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Face aux critiques de la CTC, le Conservatoire artistique plaide la spécificité culturelle

Dans son rapport d’observations sur le Conservatoire artistique de Polynésie française, la Chambre territoriale des comptes formule 12 recommandations, notamment pour remédier à des pratiques managériales et financières qui affectent son organisation et ses comptes. Mais elle remet aussi en question la prédominance des arts traditionnels dans les enseignements, qui a éloigné l’établissement du réseau national des conservatoires, et questionne la mixité sociale au sein des élèves, invitant l’établissement à mettre en place une tarification sociale. Des critiques qui n’ont pas été bien reçues.

Le rapport de la chambre territoriale des comptes sur le Conservatoire artistique de Polynésie française a clairement été enfanté dans la douleur : il n’est en effet pas fréquent de voir la CTC assortir un rapport déjà bien fourni – celui-ci fait 110 pages – des réponses du responsable de l’établissement détaillées en pas moins de 55 pages.

Le CAPF, c’est 59 enseignants, 18 agents, plus de 12 000 spectateurs pour une vingtaine de spectacles chaque année. Le Pays y injecte 275 millions de Fcfp par an, soit « un coût annuel par élève de 209 334 Fcfp » qui permet au conservatoire de proposer des tarifs « trois fois inférieurs aux prix du marché ». Mais malgré ces tarifs avantageux, la CTC questionne la mixité sociale au sein de l’établissement : en dehors des dispositifs en milieu scolaire (classe à horaires aménagés), les élèves seraient à 72% issus de milieux favorisés. C’est aussi le cas des conservatoires métropolitains que la CTC pare de toutes les vertus, et l’une de ses recommandations est donc de réfléchir à une « tarification sociale » pour mieux répondre à l’objectif de démocratisation de l’accès à la culture. Le CAPF s’engage à y travailler en 2026, tout en contestant la réalité du pourcentage, basé sur les déclarations d’une partie seulement des parents– un autre motif de critique de la CTC qui recommande aussi de « fiabiliser sans délai » la base de données.

La particularité du conservatoire, souligne le rapport, est « son offre en arts traditionnels, qui représente 58% des effectifs inscrits », portée notamment par le développement de partenariats avec le milieu scolaire dans les classes à horaires aménagés en musique et en danse. Mais la chambre territoriale des comptes lui reproche « la perte de son label de conservatoire départemental », considère qu’il devrait s’attacher à le récupérer, la labellisation étant le « seul gage de reconnaissance nationale et européenne des enseignements et des diplômes délivrés », et invite aussi l’établissement à « freiner voire inverser la baisse du nombre d’élèves dans la section classique ».

« Prise en compte insuffisante des spécificités culturelles »

Une critique qui passe mal, d’abord parce que la culture est une compétence de la Polynésie, et que la prédominance des arts traditionnels est le fruit non seulement d’une volonté du Pays qui a confié au CAPF la mission de la préservation et de la transmission du patrimoine culturel polynésien dès 1990, mais aussi de la demande du public. Le CAPF regrette une « prise en compte insuffisante des spécificités culturelles, pédagogiques et institutionnelles propres à la Polynésie française. »

Le conservatoire estime, lui, que « l’absence de label ne remet pas en cause la qualité des enseignements » et avance que certains élèves, dans les sections classiques qui ont des équivalents en métropole, ont pu accéder à des diplômes d’État après avoir fait toutes leurs études au CAPF, « même sans labellisation ». Il rappelle aussi que tous ses élèves ne se destinent pas à une carrière artistique professionnelle. En tout état de cause, une nouvelle mission d’expertise nationale est en préparation et le conservatoire envisage déjà un partenariat avec les conservatoires de Paris, Nantes, Perpignan et Lyon. Une stratégie qui devrait être formalisée en décembre de cette année pour des signatures d’ici la fin du premier semestre 2026.

La demande d’une gestion plus rigoureuse

Côté gestion, si les charges de gestion sont maîtrisées (-0,19% sur la période), le résultat d’exploitation est globalement déficitaire et les créances clients sont en hausse, ce qui a conduit à un prélèvement sur le fonds de roulement qui fragilise la trésorerie. La CTC recommande de mieux respecter les principes budgétaires et comptables, et de développer le contrôle interne : le conservatoire n’est pas en mesure, dit le rapport, « d’arrêter avec exactitude le nombre d’élèves inscrits, et encore moins le nombre d’inscriptions par enseignement, ou le nombre d’heures réalisées par professeur ». Et la CTC affirme que « cette approximation favorise une sous-activité des enseignants » qui « n’effectuent pas tous les heures pour lesquelles ils sont rémunérés. » De plus, « l’extension du dispositif dérogatoire des ANFA à l’ensemble du corps enseignant et personnel musical accompagnateur conduit à déroger aux règles de droit commun des 39 heures semaine et des cinq semaines de congés, pour un surcoût annuel estimé à 113,9 millions de Fcfp. » C’est ainsi que la CTC recommande aussi de mettre à jour les statuts de l’établissement et, en attendant, de serrer la vis sur les horaires et les congés, de réellement mettre en œuvre les rôles de responsables et coordinateurs pédagogiques, de travailler sur un nouveau projet d’établissement (le précédent concernait la période 216-2022), et de se mettre en conformité avec les exigences de sécurité des établissements recevant du public.

La direction du conservatoire, qui s’estime victime de critiques injustes, précise que le dernier conseil d’administration (dont la composition interroge aussi la CTC) qui a examiné ce rapport vendredi dernier lui a donné quittus de ses orientations et de sa gestion.

Les recommandations de la CTC :

  1. Mener à bien, d’ici fin 2025, une démarche partenarialeavec un conservatoire labellisé.
  2. En lien avec la tutelle, travailler à la mise à jour des statuts en vue d’une adoption d’ici fin 2026.
  3. Initier, dès la rentrée scolaire 2026, une politique tarifairetenant compte des critères sociaux.
  4. Élaborer, d’ici la fin 2025, un projet d’établissement formalisé.
  5. Conformément au règlement intérieur, rendre effectifs les rôles de responsables et de coordinateurs pédagogiques.
  6. Dans l’attente d’une évolution statutaire selon les modalités les plus pertinentes pour le conservatoire, s’assurer de l’effectivité de la durée légale du temps de travail afin de réduire le coût annuel des différentes mesures irrégulières.
  7. Déployer une politique de gestion des emplois, des effectifs et des compétences et parcours professionnels d’ici la fin premier semestre 2026.
  8. Respecter les principes budgétaires et comptables de séparation des exercices et d’exhaustivité des opérations d’ordre.
  9. Finaliser, sans délai, la mise en conformité avec les textes régissant localement les établissements recevant du public.
  10. Organiser, sans délai, la fiabilisation de la base élèves.
  11. En concertation avec le ministère de l’Éducation, modifier les dispositions financières des conventions partenariales pour renforcer le rôle des établissements dans la gestion administrative et financière des inscriptions de leurs élèves en classe à horaires aménagés et en simplifier le circuit.
  12. Dans l’objectif de sécuriser les recettes, respecter sans délai les règles d’organisation et de fonctionnement d’une régie et organiser des contrôles réguliers de cohérence entre le chiffre d’affaires comptabilisé dans les comptes de l’établissement et celui de la base de données de la scolarité

 

 

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