ACTUS LOCALESSOCIAL Les travailleurs sociaux de plus en plus confrontés à la violence Caroline Perdrix 2025-09-21 21 Sep 2025 Caroline Perdrix © Radio 1 Les conseillers et les assistants socio-éducatifs voient leur cadre d’emploi amélioré par la loi du Pays adoptée la semaine dernière, mais en attendant d’en ressentir les effets escomptés – attirer davantage de personnes vers ce métier et faire en sorte qu’ils y restent – les agents de la Direction des solidarités, de la Famille et de l’Égalité sont « très, très inquiets » à la fois pour les usagers et pour eux-mêmes : ils font face à des confrontations de plus en plus violentes, qui s’ajoutent au manque de personnel, aux formations insuffisantes, et au manque de structures et de familles d’accueil pour les enfants. « C’est impossible de pouvoir mener un travail de qualité », témoigne l’un d’entre eux. « De manière générale c’est l’ensemble des agents qui sont de plus en plus exposés à l’agressivité et maintenant à la violence, parfois même jusqu’à des menaces de mort de certaines de nos familles qui sont mécontentes de nos interventions, qui respectent de moins en moins le cadre judiciaire » témoigne Daniel*, un assistant social de la Direction des solidarités, de la Famille et de l’Égalité (DSFE). Et il fait le lien avec l’augmentation de la consommation et du trafic d’ice : « Ces gens-là évoluent dans la toute-puissance, hors la loi, et c’est vrai que toute forme d’autorité leur est difficile à supporter et à entendre. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/SOCIAL-01-ICE.wav Les agents sont inquiets pour leur sécurité. L’un d’entre eux a récemment été violemment pris à partie et a reçu des menaces de mort lorsqu’il a voulu exécuter une décision de placement de deux enfants. « On savait que ça allait mal se passer. C’est quelqu’un qui était perçu dans son entourage proche comme une personne qui était violente et menaçante. Ce qu’on essaye de faire, c’est de travailler conjointement chaque fois que c’est possible avec les forces de l’ordre », dit Daniel. Ce jour-là, malgré trois gendarmes et des mutoi en renfort, l’agent de la DSFE est reparti bredouille. Ce n’est que le lendemain que les enfants ont pu être récupérés à leur école, et le père de famille est venu menacer de mort les agents à la DSFE, où des vigiles sont en faction depuis trois ans. Une plainte a été déposée : « Quand on choisit de faire ce métier-là, on sait qu’on a affaire à un public qui est en difficulté, mais en aucun cas on peut accepter et tolérer d’être menacé de mort comme ça a pu se produire. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/SOCIAL-02-MENACES-DE-MORT.wav Cercle vicieux Les agents de la DSFE sont à bout. Vingt-trois des 119 postes d’assistants socio-éducatifs à la DSFE ne sont pas pourvus, mais le seraient-ils que le problème ne serait pas réglé : il y a chaque année 4 000 signalements d’enfants en danger, nous confiait récemment un responsable du ministère des Solidarités. « On est en sous-effectifs de manière permanente. Chaque travailleur social qui œuvre en protection d’enfance a environ 70 dossiers à suivre, donc c’est trop et c’est impossible dans ces conditions-là de pouvoir mener un travail de qualité« , dit Daniel qui souligne qu’en métropole, le nombre de dossiers par personne est de l’ordre de 30. C’est ainsi que se met en place le cercle vicieux, dit Daniel : « On est en sous-effectif, on prend du retard dans le traitement des dossiers, on prend du retard dans le traitement des aides sociales et par conséquent le délai de réponse à l’usager étant trop long, ça vient provoquer de l’incompréhension, puis de l’agressivité et parfois même de la colère chez l’usager. C’est un cercle vicieux. » Manque de structures d’accueil Au-delà du manque d’effectifs, les établissements médicaux socio-éducatifs sont saturés, dit Daniel. « Les foyers sont tout le temps pleins, et parfois on se retrouve dans des situations où on a des ordonnances du juge des enfants prévoyant un placement du mineur, et on est dans l’impossibilité d’exécuter l’ordonnance faute de moyens à note disposition. » Le Pays se repose sur les confessions religieuses : « Je ne connais aujourd’hui aucun foyer d’enfants qui soit public. Ce sont tous, en fait, des initiatives privées et essentiellement de confessions religieuses, donc on a un gros manque de structures. » Les familles d’accueil agréées, ne sont pas assez nombreux, et les « tiers de confiance » que les travailleurs sociaux essayent de trouver dans l’entourage proche des enfants ne sont pas toujours à la hauteur de la tâche. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/SOCIAL-03-STRUCTURES-ACCUEIL.wav Le cadre d’emploi rénové, une avancée mais… pas tout de suite La nouvelle loi du Pays sur les assistants socio-éducatifs les reclasse en catégorie A, comme leurs homologues métropolitains depuis 2017, et leur grille indiciaire est modifiée, avec à la clé une meilleure rémunération en début de carrière. Assez pour motiver les jeunes diplômés à rejoindre les services du Pays plutôt que d’intégrer la fonction publique d’État, mieux payée et moins surchargée de dossiers, à la Protection judiciaire de la jeunesse ou au SPIP ? Daniel est encore sceptique sur l’amélioration attendue du côté du service du Pays, parce que la relève n’est pas suffisante : « Il n’y a pas de perspective d’amélioration à court et moyen terme : il n’y a pas assez de travailleurs sociaux qui sont diplômés, pas non plus à notre goût assez de formations qui sont mises en place pour former les futurs éducateurs spécialisés et les futures assistantes sociales. Il suffit de regarder la pyramide des âges des travailleurs sociaux, beaucoup d’entre eux vont être amenés à partir à la retraite dans les deux, trois prochaines années, sans perspective de remplacement immédiat, donc on est très, très inquiets pour la suite. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/SOCIAL-04-PERSPECTIVES.wav *Le prénom a été modifié