ACTUS LOCALESÉCONOMIESECTEUR PRIMAIRE Belpearl réduit la distance entre les perliculteurs et les enchères de Hong Kong Caroline Perdrix 2025-06-22 22 Juin 2025 Caroline Perdrix Belpearl, leader des ventes aux enchères de perles à Hong Kong, ouvre un bureau à Papeete et propose aux perliculteurs polynésiens d’y déposer directement leurs lots, sans passer par les négociants locaux. Les producteurs se déclarent ouverts à l’arrivée de cet opérateur qui leur offre un accès plus direct au marché international. Mais ils alertent aussi : la pénurie de nacres menace le secteur. Belpearl, l’un des principaux négociants et organisateurs de vente aux enchères de perles à Hong Kong, invitait samedi les perliculteurs à une réunion d’information, alors que l’entreprise ouvre un bureau à Papeete pour être au plus près des producteurs. 90 ans de négoce de perles Belpearl est l’un des leaders du négoce de perles noires, blanches et dorées, et revendique un tiers de parts du marché des enchères à Hong Kong. Son histoire est une saga familiale qui remonte aux années 30, au Liban. En 1962, la famille Hajjar ouvre son bureau au Japon ; elle s’y installe au milieu des années 70 et y reste 25 ans avant de rejoindre Hong Kong devenue l’épicentre du négoce international de perles. Elle possède ses propres fermes au Japon, aux Philippines, en Chine, en Indonésie et au Myanmar. Trois générations travaillent aujourd’hui dans l’entreprise. Ses dirigeants travaillent déjà avec plus de 25 producteurs polynésiens. et ils sont persuadés que la perle de Tahiti est inégalable. Freddy Hajjar, qui ouvre le bureau de Papeete, travaille depuis longtemps avec la Polynésie, mais regrette que « radio Cocotier » dissémine des informations inexactes. L’isolement de la Polynésie pose une difficulté particulière pour les perliculteurs, qui faute de moyens ne peuvent pas se rendre à Hong Kong. « Parfois, véritablement, ils ne savent pas combien valent leurs lots », dit-il en soulignant que le triage des perles n’est pas suffisamment bien fait. Il ressent le besoin d’avoir une présence sur place pour « transmettre les bonnes informations sur le marché, ses tendances, ses changements.« https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/06/BELPEARLS-01-FREDDY-HAJJAR.wav Concrètement, Belpearl propose aux perlicuteurs des estimations gratuites de leurs lots et un acompte immédiat si le prix leur convient. Contre une commission de 5%, Belpearl assure l’exportation vers Hong Kong, prend à sa charge le coût de l’assurance vol et perte, ainsi que le polissage. Les perles sont ensuite proposées aux enchères à Hong Kong, et si le produit de la vente est supérieur à l’estimation, Belpearl verse un complément aux producteurs. « Le prix de la perle noire reste inférieur à celui de la perle blanche » Freddy Hajjar a résumé pour les participants les derniers développements du marché : hausse des prix à la sortie de la crise Covid, puis une certaine baisse, mais moindre que prévue. Et sur l’année écoulée, Belpearl dit constater dans les enchères une hausse des prix à l’unité de 27%. « En avril de cette année, on s’attendait à ce les prix baissent à cause de la guerre économique entre les gouvernements américains et chinois. Mais en fait, on a bien maintenu les prix, avec un pourcentage très élevé de perles vendues, de l’ordre de 95%. Mais le prix de la perle noire reste inférieur à celui de la perle blanche. » Toutefois le dirigeant de Belpearl voit une augmentation se profiler : « Il n’y a pas assez de perles, à cause de la pénurie de nacres, c’est ça qui va augmenter le prix. » « Ça élimine l’intermédiaire, c’est le changement de l’économie » Arii Sichoix de Gambier Pearls est persuadé qu’il « vaut mieux faire beaucoup moins de perles en quantité, avec des productions de qualité car c’est ce qui se vend à l’international, et c’est ce qui se vend cher, c’est là qu’on fait nos marges. » Il trouve que « c’est une très bonne chose pour les perliculteurs polynésiens d’avoir accès à un coût réduit au marché hong-kongais et aux ventes aux enchères de Hong Kong. Ça élimine complètement l’intermédiaire, en fait, c’est le changement de l’économie et de l’industrie. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/06/BELPEARL-02-ARII-SICHOIX.wav « La collecte naturelle de naissains ne fonctionne plus » Mais la perliculture polynésienne doit avant tout régler le problème de la pénurie de nacres, ajoute Arii Sichoix. « L’apport ne peut se faire qu’en écloserie selon moi, car à l’heure actuelle nos lagons sont beaucoup trop pollués et la collecte naturelle de naissains ne fonctionne plus. Pour nous, aux Gambier, ça fait cinq ans qu’on n’a pas eu de collectage naturel. » Gambier Pearls développe actuellement avec l’aide du Pays son écloserie qui rentrera en production en mars de l’année prochaine. Il faudra alors 18 mois pour obtenir une huître prête à être greffée. » Ce sont des investissements qui ont besoin d’être faits maintenant pour pouvoir assurer une pérennité à toute l’industrie perlicole aux Gambier, » conclut le jeune homme.