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Les voitures primées par le Pays sont-elles si « propres » ?

La « prime à la voiture propre » réactivée la semaine dernière permet de subventionner l’achat des véhicules électriques, hybrides, mais aussi ceux de certains modèles à motorisation classique. Or, le barème choisi par le Pays aboutit à accorder des primes pour des voitures qui, en France ou en Europe, seraient au contraire lourdement surtaxées du fait de leurs émissions de CO2.  

« Favoriser l’achat de véhicules plus respectueux de l’environnement ». C’est un des objectifs de la prime à la voiture propre, tout juste réactivée par le conseil des ministres. Le dispositif reprend le mécanisme déjà mis en place en 2016. Ainsi, tout particulier ou petite entreprise qui achète un véhicule neuf avec reprise d’un autre plus ancien, bénéficie d’une subvention du Pays. Cette prime – normalement doublée par une remise équivalente faite par le vendeur – est calculée en fonction des qualités écologiques du véhicule.

80 000 francs pour une moto ou scooter à batterie, 250 000 pour une voiture électrique,  225 000 pour une hybride, qu’elle soit rechargeable ou pas… L’opération « voiture propre » ne s’applique que sur les ventes de moins de 4 millions de francs, et exclut donc, de fait, les plus grosses cylindrées. Mais permet tout de même de subventionner une large gamme de véhicules à moteur essence ou diesel. Les autorités promettent ainsi – hors remise du vendeur – 200 000 francs pour une voiture émettant moins de 165 grammes de CO2 par km, une catégorie couvrant la plupart des citadines. Et la prime de la collectivité reste de 150 000 francs pour des véhicules qui émettent jusqu’à 210 grammes de CO2 par km. De quoi inclure une partie des berlines et SUV.

150 000 francs de bonus à Tahiti, 2 millions de malus en métropole

Si le niveau des primes a baissé, les fourchettes, elles, n’ont pas bougé depuis 2016. Dans le même temps, la réglementation, partout ailleurs, a beaucoup évolué. La France, par exemple, a revu en début d’année son mécanisme de bonus/malus écologique. Les bonus visent depuis longtemps uniquement les véhicules à batteries, et sont plus de trois fois plus élevés (835 000 francs) pour les « tout-électrique » que pour les hybrides rechargeables. Les hybrides non-rechargeable ne sont pas couverts : ils consomment certes légèrement moins que les motorisations classiques, mais tirent au final toute leur énergie de la combustion d’essence ou de gasoil. Quant aux malus, ils s’appliquent dès 138 grammes de CO2 par kilomètre et sont très échelonnés. Ainsi, une voiture bénéficiant de la prime de 200 000 francs en Polynésie peut faire l’objet d’une surtaxe atteignant 178 000 francs en métropole. Quant à la prime « voiture propre » polynésienne de 150 000 francs, elle couvre des véhicules qui pâtissent d’un malus écologique compris entre 180 000 et et 2,1 millions de francs au niveau national. La propreté est donc affaire d’appréciation.

Un dispositif économique plus qu’écologique

Le Pays insiste sur le fait que, contrairement au bonus/malus national, l’objectif de son dispositif est de « renouveler une partie du parc automobile vieillissant ». L’obtention de la prime implique obligatoirement la reprise d’un véhicule âgé (7 ans minimum), et donc probablement plus polluant que le véhicule neuf. Mais la différence porte surtout sur l’objectif de fond. Derrière le très vert intitulé de « prime à la voiture propre », le dispositif à avant une vocation économique. Début juin, le syndicat professionnel des concessionnaires automobiles (SPCA) s’était entretenu avec Teva Rohfritsch pour partager leur inquiétude pour leur secteur d’activité, qui représenterait « plus de 850 salariés ». Après des ventes au plus haut depuis plus d’une décennie en 2019, le marché a été stoppé net par le confinement, et est aujourd’hui ankylosé par l’incertitude économique. La réactivation de la prime, dont l’enveloppe financière n’a pour le moment pas été précisée par le Pays, s’inscrit d’ailleurs « dans le cadre du Plan de relance porté par la vice-présidence ». Et doit permettre, comme l’affiche le gouvernement, « d’accompagner la consommation des ménages en cette période de crise ». Une aide économique, donc, avec une teinte écologique.

Rencontre entre la vice-présidence et le SPCA, le 7 juin. Les concessionnaires polynésiens avaient livré près de 7600 voitures en 2019. Les chiffres 2020 pourraient montrer un effondrement. © Presidence

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5 Commentaires

  1. simone grand
    19 août 2020 à 8h35 — Répondre

    La politique de la voiture individuelle avant tout est un non sens écologique, économique, en santé et en qualité de relations humaines. Il serait temps, qu’avec les concessionnaires de voitures, l’on réfléchisse à une desserte routière plus intelligente avec des transports en commun fiables.

  2. as2apf
    19 août 2020 à 8h39 — Répondre

    Bravo pour votre article avec une analyse critique et qui prouve l’aberration du terme « voiture propre » utilisé dans certains cas.

  3. bruno huguet
    19 août 2020 à 9h00 — Répondre

    mais quelle hypocrisie !!!!
    il n’y a pas de voiture propre en Polynésie !
    les hybrides et électriques , outre le fait qu’elles sont , des leur construction , plus polluantes , vont marcher a l’essence ou a l’électricité !
    Or l’électricité en Polynésie , en majorité , vient du …. diesel !!!!!!!!!
    Histoire uniquement de pognon et de lobbies !!!!!!!!!

  4. motook
    19 août 2020 à 12h17 — Répondre

    On ne peut pas faire plus fort … Tout le monde sait que ce bonus est destiné à relancer la vente de voitures de toutes sortes et à enrichir un peu plus les concessionnaires qui font des marges plus qu’indécentes. Ces subventions devraient plus être utilisées pour favoriser les énergies renouvelables dont on dispose à profusion en Polynésie (solaire, éolien, hydrolien, énergie de la houle …). Mais ce serait s’attaquer au monopole d’EDT et ça, c’est tabu.

  5. Garnier Yves
    19 août 2020 à 18h59 — Répondre

    Ne parlons pas d’environnement avec les voitures poubelles qui continuent à circuler en toute impunité en l’absence de contrôle technique pour cause de démagogie. « les riches peuvent se payer des voitures propres mais les autres ont besoin de se déplacer alors on leur laisse leurs véhicules en l’état »…Il n’y a pas que la pollution mais aussi le danger avec l’absence de feux stop, de suspension, de freins etc… Allons ! Et avec quelle électricité recharge-t-on les accus ? Avec le fuel, bien sûr ! Et dans quelles conditions écologiques et humanitaires fabrique-t-on les accus ? Où et comment produit-on le cobalt, le lithium ? Baratin…Bourrage de crânes faibles, marketing pur et simple…C’est triste…

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