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« Laissons faire la nature » ? Non, dit l’association Mata Tohora

« Laissons faire la nature », c’est ce que la Diren a expliqué quelques jours après la découverte à Rikitea d’un léopard des mers qui ne semble pas en très bonne forme. L’association Mata Tohora a indiqué qu’elle n’était pas d’accord avec la décision du Pays et qu’il fallait au contraire agir. Elle a même envoyé un courrier au maire de Rikitea et à la procureure de la République, rappelant l’engagement du Pays de protéger les espèces de sa grande aire marine. Le Pays souligne qu’un sauvetage de l’animal, qui n’est pas considéré comme une espèce menacée, suppose d’avoir un financement important, mais aussi d’obtenir des autorisations complexes. Mardi après-midi, Mata Tohora annonçait que la Diren avait décidé d’organiser l’envoi d’une mission vétérinaire.

Le léopard des mers qui est arrivé jeudi dernier à Rikitea est désormais au centre d’un débat entre le Pays et l’association Mata Tohora. Alors que l’animal est visiblement amaigri et même blessé, plusieurs personnes se sont étonnées de la décision de la Diren « de laisser faire la nature ». Pourquoi ne pas nourrir ou même soigner l’animal puisqu’il ne va pas bien ? Une question qui a été posée aux associations et justement, Mata Tohora a fait un long post sur sa page Facebook hier, pour dire son désaccord avec la décision du Pays.

L’association de protection des mammifères marins considère que le Pays doit « mandater un vétérinaire et un biologiste comme dans les autres pays pour donner l’autorisation de s’en occuper ».  Mata Tohora regrette aussi cette attente puisque « il faut être conscient que plus on attend, plus il est difficile de soigner un animal et les vétérinaires ne sont pas des magiciens. Il est aussi possible que ce soit déjà trop tard ou incurable… » L’association précise même qu’elle a fait un courrier adressé au maire de Rikitea et à la procureure de la République, pour « rappeler la responsabilité du Pays en charge de la gestion du sanctuaire, des espèces protégées et de la grande aire marine protégée ».

Un message auquel le Réseau des gardiens de l’océan et la Diren a répondu dans la foulée, expliquant « comprendre les réactions et les émotions » et cette envie de « vouloir aider » mais « la situation est plus complexe qu’il n’y parait ». Le léopard des mers est extérieur à notre écosystème et « nous ne connaissons ni son origine exacte, ni les maladies ou parasites qu’il pourrait transporter ». « Un animal blessé ou affaibli peut être porteur de bactéries, virus ou parasites inconnus ici, potentiellement dangereux pour les humains ou pour la faune marine locale. Sans laboratoire spécialisé ni centre de soins adapté, intervenir sans précaution pourrait mettre tout le monde en danger, y compris l’animal », écrit le Réseau des gardiens de l’océan. Et si jamais le léopard des mers devait être soigné, il faudrait donc le transporter à l’étranger, ce qui poserait d’autres problèmes : obtenir les autorisations et financer ce déplacement.

Le Pays assure que la Direction de l’environnement travaille actuellement avec des vétérinaires professionnels et des membres d’associations spécialisées pour assurer le suivi de l’animal. Surveillance, observation, protection du site où se trouve le léopard des mers, information, voilà à quoi la Diren se tient. Un léopard des mers aux Gambier, c’est une première, mais en Australie et en Nouvelle-Zélande, ils sont nombreux à arriver sur les côtes, souvent des juvéniles. L’animal vit en solitaire dans l’Antarctique, un des lieux les plus inhospitaliers du monde. C’est un prédateur puissant et pas du tout une espèce en danger : il est classé « préoccupation mineure » sur la liste de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

En fin d’après-midi, Mata Tohora annonçait sur sa page Facebook que « la Direction de l’environnement a décidé d’organiser un déplacement avec des vétérinaires d’une clinique de Papeete pour établir un diagnostic et prévoir la suite des opérations selon les premiers résultats. Mais depuis quelques heures, il n’est plus visible sur Rikitea. »

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