ACTUS LOCALESÉCONOMIEENVIRONNEMENT Le Tahiti Nui IX, 400 tonnes à dépolluer et démanteler Lucie Rabreaud 2026-03-30 30 Mar 2026 Lucie Rabreaud C’est Enviropol qui a obtenu le marché de la dépollution et du démantèlement du Tahiti Nui IX, navire de la flottille administrative de 56 mètres qui ne navigue plus depuis des années. La découpe aura lieu à la cale de halage de Fare Ute, après un diagnostic précis des polluants et des matières qui se trouvent sur le bateau, et qui seront ensuite envoyés dans des filières de traitement spécialisées. Si la société, qui assure ce genre de chantiers depuis 2022, dit avoir « structuré une filière », elle sait qu’il faudra de nouveaux équipements pour s’attaquer aux épaves plus imposantes qui existent en Polynésie. D’où son projet de complexe de traitement de déchets Ekopol, dont le bail attend toujours une validation du Pays. Après plusieurs thoniers, puis le Tahiti Nui 6, Enviropol va dépolluer et démanteler le Tahiti Nui IX. Il s’agit d’un de ses plus gros chantiers jusqu’à aujourd’hui puisque ce bâtiment, construit en 1997 en forme de barge, fait 56 mètres de long, 10 mètres de large et plus de 400 tonnes. Depuis cinq ans, Enviropol répond aux appels d’offres de la Direction polynésienne des affaires maritimes (DPAM), du Port autonome et de l’Équipement pour la dépollution et le démantèlement de navires. Des années d’expériences qui lui ont permis de « structurer la filière » pour s’attaquer à toujours plus gros. Des voiliers du début, Enviropol gère maintenant des thoniers ou encore les anciens Tahiti Nui de la flottille administrative, avec l’aide de partenaires, notamment le Chantier naval du Pacifique Sud (CNPS). « Le projet que propose Enviropol, c’est de réaliser la dépollution totale des bateaux. On parle de l’amiante, du plomb, des hydrocarbures et des fluides polluants qu’on peut trouver. Mais Enviropol propose aussi de favoriser le recyclage des matières qui constituent le thonier, notamment les aciers et les métaux. On retrouve beaucoup d’aluminium et de cuivre dans les bateaux. On arrive à le recycler et à l’exporter vers des pays comme la Nouvelle-Zélande qui récupèrent ces matières premières et les refondent pour en refaire des matériaux utilisables », explique Thomas Mireau, chargé du projet sur les démantèlements de bateaux. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/02/TAHITI-NUI-9-processus-enrivopol.wav La cale de halage du port autonome, « seule solution à ce jour » en attendant Ekopol Toujours plus gros donc, jusqu’au Tahiti Nui IX, où le chantier « assez technique va nécessiter une vigilance permanente, surtout au niveau de la sécurité de nos agents », explique le patron de la société, Benoît Sylvestre. Les travaux ont lieu à la cale de halage, « seule solution à ce jour » en attendant d’avoir un espace dédié au démantèlement métallique, que ce soit pour les bateaux mais aussi les engins de chantier, avec leur projet d’Ekopol, un complexe de traitement de déchets, prévu à côté du CET de Paihoro, où la société attend toujours un bail avec le Pays. « Le démantèlement de bateaux n’est pas la vocation de la cale de halage et puis, on bouscule toujours un peu leur planning. Avec l’Ekopol, le site sera adapté avec des engins, des revêtements, tout un environnement conçu pour la déconstruction et le recyclage des navires en fin de vie. » Et surtout, Enviropol pourra y traiter de plus gros bâtiments encore, comme des goélettes de 900 à 1 000 tonnes. Amiante, plomb et d’autres matières polluantes Le Tahiti Nui IX ne navigue plus depuis plusieurs années. Ce bateau de la flottille administrative servait à transporter des marchandises entre les îles. Le chantier, qui va mobiliser une quinzaine d’agents sur environ huit semaines, commencera par un diagnostic pour déterminer les polluants, les matières présentes et leurs quantités. Particularité de ces travaux : Enviropol s’attend déjà à trouver de l’amiante et du plomb. Une fois ces matières évacuées, il faudra s’attaquer aux autres matières polluantes : les hydrocarbures, les eaux grises et les batteries notamment. Des matières qui seront prises en charge par Technival. Un nouveau contrôle sur le chantier aura ensuite lieu pour délivrer « un certificat Gas Free » et s’assurer que la suite des travaux soit sécurisée pour enfin passer au découpage du bateau. L’acier sera récupéré et envoyé en Nouvelle-Zélande. « C’est une matière inerte, donc il n’y a pas de risque de pollution, et le Code de l’environnement autorise d’ailleurs son enfouissement. Mais il est recyclable quasiment à l’infini, donc autant en profiter. D’autant que les matières premières risquent de manquer à l’avenir et le foncier est précieux ici, à Tahiti. Donc aujourd’hui, il vaut mieux exporter ces aciers », estime Benoît Sylvestre. Ces aciers sont ensuite refondus et réutilisés pour des bateaux, de la construction, des véhicules… Récupérer au moins 70 % des matériaux avant de les envoyer en Nouvelle-Zélande Sur le Tahiti Nui 6 où deux mois de travail avaient été nécessaires, 70 % des matériaux avaient été récupérés. Sur le 9, Enviropol, qui va travailler avec les équipes du CNPS, espère faire aussi bien, voire mieux, avec un grand nettoyage de la coque du navire, qui va d’abord être « karchérisée » pour « exporter le maximum de matières possibles ». « Les Néo-zélandais sont hyper exigeants sur le phytosanitaire. Et nous, on se doit d’assurer une préparation et de respecter un cahier des charges, notamment sur tout ce qui est micro-organismes, algues, coquillages… Et donc, pour ce faire, on va mettre en place sur le TN9 un nettoyage complet de la coque pour pouvoir exporter le maximum de matières possibles, notamment tout ce qui est aussi immergé sur cette partie du bateau », explique Thomas Mireau. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/02/TAHITI-NUI-9-matiere-recupere-nettoyage.wav « L’océanisation » ou l’immersion des épaves au large ne semble plus être la solution privilégiée par le Pays ni par l’État. En septembre dernier, le ministre Jordy Chan rappelait que 150 épaves ont été recensées en Polynésie française. Si une cinquantaine ont été traitées, il reste de quoi faire. Une nouvelle opération de nettoyage des épaves maritimes a d’ailleurs été lancée en janvier pour débarrasser les eaux et les ports de douze navires abandonnés ou coulés. Le Port autonome tente aussi depuis des années de se débarrasser de huit navires à l’état d’épaves et toujours à quai, appartenant à la SNC Degage et à la Compagnie française maritime de Tahiti. En juin dernier, le tribunal administratif avait ordonné l’évacuation des navires de ces deux compagnies. Mais leurs propriétaires évoquent toujours le coût du démantèlement de ces vieux bâtiments, beaucoup plus responsable environnementalement mais beaucoup plus cher qu’une océanisation.