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Les médecins libéraux appellent l’État à rouvrir les vols vers la métropole

Capture d’écran Polynésie la 1ere

Dans une lettre ouverte adressée au ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu, le Dr Didier Bondoux estime que les restrictions de voyage vers la métropole s’apparentent à un « maintien à résidence forcée des Polynésiens, discriminatoire et injuste ». Tout en soutenant l’intérêt de la vaccination et du protocole sanitaire du Pays, le président du syndicat des médecins libéraux (SMLPF) appelle a minima à ouvrir les rotations avec Paris dans les mêmes conditions que celles de Los Angeles.

« Pourquoi ce chiffre de 70% ? Comment est-il calculé ? Par rapport à quel chiffre de la population ? Avec la population des îles ? ». Beaucoup de questions et un vrai « coup de gueule » pour le syndicat des médecins libéraux de Polynésie française (SMLPF). Son président, le Dr Didier Bondoux interpelle, dans une lettre ouverte publiée ce mardi, le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu, qui a fixé, lors de sa visite la semaine dernière, un objectif de vaccination de la population polynésienne avant d’envisager la réouverture des vols vers la métropole. Un critère qui « pose problème tant sur le plan médical que citoyen » pour le représentant des médecins. Pas parce qu’il est lié à la vaccination : le syndicat, comme l’ensemble des organismes médicaux, recommande au plus grand nombre de se faire vacciner contre le Covid, et n’a rien à redire au protocole sanitaire distinguant les vaccinés et non vaccinés à l’entrée de la Polynésie.

Mais ce plancher de 70% de vaccinés ne serait ni argumenté scientifiquement, ni défini avec exactitude, et son appréciation « sera en réalité totalement subjective avec des critères opaques« . En clair : l’État, en mettant ce cap sur la table, remet à plus tard, sans la dater, la libération des vols vers la métropole, alors même que la situation épidémiologique est très calme au fenua. « On ne peut pas avoir la même attitude lorsqu’on en était à 350 ou 400 nouveaux cas quotidiens au fenua et dans la situation actuelle où ça va de 0 à 6 cas par jour, pointe le Dr Bondoux. Les mesures doivent être prises en fonction de la situation du moment ».

Ouvrir les vols avec la métropole, en gardant le même protocole sanitaire

Pour les libéraux, la situation est d’autant plus « incompréhensible » que la circulation est déjà possible entre Tahiti et les États-Unis, où la situation épidémique est certes plus calme, mais pas si éloignée de celle de la France. Et le sera bientôt entre différents pays étrangers « qui n’ont pas atteint ce niveau de vaccination » et la métropole. Le président du SMLPF n’hésite pas à parler de « maintien à résidence forcée des Polynésiens, discriminatoire et injuste » et dénonce les conséquences « morales et psychiatriques » pour les Polynésiens d’origine française « coupés de leur famille » ou les étudiants qui auront des difficultés à revenir pendant les vacances. La demande est donc claire : « ouvrir les frontières, tout en protégeant le fenua », en maintenant les exigences de tests PCR, de gestes barrières et de preuve de vaccination ou d’immunisation lors des déplacements. « J’ai l’impression qu’on est des citoyens différents des citoyens métropolitains et ça me gêne beaucoup », reprend le médecin.

Le Dr Didier Bondoux estime en outre que ces décisions difficilement explicables et donc mal comprises alimentent le climat de défiance envers les autorités et les recommandations sanitaires. Dont la vaccination, objet de beaucoup de fausses informations sur les réseaux sociaux. « Ça n’aide pas à rendre les gens confiants, explique-t-il. Autant il n’y aucun doute sur la vaccination, autant ces mesures qui se cantonnent au fenua alors qu’on peut être vacciné me semble incompréhensibles. »

Les rapports entre les libéraux et la CPS pèsent sur la campagne de vaccination

Depuis janvier, c’est la direction de la Santé qui prend en charge la campagne de vaccination contre le Covid, via des centres dédiés ou avec l’aide des structures hospitalières. Mais les médecins libéraux, pourtant actifs dans d’autres campagnes de vaccination dont celle contre la grippe, se font très discrets. Pourquoi ? D’abord du fait de la nature du premier vaccin disponible, et qui a été le seul, au fenua, jusqu’à récemment : le sérum Pfizer nécessite deux doses et doit être conservé à des températures très basses. « Cela rendait très difficile la vaccination dans les cabinets privés », reprend le Dr Bondoux. Mais une autre raison, plus triviale vient s’ajouter à ces complications techniques : les médecins libéraux entretiennent des rapports tendus avec les autorités de santé, et notamment la CPS. « Un manque total de reconnaissance de notre travail au quotidien » dénonce le président du SMLPF, qui rappelle au passage que le « tarif de la consultation n’a pas bougé depuis 10 ans ». Une tension qui « rend très compliqué la participation à une campagne vaccinale » malgré les sollicitations du ministère de la Santé. « La plupart de mes collègues y étaient opposés, dans la mesure où nous ne sommes pas reconnus, et en tout cas pas écoutés », ajoute-t-il.

Le président du syndicat estime tout de même que la situation pourrait évoluer. Entre autres parce que le vaccin Janssen, désormais disponible au fenua est monodose et facile à conserver. Bientôt des injections par son médecin traitant ? « Pas du tout impossible », « pour des cas précis, y compris à domicile », répond le Dr Bondoux. Encore faudra-t-il rendre le vaccin plus accessible en pharmacie… Et recréer le dialogue entre la CPS et les libéraux.

Lettre ouverte du SMLPF à Sébastien Lecornu by Charlie Réné on Scribd

 

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