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Les aliments « ultratransformés » dans le viseur de Tarahoi

Rejetée par les professionnels pour les surcoûts qu’elle impliquait, la proposition de loi sur l’information nutritionnelle des consommateurs a fait sa mue, et a fini par être adoptée en commission de l’assemblée. Fini l’idée d’un étiquetage individuel ou d’un « nutriscore polynésien », le texte fait le focus sur les « aliments ultratransformés », liés par plusieurs études à des risques d’obésité, de diabète ou de maladies cardiovasculaires. Si cette proposition, mise sur la table par Cathy Puchon et Simplicio Lissant, était votée, toute publicité de ces produits qui constituent une bonne partie des rayons, devra s’accompagner d’un bandeau noir alertant sur les risques de leur consommation.

Les chiffres évoluent d’une étude à l’autre mais sont globalement connus : 70% à 80% de la population polynésienne est en surpoids, environ la moitié des adultes est au-dessus du seuil d’obésité. Pour lutter contre cette situation toujours plus critique et qui pèse toujours plus lourd sur les comptes de santé, chaque gouvernement à ses leviers. Les derniers en date : une hausse de la fiscalité sur les produits sucrés, entrée en vigueur début 2025, et qui aurait, d’après l’exécutif, déjà fait baisser les importations des denrées visées. Ou un programme de de guides de santé « arata’i ora » en cours de mise en place du côté de la Santé et du Fare Tama hau. Mais à Tarahoi aussi on a des idées : depuis octobre 2024, les élus autonomistes de Punaauia Cathy Puchon et Simplicio Lissant travaillent sur un texte visant à mieux informer les consommateurs sur les qualités – ou les dangers – nutritionnels des produits alimentaires.

Le réétiquetage pas bon pour la vie chère

Il faut dire que beaucoup d’autres pays ont déjà sauté le pas sur ce sujet : la France, suivie par plusieurs état européens, a peu à peu adopté un « Nutri-score » – A, B, C ou D, de vert à rouge foncé – aujourd’hui visible sur de nombreux emballages dans les magasins du fenua. On y croise aussi parfois les « Health Star Rating » appliqués en Nouvelle-Zélande ou en Australie, plus rarement ses équivalents anglais ou asiatiques. La FDA américaine travaille sur une version améliorée de ses « Nutritional Facts », et qui adopterait elle aussi un code couleur bien visible.

Rien d’obligatoire en Polynésie, si ce n’est les informations nutritionnelles de base que les producteurs locaux doivent présenter sur leur packaging, et que les importateurs doivent, en théorie, traduire pour les produits arrivés de pays anglophones. Les deux élus visaient donc dans un premier temps à instaurer, au travers d’une proposition de loi, un système d’étiquetage individuel pratique pour repérer les produits plus ou moins sain. Certains ont parlé de « nutri-score polynésien », mais le texte d’origine, qui avait fait l’objet d’une large consultation l’année dernière, s’inspirait plutôt du modèle chilien. Le pays sud-américain, confronté lui aussi à un haut taux d’obésité, est devenu en 2012 un pionnier de l’étiquetage nutritionnel, en rendant obligatoire sur tous les produits alimentaires, une série d’étiquettes hexagonales mettant en garde contre des composants mauvais pour la santé.

« Riche en graisses saturées », « riche en sodium », « riche en sucre », « riche en calories »… Cette première proposition avait déclenché une levée de bouclier chez certains professionnels, notamment les importateurs. Système trop complexe, parfois incohérent avec le nutri-score français, et surtout trop coûteux à mettre en place, avec des réemballages nécessaires pour une grande quantité de produits… Malgré le soutien de certaines acteurs, dans le milieu de la santé ou la protection des consommateurs, le Cesec avait voté un avis négatif en juillet 2025 et les deux élus s’étaient engagés à la retravailler.

30 à 60% de l’alimentation en occident

Promesse tenue : une version très différente, conçue pour « apaiser les préoccupations des professionnels » tout en maintenant l’objectif « d’informer les consommateurs de manière claire » a été étudiée mi-décembre en commission de l’économie et des finances de l’assemblée, toujours consulté en matière de consommation plutôt que la commission santé. Cette fois les rédacteurs – toujours Simplicio Lissant et Cathy Puchon, entourés de spécialistes pour travailler sur le sujet – s’appuient sur la classification Nova (lire ci-dessous), développée au Brésil, et promue depuis quelques années par l’Organisation mondiale de la Santé.

Cet angle d’analyse, qui différencie les produits en fonction de leur degré de transformation est de plus en plus répandu dans le monde. À la fois pour les études scientifiques – une étude internationale retentissante publiée en novembre par The Lancet lie la consommation de ces aliments « ultratransformés » à des risques accrus d’obésité, de diabète, et même de dépression et de maladies rénales ou cardiovasculaires – et en politique. Après l’Amérique Latine, la Californie, une toute récente proposition de loi française propose d’interdire ces aliments dans les cantines des écoles et dans les hôpitaux et de restreindre la publicité dont ils peuvent faire l’objet.

