ACTUS LOCALESENVIRONNEMENTPOLITIQUE Le Tavini dénonce le « bluewashing » de l’Unoc Caroline Perdrix 2025-06-11 11 Juin 2025 Caroline Perdrix « ONU, je t’aime, moi non plus », pourrait-on dire pour résumer la position du Tavini sur la conférence des Nations Unies sur l’océan, où la Polynésie ne serait qu’un faire-valoir de la France, qui ne reconnait pas les droits des Polynésiens sur leurs ressources naturelles. Anthony Géros accuse les grands pays de tenir « des discours verts pour des pratiques grises ». Il a présenté une proposition de résolution pour demander à la France de reconnaître à la Polynésie un statut de « puissance insulaire océanique stratégique » qui permettrait la participation directe du Pays aux instances et processus internationaux sur le climat et les océans. On a beau miser sur l’ONU pour décoloniser la Polynésie, au Tavini on est loin d’être convaincu par la conférence sur les océans qui se tient cette semaine à Nice. Oscar Temaru et Anthony Géros tenaient ce mercredi une conférence de presse pour regretter de voir la Polynésie réduite par l’Unoc3, selon eux, à un simple rôle de figurant. L’événement est une « grand-messe diplomatique » qui ne sert qu’à « légitimer l’ordre établi, maquiller l’inaction climatique et contenir les revendications des peuples insulaires sous domination », ont déclaré les responsables du Tavini. « La Polynésie permet à la France de briller dans un sommet international, (…) alors que la France n’a toujours pas reconnu la souveraineté du peuple polynésien sur ses ressources maritimes », dit Anthony Géros. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/06/TAVINI-UNOC-01-TONY-GEROS.wav Le fenua, sans qui la France ne serait pas la 2e puissance maritime mondiale, n’est qu’un faire-valoir à Nice, estime le Tavini, qui se vexe de voir l’aire marine protégée polynésienne comptabilisée dans l’ensemble français.« On dénonce le fait qu’encore une fois la France, qui refuse d’ouvrir le dialogue, s’octroie la primauté de la parole pour parler d’une ZEE que l’ensemble des pays des Nations Unies disent appartenir au peuple polynésien et non pas à la nation française », dit le vice-président du Tavini, faisant référence à la résolution de la Quatrième commission de l’ONU sur la Polynésie française adoptée en 2016, qui réaffirmait « les droits inaliénables du peuple de la Polynésie française à la propriété, au contrôle et à l’utilisation de ses ressources naturelles, y compris les ressources marines et les minéraux sous-marins. » Le Tavini fait donc mine de découvrir les « tares structurelles » des événements onusiens : « aucune décision contraignante », « les puissances maritimes dominent les débats », « les responsabilités historiques sont tues » et « aucune plateforme n’existe pour garantir l’expression directe des territoires non souverains », liste-t-il. « Des discours verts pour des pratiques grises, appuie Anthony Géros. (…) L’Unoc souffre du syndrome de bluewashing. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/06/TAVINI-UNOC-02-TONY-GEROS.wav Oscar Temaru en faveur du moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds Il a donc distribué une proposition de résolution que le Tavini veut soumettre au vote de l’assemblée. Une résolution par laquelle elle demandera à la France de reconnaître à la Polynésie un « statut stratégique océanique spécifique » qui lui permettrait, pense le Tavini, de participer directement et activement aux discussions sur la gouvernance de la haute mer (au-delà de la ZEE), aux forums et aux processus de financements internationaux en lien avec l’action climatique et océanique. L’article 4 de la proposition demande aussi « l’institution d’une politique de protection contre l’extractivisme marin non durable » avec le renforcement des moyens de lutte contre la pêche illégale, notamment l’accès aux technologies de surveillance tels que les satellites, l’IA et les drones. Et un moratoire international sur l’exploitation minière des grands fonds. Oscar Temaru n’y voit aucune contradiction avec ses précédentes déclarations. « Vous savez, un moratoire, ça peut durer six mois, ça peut durer un an… », balaie-t-il. Il reste persuadé qu’après l’exploration, viendra bien l’exploitation, « mais notre pays n’est pas à vendre. Ce sera par les Polynésiens, jusqu’à ce que chaque famille polynésienne soit milliardaire. »