ACTUS LOCALESÉCONOMIESANTÉ Le Cesec défavorable à une proposition de loi pour l’information des consommateurs Caroline Perdrix 2025-06-27 27 Juin 2025 Caroline Perdrix Sale coup pour la proposition de « Nutriscore polynésien » de Simplicio Lissant et Cathy Puchon : le Cesec a mis en exergue les difficultés de mise en œuvre par les commerçants d’un étiquetage spécial pour rendre un avis défavorable, au grand dam d’un des rapporteurs du projet d’avis, Makalio Folituu de l’association de défense des consommateurs polynésiens Te Tia Ara, qui n’hésite pas à parler « d’hypocrisie ». Lire aussi : Alimentation : bientôt des étiquettes spéciales malbouffe C’est assez rare pour le souligner, il s’agissait pour le Cesec d’examiner une proposition de loi émanant d’élus de l’assemblée, et non d’un projet de loi du Pays présenté par le gouvernement. En l’occurence, ce sont Simplicio Lissant et Cathy Puchon qui veulent ainsi instituer « une obligation d’informer le consommateur sur le niveau de transformation des denrées alimentaires vendues en Polynésie française. » À compter du 1er juillet de l’année prochaine, un système d’étiquetage mettrait en évidence les excès de sucre, de sel, de graisses saturées et de calories dans les produits alimentaires. Il est inspiré du référentiel scientifique international NOVA qui classe les aliments selon leur degré de transformation – plus un produit est transformé, moins il est bon pour la santé -, et du modèle chilien, mis en place en 2016. Il s’imposerait non seulement aux commerçants, mais aussi aux hôtels, bars, restaurants, snacks et roulottes. Il interdirait aussi « toute publicité, promotion ou mise en avant visuelle ou auditive » de ces aliments. Les auteurs de la proposition estiment que leur approche « permet d’éviter les contraintes excessives sur les entreprises locales, tout en donnant aux consommateurs une information pertinente et scientifiquement fondée. » Une préférence pour le Nutriscore en vigueur en France, et la crainte de coûts de revient augmentés Mais les membres du Cesec, qui disent soutenir le principe de prévention, ont rendu un avis défavorable. Ils soulèvent plusieurs objections, comme la contradiction possible entre le Nutriscore en vigueur en France qui apparait déjà sur un grand nombre de produits importés, et le système NOVA proposé. Les deux systèmes n’arrivent pas forcément à la même conclusion sur un même produit : par exemple, « Les compotes de pommes sont classées en groupe 4 selon NOVA mais en A selon Nutriscore ». Ce dernier, « référentiel déjà existant » avec « des codes couleurs familiers et reconnaissables tant pour les consommateurs polynésiens que pour les applications mobiles comme Yuka », leur semble préférable. Le Cesec demande aussi de la cohérence au gouvernement : que les produits ultra-transformés soient exclus de la liste des PPN, et qu’on réfléchisse à deux fois avant d’autoriser l’implantation de nouveaux fast-food. La rapporteure du projet d’avis, Raymonde Raoulx, liste les plus importants obstacles : le gouvernement ne fournit pas de liste exhaustive des produits concernés ; les sanctions pénales pour pratiques commerciales trompeuses sont jugées disproportionnées (jusqu’à 5 ans de prison et 89 millions de Fcfp d’amende, ainsi que l’interdiction d’exercer), et sont à remplacer par des sanctions administratives ; les contraintes d’information vont augmenter les coûts de revient des commerçants : « il faut prendre du personnel supplémentaire et il faut réemballer ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/06/CESEC-ALIMENTATION-01-RAYMONDE-RAOULX.wav L’autre rapporteur, le président de la Fédération de défense des consommateurs Makalio Folituu, était favorable à la proposition de loi et il était quelque peu agaçé : « Tant qu’on ne met pas de frontière entre le développement économique et la protection de la santé, on ne va avoir que des hypocrisies. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/06/CESEC-ALIMENTATION-02-MAKALIO.wav Mais l’avis défavorable contre le « Nutriscore » polynésien a donc quand même été adopté par 24 voix, 13 absentions et seulement deux voix ouvertement contre.