ACTUS LOCALESJUSTICE Mandat d’arrêt et six ans de prison pour le père incestueux Pascal Bastianaggi 2025-06-13 13 Juin 2025 Pascal Bastianaggi Teiva T, 51 ans était jugé en son absence ce vendredi pour des faits d’atteintes sexuelles incestueuses sur ses deux filles, l’une de sept ans et l’autre de trois. Il a été condamné à six ans de prison ferme et un mandat d’arrêt a été délivré à son encontre. Cette affaire aurait dû normalement être jugée aux assises mais à la demande de la partie civile, elle a été correctionnalisée. La prise de paroles de victimes mineures devant les assises étant toujours délicate, l’avocate des désormais jeunes filles, puisque les faits se sont déroulés entre 2011 et 2016, a préféré passer devant une composition classique, en accord avec les principales concernées et leur mère. En l’absence de l’accusé, disparu dans la nature et dont le dernier domicile connu est le foyer du Bon Samaritain en 2023, c’est la juge qui a relaté les faits consignés dans le dossier de l’instruction. L’affaire a été révélée en 2016 suite à une plainte pour viols de la grand-mère. Les petites étaient venues vivre chez elle aux Raromatai car les parents avaient du mal à joindre les deux bouts à Tahiti. La juge relate : la grand-mère avait remarqué que la petite Kiara*, alors agée de onze ans, n’était plus la même. Elle était renfermée, difficile, et la grand-mère lui criait souvent dessus. Un jour, n’en pouvant plus, elle demande à Kiara ce qu’il se passe. La petite lui répond en pleurs, « papa m’a touchée et a fait pareil avec ma petite sœur Noémie* .» Auditionnée, Kiara raconte que presque tous les soirs, à Tahiti, quand sa mère allait travailler, son père la forçait à se déshabiller puis à se mettre sur le ventre et « il me faisait mal au derrière et je pleurais. Le sexe de papa était dur et il mettait de la salive dessus. » Elle raconte aussi qu’un jour alors qu’elle se rendait à l’école, elle avait oublié des affaires à la maison et, retournant les récupérer, elle avait surpris son père allongée sur sa petite sœur et « il faisait des mouvements.» Noémie, interrogée à l’âge de 7 ans, ne dit rien, si ce n’est « j’ai peur de papa ». On lui demande pourquoi, elle ne répond pas. Puis elle fini par lâcher du bout des lèvres, « je voulais pas faire ça, il est allé sur moi deux fois » et retombe dans le mutisme. Le gendarme décide alors de lui montrer des peluches et lui dit de montrer où son père lui a fait du mal. Elle désigne le derrière de la peluche, puis à la question « avec quoi il t’a fait çà ? », elle pointe du doigt le bas ventre de la peluche. « Le dessin est colorié de noir, signe de dépression » Les deux fillettes rencontrent alors un psychologue. Concernant Kiara, il indique qu’elle tient un discours clair et cohérent, et qu’elle est constante dans ses déclarations. L’expert lui propose de dessiner et son constat est sans appel. « Le dessin est colorié de noir, signe de dépression. » Sur Noémie, même constat, elle dessine une maison entre deux arbres et juste au dessus de la maison, un nuage noir. L’examen clinique des deux victimes montre « une déchirure de l’hymen, mais pas d’anomalie sur le plan anal » chez l’aînée. Quant à Noémie, « aucune anomalie. » Placé en garde à vue, le père conteste les faits. Pour lui Kiara a agi par vengeance car il la grondait et parfois, « elle faisait des fugues et il s’est peut-être passé quelque chose. » Le gendarme insiste, Teiva T. persiste, « j’ai pas fait ca, j’ai juste donné des fessées. » Les questions restent sans réponse. Réentendues par un juge d’instruction en 2021, les déclarations des jeunes filles varient quelque peu. Kiara dit « il frottait juste son zizi » ; quant à Noémie, elle déclare ne plus se souvenir. Le père, lui, conteste toujours. « J’ai touché les titi mais c’est elle qui voulait » Sauf que devant un expert psychiatre qui note que Teiva a « des troubles pédophiliques non exclusifs et un manque d’empathie total», l’accusé lâche, « j’ai touché les titi mais c’est elle qui voulait et j’ai touché la poupoune mais j’ai pas piqué avec le cocoro, juste le doigt. C’est elle qui voulait. C’est pas bien ce que j’ai fait, mais elle a du oublier. » L’expert note que Teiva est « limite déficient intellectuel et influençable, et que le risque de récidive est élevé. » Réentendu par le juge suite à ses déclarations devant l’expert, Teiva T. continue à nier, « c’est lui qui a dit cela, moi je n’ai rien dit. » Pour Hina Lavoye, avocate de la partie civile, pas de doute, « le père a reconnu les faits. Il n’y a pas de raison de mettre leurs paroles en doute, à cet âge-là on n’a pas de notions sexuelles, mais on sent juste que quelque chose ne va pas. Elle n’auront pas la chance d’entendre leur père avouer les faits. Elles attendent la justice et le point final de ce long calvaire.» Elle précise que si les deux jeunes filles n’ont pas revu leur père, celui-ci insistait auprès de la mère via des sms assez injurieux pour voir la troisième et plus jeune de leurs filles. L’avocate demande au titre de dommages-intérêts les sommes de deux millions pour Kiara et un million pour Noémie. « La position du père sur sa fille ne laisse pas de place au doute » Pour le procureur, « la preuve parfaite dans ces dossiers de violences sexuelles n’existe pas. L’accusé nie en espérant que les victimes n’aient pas le courage de venir témoigner. C’est la parole de l’un contre l’autre. » S’il n’émet pas de doute sur les faits dénoncés par les enfants, il note cependant que « le témoignage de Kiara concernant sa sœur est, sur le plan criminel, insuffisant. Elle n’a pas vu ce qu’il faisait, mais la position du père sur sa fille ne laisse pas de place au doute. » Relevant que le psychiatre estimait le risque de récidive élevé et que l’accusé insistait pour voir la benjamine, il estime que cela pose question. Il requiert cinq années de prison ferme, interdiction de rentrer en contact avec des mineurs et l’inscription aux fichiers des délinquants sexuels (Fijais) ainsi qu’un mandat d’arrêt. Après en avoir délibéré le tribunal a condamné Teiva T. à six ans de prison ferme avec retrait de l’autorité parentale, interdiction de rentrer en contact avec des mineurs et l’inscription aux fichiers des délinquants sexuels (Fijais). Un mandat d’arrêt a été lancé. *Prénoms d’emprunt