ACTUS LOCALESEMPLOI L’administration malade de « l’absence de volonté politique », dénonce le SFP Caroline Perdrix 2025-09-19 19 Sep 2025 Caroline Perdrix Olivier Champion (à droite) et Christophe Psychogios du SFP. Le secrétaire général du Syndicat de la fonction publique, Olivier Champion, publie à compte d’auteur « Un va’a sans peperu ». Diagnostic ou pamphlet électoral, les lecteurs jugeront. En 200 pages, le syndicaliste brosse le tableau d’une administration victime du « manque de vision et de volonté politique », de la « lenteur affligeante des réformes » et plombée par « une hiérarchie qui n’est pas formée au management ». Olivier Champion reconnaît « la nécessité de réduire la voilure », et demande que les recrutements soient organisés annuellement, et soient tous soumis à des concours au niveau rehaussé pour « faire confiance aux jeunes ». Vous dites que malgré des déclarations de bonne volonté, quand il s’agit de réformer l’administration polynésienne, le gouvernement n’aborde pas les vrais sujets. Quels sont les vrais sujets ? Le vrai sujet, c’est qu’on doit se poser la question du dimensionnement de notre administration. Il y a une évidence sur la nécessité de réduire la voilure, et aussi d’améliorer l’efficience du service public. Ce que j’explique dans le livre, c’est que les obstacles ne sont pas du tout du côté des agents de la fonction publique, les obstacles sont dans l’absence de volonté politique, de vision politique. À quels services pensez-vous quand vous parlez d’inefficience ? Quel est le sens, par exemple, d’avoir au sein de la fonction publique, une pépinière, un système qui s’occupe des jardins, des parcs, etc ? La flottille administrative, si on utilisait les bateaux pour aller au-devant des habitants dans des archipels éloignés, en acheminant, par exemple, des services de santé, des services juridiques, et que les bateaux de la flottille administrative tournaient à plein tout le temps, il y aurait du sens. Mais aujourd’hui, les bateaux de la flottille administrative ne tournent pas, et tout ce qu’ils font pourrait parfaitement être assuré par des sociétés privées, et peut-être moins cher. Les trois premiers textes sur la réforme des cadres d’emploi ont été adoptés jeudi par l’assemblée. Vous ne croyez pas que ce gouvernement ira au bout de la réforme ? Contrairement à bien d’autres ministres de la Fonction publique, Vannina Crolas est quelqu’un qui a au moins une certaine franchise dans le discours et un certain dynamisme, pour autant il ne se passe pas grand-chose. Même s’il y a cinq ans de mandature, en réalité un ministre a une fenêtre de 2, 3 ans pour faire des réformes. L’énergie des débuts s’étiole. Vous parlez de « lenteur affligeante » et même de « mépris »du politique. Pour donner un simple exemple, les élections des comités techniques paritaires doivent se tenir en fin d’année. On nous avait annoncé les arrêtés pour l’organisation de ces élections au mois de juin, on est en septembre et on n’a toujours rien. Et ce ne sont pas les services qui posent problème, les dossiers sont bloqués au ministère. Au début de la mandature du gouvernement Brotherson, quand on écrivait, on n’obtenait que quelques réponses, maintenant on n’en a plus, même à la présidence. Donc moi je considère ça comme du mépris. Vous dites qu’il faut arrêter de copier-coller l’administration française. Ce qui, pour moi, est incroyable, c’est qu’à chaque fois qu’on demande à ce que notre administration prenne du recul par rapport aux textes métropolitains, on nous oppose : Oui, mais au moins avec les textes métropolitains, on a des jurisprudences, on sait à peu près où on va. Mais j’ai tendance à dire, au contraire, il faudrait que notre administration se prenne en main, qu’elle prenne ses propres textes et que, progressivement, avec la justice administrative, on mette des ajustements dans notre propre réglementation, mais qu’au moins, on ait une réglementation qui soit cohérente avec notre cadre socio-culturel. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/OLIVIER-CHAMPION-01.wav Vous dénoncez aussi la souffrance au travail, d’où vient-elle ? Principalement parce qu’il y a une hiérarchie qui est mal formée au management. Certains ne connaissent même pas le statut qui les régit. Il n’y a aucune formation continue obligatoire. Ça veut dire qu’on a des gens qui sont rentrés dans la fonction publique il y a peut-être 30 ans qui, s’ils ont fait preuve de paresse, sont restés avec leurs connaissances d’il y a 30 ans. Notre préconisation c’est de dire, il faut faire confiance aux jeunes, la plupart des jeunes qui arrivent aujourd’hui et qui réussissent les concours sont des gens qui sont quand même bien diplômés, qui sont intelligents. Beaucoup d’agents sont en fin de carrière, donc il faut permettre aux jeunes qui rentrent aujourd’hui de participer à la création de l’administration dans laquelle eux vont vivre leur carrière. Comment attirer et faire rentrer ces profils dans l’administration ? Notre administration n’arrive pas à s’oxygéner parce qu’elle recrute une fois de temps en temps, quand il y a une pression un peu forte sur les recrutements. On devrait avoir des recrutements qui soient annuels, et les modifier pour qu’ils soient moins coûteux et plus efficients. On devrait aussi avoir une commission qui définisse les métiers qui vont disparaître et les métiers qu’il faut, aujourd’hui, anticiper. Je réclame à corps et à cris que l’on cesse de recruter sans concours des agents. J’estime que le concours doit être l’obligation pour tout le monde. Je prends un risque presque électoral à demander que le niveau des concours soit rehaussé. Aujourd’hui, dans toutes les administrations, un cadre A, c’est quelqu’un qui a minium un bac plus 5. Un cadre B, c’est quelqu’un qui a au minimum un bac plus 3. Un cadre C, c’est quelqu’un qui a au minimum le baccalauréat, et les cadres D n’existent plus. À un moment donné, on doit aussi faire monter en compétence et en niveau notre administration. Si on demande à nos enfants de faire des études supérieures, rehaussons les niveaux de recrutement dans notre administration et donnons du sens à cette politique éducative. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/OLIVIER-CHAMPION-02.wav Vous êtes la cible de nombreuses attaques, sur le fait que vous occupez un poste à Paris mais que vous n’y êtes pas présent parce que vous passez l’essentiel de votre temps en Suède. Je n’ai rien à cacher, ma femme est suédoise, on a un petit qui a une dizaine d’années, et si j’ai voulu aller à Paris travailler à la Délégation c’est pour me rapprocher d’eux. Je suis déchargé d’activité. Mais j’ai pris l’engagement de continuer à travailler pour mon service quand même, j’y consacre quasiment la moitié de mon temps. Je travaille pour beaucoup à distance, et si ma directrice souhaite que je sois présent à ses côtés, je paye moi-même mon billet d’avion et j’y vais. Donc la seule personne morale qui soit lésée dans cette situation, c’est mon syndicat. Un va’a sans peperu est disponible sur amazon.fr en version brochée ou électronique.