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Nicole Bouteau quitte un gouvernement en perte de « crédibilité et de cohérence »

La Ministre du Tourisme et du Travail a confirmé ce midi sa démission, et en a expliqué les raisons par le menu. De « l’erreur » du mariage, aux « incohérences » des discours de Tearii Alpha et Gaston Tong Sang sur la vaccination, en passant, bien sûr, par les décisions pas assez « fermes » d’Édouard Fritch à leur égard, la cofondatrice du Tapura quitte le gouvernement avec « un sentiment de gâchis », mais reste dans le parti et la majorité. En attendant des explications internes.

Elle s’en va « le cœur lourd », mais la parole libre. Ce lundi matin, Nicole Bouteau est revenue dans le détail sur la lettre de démission qu’elle avait remis 72 heures plus tôt au secrétariat de la présidence. Une lettre qui n’a fait l’objet d’aucune réaction de la part d’Édouard Fritch ou d’autres membres du gouvernement. Ni en public, ni en privé : « j’attends son appel », a expliqué la future ex-ministre du Tourisme et du Travail, qui a donné deux jours à ses équipes pour « faire leurs cartons ». La lettre est en soi claire : la ministre ne « cautionne pas » le maintien au gouvernement de Tearii Alpha, alors que l’ex-vice président, comme Gaston Tong Sang, ont toujours une position dissonante sur la vaccination. De quoi entacher la « crédibilité » de toute la majorité, a répété l’élue, qui, pourtant continue « de porter pleinement » le bilan du gouvernement : de l’économique au sanitaire, « on a fait du mieux qu’on a pu ».

« Des responsables au dessus des lois »

Son sentiment est donc celui d’un « gâchis » face à ce départ et aux « turbulences sans nom » que connait l’exécutif et qui sont, d’après elle, nées un 5 août. La date du fameux mariage de Tearii Alpha auquel la ministre a d’ailleurs participé. Une « erreur » partagée avec l’essentiel du gouvernement : « On nous avait assuré que le vice-président avait obtenu toutes les autorisations nécessaires du Haut-commissariat, (…) mais en entrant dans le restaurant, on s’est rendu compte que les règles n’étaient pas respectées ». Mais plus que ce « manque d’exemplarité », c’est le sujet de la vaccination qui a créé la fracture. Alors que la majorité Tapura, puis l’assemblée débattent et votent l’obligation vaccinale, « à aucun moment, Gaston Tong Sang ou Tearii Alpha n’ont exprimé leur opposition ». « Rien, rien ! », insiste-t-elle : les réserves des deux responsables, qui ont évoqué « la prise en compte de l’immunité naturelle » ou des « statuts biologiques particuliers » ne viendront qu’après. « Je respecte complètement les convictions de chacun », assure pourtant Nicole Bouteau. Mais tout est question de « cohérence » : « Lorsqu’on met en place des dispositions telles que celles-là pour lutter contre une pandémie, il  n’est pas possible que des responsables politiques puissent avoir une position individuelle où l’intérêt collectif ne prime pas ».

Hors du gouvernement, mais pas du Tapura

Des positions et des discours. Celui de Tearii Alpha, le 13 octobre, durant lequel le vice-président avait enfin parlé de son statut vaccinal et son mariage, était « tardif », dénué de réels regrets, et ne comportait « aucune compassion, aucun mot » pour les victimes de la pandémie, relève-t-elle. L’élue Tapura en vient à comprendre la tempête de l’opinion face à ce « pied de nez à la population » : « Nous avons des responsables politiques au-dessus des lois ». Le discours d’Édouard Fritch, qui en conseil politique du Tapura, le 21 octobre, avait « exigé » la vaccination des deux élus de son parti, est en revanche salué pour sa fermeté. Mais les actes, eux, n’ont pas suivis. Impossible pour la ministre de cautionner le maintien au gouvernement de l’ex-vice-président, même si c’est un « bon ministre ». « La question n’est pas là », reprend-elle. Cohérence, encore : après cinq ans au sein du gouvernement Fritch, sa démission a été posée.

Pourtant, celle qui était devenue ministre du Tourisme dès 2001, avant – déjà – de claquer la porte du gouvernement Flosse pour signifier son désaccord, ne met pas les deux pieds dehors. « Je reste membre du Tapura », explique-t-elle, rappelant même en être la cofondatrice et la secrétaire générale. Difficile numéro d’équilibre, puisque Nicole Bouteau semble en complet désaccord avec les décisions prises par le président du parti. Mais pas avec le conseil politique « qui s’est exprimé à une grande majorité, près de 90%, pour une plus grande fermeté », à l’égard de Tearii Alpha et GTS. « Je suis en phase avec le Tapura et j’attends les prochaines instances du parti pour aller m’expliquer », conclut-elle. Un rendez-vous qui devrait avoir lieu fin novembre. D’ici là, Nicole Bouteau devrait transmettre ses dossiers, avec « une impression d’inachevé » : des réformes sont en cours dans le Tourisme, où l’action de la ministre est globalement saluée, et dans le secteur du Travail et de l’emploi, où les opinions à son égard, notamment du côté du patronat, sont beaucoup plus mitigées. Elle devrait ensuite sa place l’assemblée, « dans la majorité », à la place de Yvannah Pomare-Tixier. À Tarahoi, c’est à Gaston Tong Sang qu’elle fera face à chaque séance. Pas d’explications au programme : « Je crois que les choses ont été dites ».

Les législatives dans le viseur ?

Les législatives ? « Ca ne fait pas du tout partie de mes réflexions actuelles », assure Nicole Bouteau. Et pourtant, l’échéance de juin prochain est déjà dans toutes les têtes dans le milieu politique. La future ex-ministre ne l’ignore pas : il y a une dizaine de jours, sa candidature à l’investiture Tapura dans la 1ère circonscription a été « portée » au parti, selon elle, par Michel Buillard et avec la bénédiction d’Édouard Fritch. Une candidature qu’elle ne remet aujourd’hui pas en cause malgré son désaccord avec le président du parti et du Pays. « Je n’en suis pas là du tout, insiste-t-elle. J’en reste à ce conseil politique du 21 octobre, où nous avons une très forte majorité du parti qui s’est exprimé pour demander au maire de Bora Bora et au maire de Teva I Uta de se conformer à la loi », ou en tout cas aux « obligations morales » qui en découlent. Sauf que les législatives, comme les territoriales de 2023, semblent bien être dans les têtes au Tapura. « Est-ce que le poids politique des Raromatai, le poids politique de Tearii Alpha sur la section 2 de Tahiti dans le cadre de prochaines élections ont pu peser, je pense que là vous devez interroger le président ».

051121 – Lettre de Démission AR by CharlieRéné on Scribd

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