ACTUS LOCALESPOLITIQUE Après la visite autonomiste à Taïwan, Pékin trace sa ligne rouge Charlie Réné 2025-09-19 19 Sep 2025 Charlie Réné Le consul de Chine à Papeete n’a pas apprécié la visite de Teva Rohfritsch, Édouard Fritch et Gaston Tong Sang à Taïwan fin août. Le diplomate, qui organisait une réception pour l’anniversaire de la République populaire jeudi soir, leur a même signifié directement « l’opposition ferme » de son Pays à ce genre d’initiative qui contrevient selon lui aux fondements des relations franco-chinoises. Une réprimande pas vraiment du goût de Teva Rohfritsch dont certains collègues sénateur sont actuellement à Taipei. Au consul qui « franchit la ligne de la bienséance », il a répondu n’avoir pas besoin d’autorisation pour voyager, dans le cadre parlementaire et avec « l’aval du quai d’Orsay ». Lire aussi : Autonomistes à Taiwan : une visite d’amitié « sans engagement pour la collectivité » Au consulat de Chine, on aime les anniversaires groupés. L’année passée, les 75 ans de la création de la République populaire de Chine avaient été l’occasion de revenir sur le soixantenaire des relations diplomatique entre la France et le régime communiste. Cette année, la fête nationale coïncide dans les discours avec un autre évènement : les 80 ans de la fin, en 1945, de la « guerre antifasciste mondiale » comme le dit le consul Lixiao Tian, une « guerre de résistance » menée, en plus des combats en Europe et dans le Pacifique, « par le peuple chinois contre l’agression japonaise ». ©HC Pour le diplomate, en poste depuis 2022 à Papeete, cette soirée à l’hôtel Hilton était surtout l’occasion d’inviter des élus, chefs d’entreprises, et personnalités de la communauté chinoises de Polynésie pour mettre en avant le potentiel de coopération avec la Polynésie en matière d’échanges commerciaux, étudiants ou scientifiques. L’occasion aussi de faire écho au discours du président Xi Jinping sur la réforme de la gouvernance mondiale, développé il y a quelques semaines, aux côtés, entre autres du président Russe Vladimir Poutine, du Nord-Coréen Kim Jong-un ou du premier ministre indien Narendra Modi : https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/CHINE-1.wav Appelés à la tribune, le président de l’assemblée Tony Géros appelle lui aussi a renforcer les relations entre le fenua et la Chine, pays qu’il a visité plusieurs fois et dont il prend en exemple certaines localités, comme l’île de Xiamen, comme des modèles de développement. Vannina Crolas, pour le gouvernement, détaille des projets de coopération en cours entre les musées des deux pays, ou sur les questions touristiques et aériennes, quand le Haut-commissaire Alexandre Rochatte met en avant le dialogue « exigeant mais respectueux » installé depuis longtemps entre Paris et Pékin, et les contributions de la communauté chinoise « sans lesquelles on ne saurait écrire l’histoire du fenua ». Des sourires, des hymnes, des photos verre à la main… Et tout de même un sujet d’irritation du côté du consulat : la récente visite de trois élus polynésiens à Taïwan. « Un symbole très fort au niveau politique » Teva Rohfritsch, Édouard Fritch et Gaston Tong Sang ont été reçus fin août et pendant une semaine par le gouvernement de Taipei, dont l’existence même est dénoncée par Pékin. La délégation, menée par le sénateur, membre du groupe interparlementaire d’amitié France Taïwan, avait bien précisé, dans un communiqué, qu’elle n’entendait en rien représenter la Polynésie sur place, mais plutôt mener, en tant qu’élus, une « mission exploratoire » sur des sujets comme la formation, la culture, le développement économique ou l’environnement. Sans compter le voyage sur les traces historiques des migrations du Pacifique, l’île de Formose en étant un des grands points de départ. Reste que dans le contexte de fortes tensions, diplomatiques et militaires, entre la Pékin et Taipei – qui ne datent pas d’hier puisque l’île se revendique autonome depuis 1949, quand les forces nationalistes du Kuomintang, mis en déroute dans leur guerre contre le parti communiste, s’y sont retirées -, ce déplacement a hérissé le poil de la diplomatie chinoise. ©HC Le consul estime ainsi, au micro plutôt qu’à la tribune, que le déplacement contrevient aux bases de relations diplomatiques entre la Chine et la France. « La France reconnait que Taiwan fait partie intégrante de la Chine, que la République populaire de Chine est le seul gouvernement légitime, c’est un des prémices de l’établissement des relations sino-française, le Haut-commissaire est d’accord avec nous sur ce point », explique Lixiao Tian. Pékin, qui a toujours fermement condamné les visites officielles dans le « territoire chinois de Taïwan », ne « s’oppose nullement aux autres échanges du monde civil, culturel ou économique ». Mais pour le diplomate, le déplacement d’une délégation rassemblant un parlementaire et deux anciens présidents de la Polynésie, qui plus est accueillis sur place par le vice-ministre des affaires étrangères taïwanais, constitue « un symbole très fort au niveau politique ». Raison pour laquelle le consul « a rendu visite à ces trois élus » pour leur exprimer directement son « opposition ferme » à leur initiative. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/CHINE-2.wav Les projets taïwanais plus fiable que les projets chinois ? Des rencontres jugées « constructives » : les élus autonomistes auraient, d’après le diplomate, rappelé le cadre de leur voyage, ont « pris en compte la position de la Chine sur ce sujet » et vont, toujours d’après le consul, « essayer d’éviter ce genre de problème » à l’avenir. Preuve que de l’eau a coulé sous les ponts : un des membres de la délégation, Gaston Tong Sang était présent à la soirée hier. Mais les réprimandes diplomatiques sont tout de même diversement appréciées. Contacté, Teva Rohfritsch rappelle, comme il l’avait fait pendant la visite, que ce déplacement ne s’est en rien immiscé dans le conflit entre Pékin et Taipei, qu’il a été effectué dans le cadre parlementaire et « avec l’approbation du quai d’Orsay ». Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un acte isolé, puisqu’une délégation de sénateur est en ce moment même à Taipei, reçu par le même vice-ministre Chih-chung François Wu. « J’ai bien pris acte de son appréciation et lui ai rappelé qu’en ma qualité de sénateur je n’avais pas à recueillir son approbation préalable« , précise l’ancien vice-président, qui est d’ailleurs aussi membre du groupe d’amitié France – Chine. Pas question d’ailleurs de laisser de côté les prospections faites sur place : « Je lui ai indiqué que Taïwan présentait de belles opportunités en matière de formation pour nos jeunes, en matière d’intelligence artificielle, d’ingénierie au sens large, de tourisme, comme de l’apprentissage du mandarin ». Le sénateur se dit « particulièrement intéressé par l’aquaculture du mérou à Taïwan » expliquant avoir « bien en tête les promesses d’investissements chinois en aquaculture à Hao qui ne se sont jamais concrétisées ». « Je trouve que ce consul dépasse ses prérogatives, ajoute-t-il. Il franchit la ligne de bienséance de la fonction qu’il occupe en Polynésie française, dans notre fenua donc, qui n’est pas une province chinoise ! ».