ACTUS LOCALESPOLITIQUE

L’État prêt à concrétiser l’Établissement public d’incendie et de secours


Malgré les réticences de certains tavana, la création de cet Épis reste un « objectif majeur » pour Alexandre Rochatte, l’Invité de la rédaction de Radio 1 ce mardi. Le Haut-commissaire vient d’écrire à tous les maires, au SPC et au Pays, pour insister sur les intérêts économiques, opérationnels et juridiques de cet établissement de coordination et de formation des pompiers communaux, qui doit fiabiliser le traitement des appels d’urgence, accélérer le déclenchement des secours ou servir de centrale d’achat de matériel. Les décrets de création promis par Manuel Valls devraient être pris dès ce début d’année, mais le lancement formel de l’Épis attendra l’après-municipales pour éviter que le débat ne se politise.

Lire aussi : le Syndicat pour la promotion des communes se prononce contre l’Epis

L’Epis n’est « pas en suspens », il reste même un « objectif majeur » pour les services de l’État. C’est ce qu’a assuré le Haut-commissaire Alexandre Rochatte sur le plateau de l’Invité de la Rédaction de Radio 1 et Tiare FM ce mardi. Cet Établissement public d’incendie et de secours, qui doit permettre de mieux coordonner et d’appuyer les pompiers de tout le fenua, avait été défini sur le papier – en l’occurrence celui d’une ordonnance prise à Paris – dès 2006. Mais il n’a jamais vu le jour, régulièrement sabordé par les intrigues politiques entre Pays et mairies, ou les craintes des tavana sur l’érosion de leurs finances ou de leurs prérogatives.

Courant 2023, la direction de la protection civile du Haut-commissariat était tout de même parvenue à relancer les discussions avec les maires au travers de plusieurs réunion du comité polynésien de sécurité civile. Début 2025, un accord, portant sur les premières missions de l’Épis semblait acquis. Et lors de sa visite de juillet, l’ex-ministre des Outre-mer Manuel Valls, confirmant la participation de l’État aux côtés de celle du Pays – un des points bloquants pendant de longues années -, s’était risqué à annoncer une publication des décrets d’application de l’ordonnance de 2006 et un premier conseil d’administration « avant la fin de l’année ».

Un conseil d’administration qui n’a toujours pas eu lieu du fait d’un regain de réticence de certains tavana. Le SPC-PF a même été expliqué son refus – au moins momentané –  de cette nouveauté à Paris en novembre. « Il faut laisser le choix et non pas que l’État vienne nous imposer, expliquait son président Cyril Tetuanui sur le plateau de Radio 1 avant son départ. Un pays grand comme l’Europe… peut-être faire par archipel, mais pas une structure centralisée. »  L’approche des municipales n’est probablement pas pour rien dans cette réticence.

Centrale d’achat : en 2025, « on aurait pu économiser le prix d’un véhicule » de pompiers

Retour à la case départ pour l’Épis ? Non, assure aujourd’hui Alexandre Rochatte. « C’est un objectif majeur opérationnel. C’est un objectif majeur de coordination des moyens de secours. C’est un objectif majeur de formation cohérente, explique-t-il. C’est aussi un objectif majeur de mise en commun d’un certain nombre d’achats qui vont permettre d’économiser. Il y a par exemple eu 11 VSAB, des véhicules de secours et d’assistance aux victimes, qui ont été commandés en Polynésie française l’année dernière. On aurait pu économiser le prix d’un de ces véhicules si on avait eu une centrale d’achat. Et l’Épis, c’est une centrale d’achat ».

Et ce n’est pas le seul intérêt que voit le représentant de l’État dans cet Épis, dont la première mission devait être la gestion d’une plateforme de traitement des appels d’urgence. Un CTA, logé au Taaone aux côté du centre de traitement des appels du Samu, existe bien aujourd’hui mais il est géré administrativement par la mairie de Arue, et ne rassemble que quatre autres communes. Les difficultés historiques de cet outil de mutualisation, qui a toujours souffert de son périmètre trop restreint et de son statut inadapté, n’ont pas aidé à convaincre les autres mairies d’adhérer à une plateforme territoriale.

Mais le CTA, accompagné par l’État et le Pays s’est beaucoup modernisé depuis 2023, s’est doté de coordinateurs formés et d’un système de géolocalisation des appels qui fait envie à beaucoup de communes, où les appels d’urgence sont parfois reçus sur des portables de permanence, sans trace, ni traçage. Pour le Haut-commissaire, la centralisation des appels par l’Epis permettrait d’améliorer la réponse opérationnelle, qu’elle s’appuie sur les pompiers communaux ou le Samu, qui « entend directement l’appel » et peut déclencher ses propres moyens ou une evasan dans les îles.

Des courriers pour répondre aux doutes sur les finances et les responsabilités

Une « mise en cohérence opérationnelle » qui ne privera pas le maire de ses prérogatives précise Alexandre Rochatte pour répondre directement aux inquiétudes exprimées par les tavana. « Le maire continuera à être responsable du centre de secours, de ses pompiers, de son matériel. Mais il a aussi une responsabilité d’intervention. Et s’il n’est pas capable de tracer le moment où il y a eu l’appel et le moment où les pompiers sont intervenus, on peut mettre en cause sa responsabilité. Il y a déjà eu des incidents dans les îles Sous-le-Vent, par exemple, sur le sujet, et on sait que des procès pourraient être lancés ».

Des arguments déjà développés auprès des tavana ces derniers mois, avec un succès mitigé. « Je pense qu’il y a peut-être une mauvaise compréhension ou des choses qui ont délibérément été mal comprises dans ce qui a été proposé, notamment en termes de responsabilité », estime le représentant de l’État, qui a de nouveau parlé des réticences en termes de coûts et de responsabilité dans un long courrier au président du SPC-PF, et qui a aussi écrit à « l’ensemble des maires » et au président du Pays.

En attendant de les convaincre le Haut-commissaire a « décalé un petit peu le calendrier » : les décrets d’État seront bien pris « en ce début d’année », mais la création formelle de l’Epis avec la réunion du conseil d’administration sera faite « après les élections municipales ». « Ça évitera que le sujet politique prenne le pas sur le sujet technique », précise le préfet, assurant que les financements qui avaient été promis par Manuel Valls, malgré le changement de gouvernement en septembre, l’absence de vote de budget à Paris en décembre, et la situation politique nationale instable, ne sera pas un problème. « Quand on aura le décret, on aura aussi les financements qui vont avec. »

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Jt Vert 07/01/2026

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