ACTUS LOCALESSANTÉ

« Même les enfants du pays quittent l’hôpital », alerte le Dr Tony Tekuataoa

Alors que le conseil d’administration validait, vendredi, les bons chiffres du bilan financier 2024, le chef de service des urgences Tony Tekuataoa et le président de la commission médicale d’établissement et pharmacien en chef, Philippe-Emmanuel Dupire, s’inquiètent du manque d’attractivité des conditions de travail : « On perd des ressources qui s’épuisent », y compris les médecins polynésiens. Une inquiétude qui est renforcée par « la dégradation de l’état de santé de la population ».

Oui, le CHPF va mieux, mais la comptabilité ne dit pas tout. La création d’un statut de la fonction hospitalière que le ministre de la Santé veut mener à bien ne servira pas à grand-chose si les moyens financiers ne sont pas mis. « L’enjeu, pour moi, il est clairement sur l’attractivité des ressources humaines », dit le chef de service des urgences Tony Tekuataoa.

« Il va falloir s’aligner »

« Aujourd’hui, je fais le constat, malheureusement, en milieu d’année, qu’on perd des ressources qui s’épuisent. On a un statut qui est relativement obsolète, qu’il va falloir changer. Et surtout, comme on est dans un contexte de mondialisation de la ressource médicale, il va falloir s’aligner. C’est bien le point d’attention que je fais au niveau du conseil d’administration de l’hôpital, c’est s’aligner par rapport aux autres territoires, notamment ultramarins, la Calédonie, les DROM, mais aussi la métropole.Et on voit qu’aujourd’hui, on n’est plus du tout attractif, ce qui fait que même nos enfants du pays quittent l’hôpital. »

« Il faut s’aligner sur la concurrence, martèle le Dr Tekuataoa. Ce n’est pas de notre demande, en fait, c’est une demande qui est nécessaire pour pouvoir continuer à soigner. » Le ratio entre le salaire d’un praticien hospitalier au fenua et celui de son homologue métropolitain est de 1,04, dit le Dr Philippe-Emmanuel Dupire, qui préside la commission médicale d’établissement ; il est de 1,40 dans les départements d’outre-mer et de 1,53 en Nouvelle-Calédonie. Et la fuite des médecins vers d’autres cieux ou dans le secteur privé se répercute sur ceux qui restent : « On est à 67 heures par semaine tous les deux. »

« Des procédures très lourdes »

La transformation prévue par le gouvernement des structures en « établissements publics de santé » est une bonne chose, pour le médecin urgentiste, « parce que c’est vrai qu’on est très entravé par des procédures très lourdes, très alourdies. Donc ça c’est en cours, on espère », dit-il. Il pointe d’ailleurs que malgré l’avis défavorable du Cesec, un prochain rapport de la chambre territoriale des comptes dit « exactement le contraire. »

À cela s’ajoute la dégradation de la santé dans la population, que Tony Tekuataoa voit tous les jours dans son service : « Les urgences en 2024, le bilan c’est quand même qu’on a des gros signaux d’alerte sur la dégradation de l’état de santé de la population, dit le chef de ce service, Tony Tekuataoa, puisque sur les urgences vitales et les urgences un peu moins vitales mais qui font beaucoup d’hospitalisations, on a des augmentations inquiétantes, ce qui va augmenter les durées moyennes de séjour dans l’hôpital. » Il craint cette tendance qui pourrait mener à « la saturation de l’hôpital. »

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2 Commentaires

  1. kiaorana
    22 juin 2025 à 19h19 — Répondre

    Il faut comparer ce qui est comparable. Toute étude doit se baser sur le revenu net après impôts. Or en métropole, les médecins entrent souvent dans une tranche où 25% du revenu est pris pour l’IRPP et en NC çà doit aussi être pareil. Au fait la NC pleure le départ de ses Taote. L’argent n’est donc pas la seule motivation.

  2. gg
    24 juin 2025 à 19h25 — Répondre

    Il faut surtout parler du temps de travail. En Polynésie tu travailles de nuit et ce n’est pas compté comme temps de travail donc tu enchaîne de nombreux jour sans repos. En métropole ou NC au final tu as plus de temps pour toi. Quand on sait que ces rythmes de travail avec nuit +++ génèrent des pathologies cardiaque, cancer etc. Les directives européennes sont claires sur la reconnaissance du temps de travail. Les jeunes médecins arrivant au fenua ne comprennent pas cette différence et repartent

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