Les règles de promotion et de publicité, c’est aussi l’angle d’attaque retenu par la proposition polynésienne qui vise précisément les « denrées alimentaires ayant subi des procédés de transformation industrielle non utilisés en cuisine domestique et dont la formulation contient des additifs ou des substances industrielles non nécessaires à la sécurité sanitaire du produit ou visant à imiter, renforcer ou modifier artificiellement ses qualités sensorielles, visuelles ou sa texture ». Une définition qui correspond au cadre international, et qui inclus des gammes de produits très larges : biscuits, céréales de petit déjeuner, soda, yaourts aromatisés, pains de mie, brioches sous plastique, glaces et confiserie en tout genre, saucisses sous vide, chips et junk food, ou certains plats préparés… Difficile de dire quelle part de l’alimentation des Polynésiens est concernée, mais une étude parue en 2023 dans le British Medical Journal chiffrait à 31% la part de ces aliments ultratransformé dans l’alimentation des Français… Un taux qui grimpe à 58% aux États-Unis.

Bandeau noir dans les publicités

Devant l’opposition des professionnels à un étiquetage individuel, les auteurs de la proposition avaient imaginés un système d’affichage par rayon dans les magasins, ainsi que sur les menus des restaurants. Les débats en commission, assez relevés, ont eu raison de cette idée, là encore par crainte des conséquences commerciales dans des magasins redécorés par des mises en garde. La dernière mouture du texte précise seulement que « toute publicité, promotion ou mise en avant visuelle de produits alimentaires ultratransformés devra comporter un bandeau de couleur noire recouvrant au moins 7 % de la hauteur de la publicité, de l’enseigne ou de la préenseigne concernée et devra faire apparaître la mention : ‘Consommer trop d’aliments ultra-transformés augmente le risque d’obésité, de diabète et de maladies cardiovasculaires’ « . La règle s’appliquera aussi bien aux panneaux publicitaires, aux supports papier, qu’aux publicités télés ou radio (la phrase devra être prononcée en fin de message) ainsi qu’à la publicité sur internet et les réseaux sociaux.

Les contrevenants à ces règles s’exposent à une amende administrative maximale de 350 000 francs. Une sanction qui a été largement amoindrie après les remarques du Cesec, qui avait jugé que les « Cinq ans de prison, 89 millions de francs d’amende, et l’interdiction d’exercer » prévu par le texte d’origine était « disproportionnés ». La proposition de loi créé aussi de nouvelles obligations pour la puissance publique, qui devra organiser chaque année, « une campagne de sensibilisation aux risques d’un excès de consommation d’aliments ultra-transformés dans les établissements scolaires » et proposer des formations spécifiques aux professionnels de santé.

Cette nouvelle version « allégée », mais qui fait tout de même quelques pas en avant dans l’information nutritionnel, a fini par être validés par la commission. Le gouvernement en a profité pour préciser qu’un projet de loi du Pays portant spécifiquement sur la lutte contre les produits gras, salés et sucrés était en cours d’élaboration avec « de nouvelles mesures de communication » et un plan de prévention 2026 – 2036. En attendant, le texte doit être inscrit à l’ordre du jour d’une prochaine séance de l’assemblée, probablement pendant la session administrative qui doit débuter en avril.

Que sont les aliments ultratransformés dans la classification Nova ? 
Né entre 2009 et 2012, cette appellation est issue des travaux du chercheur brésilien Carlos Monteiro, qui a proposé de classer les aliments et boissons en fonction de leur degré de classification, pour faciliter les études sur leur impact sur la santé. Une « nova classificação » – qui donnera le terme « Nova » – qui est depuis souvent affinée, mais qui distingue quoiqu’il arrive quatre types de denrées :

  • Groupe Nova 1 : Les aliments bruts ou minimalement transformés. Fruits et légumes, viandes, oeuf, lait… mais aussi les aliments modifiés par des procédés simples comme le séchage, le concassage, le broyage, le fractionnement, le filtrage, la torréfaction, l’ébullition, la fermentation non alcoolique, la pasteurisation, la réfrigération, la congélation… Les pâtes ou le riz en font partie
  • Groupe Nova 2 : les ingrédients culinaires transformés. Beurre, huile, farine, sucre ou sel… Des produits qui servent souvent à préparer ou assaisonner des aliments du groupe 1.
  • Groupe Nova 3 : les aliments transformés. Les produits fermentés ou marinés, les conserves, le pain, les fromages… Il s’agit d’aliments du groupe 1 qui ont subi un procédé plus complexe, mais qui dans lequel l’aliment originelle reste reconnaissable.
  • Groupe Nova 4 : les aliments ultratransformés. Ils ont subi d’importants procédés de transformations chimiques, physiques, ou qui contiennent des ingrédients qui n’existent pas dans la cuisine traditionnelle, ou des additifs ajoutés pour changer la couleur, le goût ou la texture de l’aliment. Les colorants, émulsifiants, ou édulcorants même si ils sont désignés comme « d’origine naturelle » feront tomber tout aliment dans cette catégorie.

 

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Jt Vert 19/01/2026

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