ACTUS LOCALES

Autonomistes à Taïwan : une « visite d’amitié » sans « engagement pour la collectivité »

Le sénateur Teva Rohfritsch, en déplacement cette semaine à Taïwan aux côtés d’Édouard Fritch et Gaston Tong Sang, précise dans un communiqué que cette « visite d’amitié », qui a fait réagir, a été organisée « sur invitation officielle du gouvernement » de Taipei. Il s’agit surtout de « renouer des liens » avec ce berceau des migrations du Pacifique et d’explorer le « miracle économique taïwanais ». Aucun contrat ni aucun engagement au programme : la délégation entend seulement mener une « mission exploratoire » sur des sujets comme la  formation, la culture, le développement économique ou l’environnement, et dans le cadre « du mandat qui leur a été confié par les Polynésiens ». Quant au contexte de tension avec la Chine, « il n’y a aucune raison de tourner le dos aux uns pour plaire aux autres », écrit l’ancien vice-président.

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Après les annonces de la presse et des autorités taïwanaises, Teva Rohfritsch vient reposer le cadre du déplacement d’une délégation autonomiste dans l’état insulaire asiatique. Le sénateur, qui est entouré, sur place, des ex-présidents Édouard Fritch et Gaston Tong Sang, précise, dans un communiqué que cette mission de six jours a été organisée « dans le cadre du groupe interparlementaire d’amitié France-Taïwan du Sénat », dont il est membre, et « sur invitation officielle du gouvernement de Taïwan ». Si le ministère des Affaires étrangères de Taipei semble donner une grande importance à cette première visite d’une délégation d’élu de Polynésie française « depuis quarante ans », l’ancien vice-président parle surtout d’une « visite d’amitié », « placée sous le signe de l’histoire du peuplement du Pacifique et des langues austronésiennes ».

Taïwan, grande île longtemps appelée Formose qui se trouve au large des côtes Sud-Est de la Chine, a en effet été un des principaux points de départ des grandes migrations du Pacifique, qui ont fini par atteindre le fenua. Il s’agit donc de « renouer des liens et d’encourager les échanges culturels les plus larges » avec la Polynésie. D’où les rencontres avec des chercheurs de l’Institut d’ethnologie local, avec le Conseil des peuples autochtones, la visite de la tribu Thao, « l’une des seize communautés aborigènes officiellement reconnues par le gouvernement taïwanais », l’entretien avec le « vice-ministre en charge des affaires Hakka, en écho à la pratique encore vivace de cette langue au sein de la communauté chinoise de Tahiti »

Taïwan, ça n’est pas l’Azerbaïdjan

Cette thématique historique et culturelle est toutefois loin d’être la seule au programme de la visite. Les trois élus, au travers de leurs rendez-vous avec des administrations et officiels du pays, cherchent à « mieux connaître Taïwan et sa démocratie », « mieux appréhender les fondements du miracle économique Taiwanais”, discuter de protection des océans dans des « instituts de recherche océaniques », « découvrir le potentiel académique et scientifique pour la jeunesse du fenua ».  Notamment dans des « universités reconnues dans les domaines du tourisme, de la pêche et de l’aquaculture, du génie informatique et de l’intelligence artificielle ou encore de l’enseignement du mandarin ».

Une « mission exploratoire » qui ne dépasse en rien, pour le sénateur autonomiste et les deux tavana et représentants Tapura à l’assemblée, le cadre du « mandat qui [leur] a été confié par les Polynésiens ». La délégation « n’a bien évidemment pas signé de contrats, ni pris d’engagement au nom de la collectivité de Polynésie française, précise Teva Rohfritsch, et demeure respectueuse des institutions du Territoire », qui n’ont pas été tenues au courant de la visite. « Contrairement à d’autres déplacements dans des pays peu recommandables, perpétrés par d’autres élus de l’assemblée de la Polynésie française encore récemment ». Bref, Taïwan, ça n’est pas l’Azerbaïdjan.

Reste que cette visite s’inscrit aussi dans un contexte de tensions à leur paroxysme avec la Chine, qui ne reconnait pas la légitimité de l’État Taïwanais et considère l’île comme partie intégrante de son territoire. « La délégation d’élus polynésiens tient à souligner qu’elle ne se positionne pas, par ce déplacement, en arbitre dans le cadre de ces tensions, précise donc le communiqué. Les Polynésiens sont les amis de Taïwan, comme ceux de la Chine. Il n’y a aucune raison de tourner le dos aux uns pour plaire aux autres ». Teva Rohfritsch plaide « l’esprit d’ouverture » pour expliquer ce déplacement « à la recherche des meilleures opportunités de partenariat pour l’avenir de la Polynésie française et pour favoriser la paix et l’amitié entre les peuples du Pacifique ».

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