ACTUS LOCALESÉCONOMIEENVIRONNEMENTSOCIÉTÉ Batteries, bateaux, électro… Le complexe de traitement de déchets Ekopol attend son bail Lucie Rabreaud 2025-09-12 12 Sep 2025 Lucie Rabreaud Porté par la société Enviropol, le projet Ekopol vise à accueillir dix filières de traitement de déchets, dont certaines totalement nouvelles au fenua. Démantèlement de vieux bateaux, retraitement des batteries au lithium, des pneus, du verre, des déchets électriques, électroniques ou de chantier, amiante, gaz frigorifiques… Pour traiter 16 000 tonnes de déchets par an, et mettre en place une ressourcerie, la société veut s’installer sur deux hectares du Pays à côté du CET de Paihoro. Le gouvernement soutient le projet, mais le bail tarde, d’autant que l’emplacement a dû être ajusté au programme de décentralisation vers Taravao. Lire aussi : Les gaz destructeurs de la couche d’ozone toujours pas régulés au fenua Ekopol, c’est un vaste site de traitement de déchets qui doit s’installer à côté du CET de Paihoro avec dix filières différentes de traitement où seront gérés les pneumatiques, le verre, les déchets de chantiers, les batteries au lithium, les engins pyrotechniques, l’amiante non-pulvérulente, les déchets d’équipement électrique et électronique, les gaz frigorifiques, les produits des particuliers à travers une ressourcerie… Et enfin le plus important : les vieux bateaux. Une filière de déconstruction et de recyclage des navires en fin de vie est plus qu’attendue à Tahiti. Selon les derniers recensements, le Port autonome abrite une cinquantaine de navires abandonnés ou en fin de vie. Enviropol a déjà remporté des marchés pour le démantèlement de bateaux et pour l’instant, « ça se passe où on peut », explique Hugo Fayard, chef du projet Ekopol. La société a lancé cette activité il y a deux ans mais elle veut passer à un autre niveau et s’installer sur un site dédié. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/EKOPOL-demantelement-bateau.wav Des engins de chantiers pourraient également être démanteler sur ce site, aux côtés des bateaux. Tous les matériaux rejoindront ensuite des filières différentes : les déchets dangereux comme les huiles ou les hydrocarbures sont gérés par Technival, les différents câbles, mousses ou couvertures, partiront dans le centre d’enfouissement technique de catégorie 3 et enfin les métaux seront triés et exportés en Nouvelle-Zélande. Huit autres filières sont prévues, ainsi qu’une ressourcerie qui serait confiée à une association pour y traiter l’équivalent de 16 000 tonnes de déchets par an, selon les estimations du groupe. Tout ça sera installé sur un terrain du Pays pour lequel, Enviropol attend d’avoir la proposition de bail. Une première proposition avait bien été faite mais elle a dû être revue pour cause de projet de décentralisation à Taravao. Ekopol se trouvait « en plein milieu du passage » d’une zone d’activité économique. « Nous échangeons avec le pays pour décaler notre plateforme sur le côté. Avec notre géomètre, nous avons fait tous les nouveaux plans pour projeter notre nouvelle plateforme. C’est en instance de validation pour avoir une proposition de bail de la part. C’est ce qui bloque pour le moment. Pour l’instant, on n’a pas de date. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/EKOPOL-bail-attente.wav Le planning est donc décalé, les activités devraient s’ouvrir les unes après les autres mais pas dès 2026, comme prévu. Pour le site réservé au démantèlement de bateaux, Hugo Fayard parle plus de 2027. Finalement dès que le bail arrive, Enviropol lance le reste : études de finalisation, demandes d’ICPE, permis de construire… Tout ça était déjà prêt en mai 2025 mais ne peut être réutilisé avec ce nouveau bail. Le groupe est prêt à se lancer, un investissement de 1,2 milliard de francs est prévu, ainsi que la création d’une trentaine d’emplois. Le coût de fonctionnement n’a pas été donné mais il dépend aussi des appels à projets qui pourraient être lancés par l’Ademe et le Pays pour le traitement de ces déchets. Déjà Enviropol est lauréat de l’appel à projets Ormat (Objectif Recyclage MATières) de l’Ademe pour le démantèlement métallique. Créer une filière de traitement pour les batteries et les fusées de détresse Concernant les batteries au lithium et les engins pyrotechniques, il s’agit d’inventer une filière car aujourd’hui « étant donné l’instabilité du déchet, les capitaines de navires n’acceptent plus de transporter ces produits. Le risque est trop important ». En attendant de trouver une solution, les batteries, celles des téléphones, des portables, des ordinateurs, des cigarettes électroniques, des voitures, des vélos, sont donc stockées dans des conteneurs. Quand elles ne se retrouvent pas au CET de Paihoro où elles peuvent déclencher des incendies. Avec Ekopol, l’idée est « d’inerter » ces déchets pour enlever les risques d’incendie ou d’explosion, puis de les broyer et ensuite de les expédier dans des pays où des filières existent pour faire le tri dans toutes ces matières en morceaux et ensuite les retravailler. « Ça s’appelle de l’hydrométallurgie, cela permet de reconstruire des éléments de base comme le lithium, le cobalt, le manganèse. » Pour les engins pyrotechniques, on pense surtout aux fusées de détresse qui doivent être changer tous les trois ans, les anciennes sont donc jetées. Aujourd’hui, récupérées par Fenua ma, elles sont ensuite coulées dans du béton. Enviropol imagine faire venir « une torche à plasma » qui détruit ces déchets et pourrait être utilisée aussi pour les gaz frigorifiques, toujours relâchés dans l’atmosphère alors que partout ailleurs, c’est interdit. Mais l’investissement, s’ils ne donnent pas de chiffres, est important, une réflexion est donc en cours pour trouver un équilibre financier. Concernant les autres filières prévues, les pneumatiques seront broyés et transformés en chips qui peuvent ensuite être utilisées en construction, en sous-couche routière ou en renfoncement. Ils pourraient être réutilisés ici ou bien expédiés en Nouvelle-Zélande où ils sont déjà utilisés sous forme de « draingom ». Pour le verre, il s’agit de le broyer pour arriver à une matière comparable à du sable. C’est ensuite utilisable dans la construction, les peintures réfléchissantes des routes, dans le décapage des murs. Enviropol prévoit aussi de gérer l’amiante non-pulvérulente, c’est-à-dire des matériaux qui contiennent de l’amiante solide ; les déchets de chantiers comme les gravats, les mousses, qui iront dans un centre d’enfouissement technique de catégorie 3 ; les déchets d’équipement électrique et électronique et également de confier une ressourcerie à une association pour réparer et valoriser tout ce qui peut l’être.