’achat, de risques sur l’approvisionnement. Un sujet qui est aussi à la une de l’actualité politique : la marche vers la souveraineté alimentaire a été remise au devant des priorités du gouvernement, elle a fait l’objet, ces derniers temps, de passes d’armes politiques tendues à l’assemblée, et la Chambre territoriale des comptes vient de faire paraitre un rapport très complet sur l’échec des exécutifs successifs à réduire la dépendance du fenua aux importations alimentaires… On y apprend notamment que la Polynésie est toujours dépendante, malgré des décennies d’annonces politiques, à près de 80% des denrées importées, pour une valeur annuelle de 60 milliards de francs.

Ce dernier rapport a d’ailleurs laissé dire à certains membres du Cesec que tout, ou au moins beaucoup, avait « déjà été dit » sur le sujet. Mais les porteurs de la proposition ont su défendre leur autosaisine, qui ne vise pas à poser un « énième constat » mais bien à faire des propositions pour enfin réaliser le potentiel de l’agro-économie locale.

Plan d’action hiérarchisé à « 5, 10, 20 ou 30 ans »

Il s’agira donc de dresser un état des lieux « exhaustifs » des filières productives, de l’agriculture à la pêche en passant par l’élevage, l’agroforesterie, l’aquaculture et la transformation, d’identifier les « freins historiques, structurels, fonciers, financiers, techniques et humains », qui entravent leur développement ou leur compétitivité, de s’intéresser à l’expériences de pays voisins, d’identifier les voies de valorisations locales et à l’export, de proposer un plan d’action hiérarchisé à « 5, 10, 20 ou 30 ans » avec des objectifs « réalistes », et bien sûr de formuler des recommandations concrètes, d’évolutions législatives ou réglementaires, au Pays et aux élus de l’assemblée.

« Il y a une volonté très forte du gouvernement, des élus, d’appuyer le secteur primaire. Le président l’avait exprimé clairement dans ses vœux. Et c’était très important que la société civile puisse se prononcer sur ses désidératas, ses souhaits…. Elle doit éclairer le gouvernement dans cette mission qu’il s’est confié, explique Marotea Vitrac. Il y a une durée de travail qui est prévue par cette autosaisine, de six à huit à mois, pour rencontrer tout le monde, les acteurs institutionnels, les acteurs publics, les représentations et syndicats privés, les privés eux-mêmes. On veut taper très large, au niveau de l’éducation, de la formation, de la recherche, parce que cette consultation publique doit permettre d’éclairer sur les agissements urgents en matière de sécurité alimentaire, de développement foncier et tout ce qui s’ensuit ».

Lors des discussions, plusieurs membres du Cesec ont interpellé sur les niveaux des prix de la production locale, sujet qui sera aussi intégré dans les réflexions.

 

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