ACTUS LOCALESPOLITIQUE L’accord calédonien « ouvre des perspectives » estime Moetai Brotherson Charlie Réné 2025-07-14 14 Juil 2025 Charlie Réné Si le président du Pays veut laisser le débat sur l’accord de Bougival « aux Calédoniens », il explique l’avoir analysé avec attention. Moetai Brotherson y voit des « éléments intéressants », dans la nationalité calédonienne créée ou la reconnaissance internationale, mais pointe que ce texte, qui « pousse la Constitution jusqu’à ses limites », « n’est pas un texte de souveraineté, mais un texte de fédéralisme ». Il estime en tout cas que l’accord sera un « sujet de discussion », notamment lors de la visite de Manuel Valls cette semaine. « Je trouve dommage qu’il ait fallu une collectivité à feu et à sang pour qu’on arrive à faire bouger les lignes », note le président. Lire aussi : Ce que contient l’accord de Bougival Emmanuel Macron salue « l’invention d’un chemin » inédit Pour le FLNKS, l’accord de Bougival permet « d’avancer sur la trajectoire de la souveraineté » Pour Tony Géros, un accord « ambigu », et dont la concrétisation est « morte dans l’oeuf » Pour Moetai Brotherson, un texte » innovant », mais « pas un texte de souveraineté » L’accord de Bougival, signé vendredi soir par les indépendantistes et loyalistes calédoniens, ainsi qu’avec l’État, va-t-il faire des émules en Polynésie ? « Tout le monde se pose la question », reconnait Moetai Brotherson. Le président du Pays était interrogé sur cet accord – qui prévoit la création d’un État de Nouvelle-Calédonie, doté d’une nationalité propre, d’une loi fondamentale, et d’une reconnaissance internationale, mais avec toujours un statut inscrit dans la constitution française – à l’occasion des célébrations du 14 juillet sur l’avenue Pouvanaa a Oopa, un évènement auquel il a « participé à chaque fois qu’il a été invité ». « C’est une fête d’indépendance et comme tout indépendantiste qui se respecte, c’est une fête qui à laquelle j’attache de l’importance », a-t-il précisé à l’issue des défilés militaires et civiles de la matinée. L’accord de Bougival, il l’a « lu neuf fois » depuis samedi, et l’a déjà « fait analyser par [s]es juristes ». « Pour l’instant ce que je peux en dire c’est que c’est un texte innovant, un texte qui pousse la Constitution jusqu’à ses limites. En revanche ce n’est toujours pas un texte de souveraineté, c’est un texte de fédéralisme. Et puis ce que je trouve dommage c’est qu’il ait fallu une collectivité à feu et à sang pour qu’on arrive à faire bouger les lignes ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/07/NC-Moetai-1.wav Dans le paysage politique polynésien, on répète depuis cette signature, aussi inattendue que « historique » pour les commentateurs, que les dossiers polynésiens et calédoniens sont très différents. Mais Bougival peut-il donner des idées à certains indépendantistes maohi ? Ouvrir de nouvelles portes de négociations avec l’État ? « Ça donne des perspectives, mais on a un chemin, nous, qui est un peu différent, répond le chef du gouvernement. On a une histoire qui est différente de celle de la Calédonie. Un contexte économique et social qui est différent également ». La signature sera tout de même un « sujet de discussion » avec Manuel Valls, qui doit atterrir mardi soir à Tahiti. « Ça va être un sujet de discussion », confirme Moetai Brotherson, qui trouve quelques « éléments intéressants » dans le texte. « Cette citoyenneté réaffirmée, par exemple pour la protection de l’emploi local ou du foncier, qui donne des perspectives. Il y a une forme de reconnaissance à l’international, qui en lecture du droit international ne vaut rien… Il y a des éléments intéressants. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/07/NC-Moetai-2.wav Toujours est-il que le « débat est avant tout calédonien », et il reste à faire puisque cet accord doit être soumis à l’approbation des habitants du Caillou, avant d’être voté par le Parlement à Paris. Reste à savoir comment les élus signataires seront reçus par les militants et citoyens à leur retour de Paris, et s’ils défendront avec enthousiasme cet accord obtenu à l’arraché. « C’est vrai que j’ai pas beaucoup vu de sourire sur la photo, note Moetai Brotherson. Le temps n’y était peut-être pas non plus. »