ACTUS LOCALES L’accord de Bougival « ambigu » et « mort dans l’œuf » pour Tony Géros Charlie Réné 2025-07-14 14 Juil 2025 Charlie Réné L’accord signé samedi par les indépendantistes et loyalistes calédoniens, n’a pas encore été commenté officiellement par le Tavini. Mais son vice-président, et président de l’assemblée, ne cache déjà pas ses doutes sur le fond – notamment la création d’une double nationalité – comme sur la forme. Car faire accepter cette réforme constitutionnelle inédite dans le contexte politique actuel relève selon lui de « l’utopie ». Voire du déraisonnable : « Je sais pas de la tête de qui on se fout ». Lire aussi : Ce que contient l’accord de Bougival Emmanuel Macron salue « l’invention d’un chemin » inédit Pour le FLNKS, l’accord de Bougival permet « d’avancer sur la trajectoire de la souveraineté » Pour Tony Géros, un accord « ambigu », et dont la concrétisation est « morte dans l’oeuf » Pour Moetai Brotherson, un texte » innovant », mais « pas un texte de souveraineté » Aucun communiqué officiel, aucune prise de parole des leaders et élus du parti… Le Tavini reste discret, depuis vendredi soir et la signature, après 10 jours de discussions à huit clos, et après plus d’un an de crise économique et politique sur le Caillou, d’un accord entre les chefs de file indépendantistes et loyalistes calédoniens, ainsi que l’État. Un accord qui prévoit la création d’un État de Nouvelle-Calédonie, doté d’une nationalité propre, d’une loi fondamentale, et d’une reconnaissance internationale, mais avec toujours un statut inscrit dans la constitution française, plaçant donc le nouvel état dans le périmètre de la République. « On a beau tourner l’accord dans tous les sens… » Au Tavini, où on a souvent mis en avant la convergence des luttes Kanak et Maohi, cet accord, qui pose une nouvelle forme de compromis dans l’objectif indépendantiste – le FLNKS estime avoir « pris ses responsabilités », avec cette signature qui permet « d’avancer sur la trajectoire vers la souveraineté » – a de quoi faire débat. Mais le parti ne le commentera pas avant d’en avoir officiellement discuté dans ses instances, explique Tony Géros, qui était présent ce lundi aux célébrations du 14-juillet. Il s’agira bien sûr de « respecter la décision qui a été prise » par les signataires, mais le président de l’assemblée et aussi vice-président du parti bleu ciel confie déjà des interrogations profondes. Sur le fond d’abord : « d’un point de vue intellectuel, c’est un peu ambigu, dans un pays souverain d’avoir deux nationalités, on n’arrive pas comprendre. Il y en a forcément une qui est plus forte que l’autre, on ne peut pas avoir deux nationalités, explique l’élu. Bon maintenant ils vont nous expliquer ce que ça veut dire réellement parce que jusqu’ici on a beau tourner l’accord qui est dessiné dans tous les sens, on n’arrive pas à en dégager la substantifique moelle qui puisse nous donner satisfaction dans la définition de ce que serait cette nouvelle identité nationale calédonienne ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/07/NC-TONY-GEROS-1.wav « Réunir le Congrès d’ici février c’est infaisable » Mais c’est surtout sur la concrétisation de cet accord que Tony Géros partage ses doutes. Car avant d’entrer en vigueur, l’accord de Bougival doit être soumis pour approbation aux Calédoniens – probablement en début d’année prochaine – et être acté dans une loi organique spéciale. Les évolutions statutaires envisagés par le texte passeront nécessairement par une révision de la Constitution, et donc, à moins d’un référendum national, par la réunion d’un Congrès rassemblant les élus de l’Assemblée nationale et et du Sénat à Versailles, avec un vote à la majorité qualifiée des 3/5e. Une procédure longue et un exercice difficile dans le contexte politique français actuel, très instable. « Honnêtement, réunir un congrès dans une instabilité comme celle-là, changer la Constitution pour faire adopter les grandes lignes de cet accord, excusez moi, mais je sais pas de la tête de qui on se fout. C’est utopique. Réunir le congrès d’ici février c’est infaisable. L’embryon est mort dans l’oeuf, il faut être raisonnable ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/07/NC-TONY-GEROS-2.wav Si le Tavini a toujours soutenu avec force le FLNKS, « partenaire » et « frère de lutte du Pacifique » son président Oscar Temaru s’est régulièrement montré, particulièrement ces dernières années, critique des choix qui ont été faits par les leaders Kanak. Et notamment des compromis trouvés dans les accords de Matignon (1988), au sortir de plusieurs années de violences sur le Caillou, et de Nouméa (1998). « Ils se sont fait avoir », avait-il par exemple déclaré en 2022 sur le plateau de Radio 1. Des critiques qui sont aussi, pour le parti bleu ciel, une façon de conforter sa stratégie onusienne, bien qu’elle n’ait jamais réussi à contraindre l’État à ouvrir des discussions de décolonisation en Polynésie.