ACTUS LOCALESCOMMUNESÉCONOMIE Newrest : « Je ne sais pas si c’est une grève téléguidée, elle est en tout cas très curieuse » Lucie Rabreaud 2026-06-18 18 Juin 2026 Lucie Rabreaud Au cœur de la grève lancée lundi chez Newrest, la cuisine centrale de Papara fait l’objet d’un bras de fer depuis 2023 entre la mairie et la multinationale de la restauration collective. Alors que la fin de la concession, datée au 30 juin, a déjà été repoussée par deux fois faute d’accord financier, Papara estime ne pas toucher sa juste part dans l’activité d’un site où Newrest produit des repas pour beaucoup d’autres clients. L’avocat de la commune, Me Philippe Neuffer, estime que la société a « développé son activité sur le dos » de la collectivité, il s’étonne de la pression opérée via les syndicats, dénonce le manque de transparence de Newrest… Et refuse, comme le maire, de laisser « imposer des obligations diamétralement contraires aux intérêts » de la collectivité. Quatre jours déjà que certains salariés de Newrest, mobilisés par la CSIP, la CSTP-FO et O oe to oe rima, sont entrés en grève. Avec comme principale conséquence au conflit l’arrêt de la livraison des repas dans les écoles de Papara. L’antenne polynésienne du géant mondial de la restauration collective, en contrat avec de nombreuses collectivités, entreprises ou compagnies aériennes, est a des activités pourtant bien plus larges. Les grévistes, malgré des pancartes qui parlent aussi « d’indemnités retraite » ou de « primes blanchisseries », semblent concentrer leur attention sur un point : le « contrat mairie ». C’est-à-dire la concession pour l’occupation de la cuisine centrale communale, qui arrive à échéance le 30 juin et que les grévistes appellent à prolonger de plusieurs années, en mettant en avant des inquiétudes sur l’emploi. « À aucun moment on ne met en cause la société Newrest qui est pourtant aujourd’hui responsable de ses salariés » Un angle d’attaque qui étonne à la mairie puisque le conflit social concerne la direction de Newrest et ses salariés, alors que les discussions autour de cette concession lie l’entreprise à la commune. C’est ce qu’a rappelé le tavana de Papara Mike Teissier dans chacun de ses communiqués. Trois depuis le début de la grève, pour rappeler Newrest, toujours prestataire de la mairie en matière de restauration scolaire, à ses responsabilités, et pour s’étonner que seules les cantines de Papara ne soient pas livrées… Selon la commune et son avocat, toutes les autres sociétés desservies par Newrest ne rencontrent pas de difficultés. Me Philippe Neuffer s’interroge : « Je ne sais pas si c’est une grève téléguidée, elle est en tout cas très curieuse puisqu’à aucun moment on met en cause la société Newrest qui est pourtant aujourd’hui responsable de ses salariés. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/06/NEWREST-Neuffer-greve-teleguidee.wav Si la cuisine centrale de Papara a une telle place dans ce conflit, c’est qu’il survient, en pleine négociation pour l’avenir de l’exploitation du site. Et que ces négociations, entamées dès 2023 sous la mandature de Sonia Punua, se passent mal. La concession, qui date de 2008, a déjà été prolongée deux fois pour éviter une rupture de service… Impossible de refaire une prolongation temporaire après le 30 juin, selon Me Neuffer, il faut donc se mettre d’accord sur la fin de la concession et peut-être le début d’une nouvelle. 18 employés à reprendre : « un chantage social » Solder la fin d’une concession revient à répondre à cette question : qui doit combien à qui ? C’est ce que Newrest et Papara négocient depuis des mois, des discussions bloquées dans lesquelles l’intersyndicale, CSIP en tête, vient peser de tout son poids. Le leader de la CSIP, Cyril Le Gayic, qui dement tout « téléguidage » explique n’avoir qu’un objectif en tête : la préservation des emplois contre les « magouilles » municipales. Notamment en ce qui concerne les « 18 employés que la mairie devra reprendre si le contrat n’est pas renouvelé ». La mairie répond qu’me sur les salariés mis a disposition à l’époque, il n’en reste que deux. En 20 ans, des personnes parmi ces employés communaux sont parties, elles ont été remplacées par Newrest, des embauches « sans prévenir la commune », selon Me Neuffer. Pas question donc pour la commune de les reprendre, ces agents relèvent de la responsabilité de l’entreprise. Cyril Le Gayic estime cette position contraire au droit, les salariés mis à disposition devant réglementairement être systématiquement repris par le nouvel employeurs. Le débat, vif sur ce point, est considéré par l’avocat, comme « un chantage social ». « Ils ont bien profité de cette cantine centrale pendant 20 ans maintenant nous voulons connaitre les chiffres » Autre point bloquant : cette cuisine centrale ne serait pas seulement utilisée par Newrest pour nourrir les élèves de Papara. D’après la mairie, des plats préparés pour d’autres clients du groupe – nombreux, entre la restauration scolaire, les administrations, les établissements de santé, ou l’aérien – sont préparés sur place. Philippe Neuffer estime que les repas scolaires de Papara ne représentent pas plus de « 15% » de la production actuelle des cuisines centrales de la commune. Cette utilisation n’est pas, en soi contraire, au contrat de concession. Mais l’équipe de Mike Teissier, comme celle de Sonia Punua avant elle, s’interroge sur le bénéfice de la commune dans cette activité basée sur ses infrastructures. Et les tensions financières entre le propriétaire et le concessionnaire, qui a aussi un important centre de production à Faana, sont plus larges : un adjoint de Papara assurait mardi que certains loyers n’avaient pas été encaissés, Me Neuffer ajoute que « des dotations aux amortissements ont été utilisés pour autres choses »… Des élus de la commune, en début de conflit, ont avancé le chiffre de « 500 millions de francs » pour parler des demandes faites au groupe privé. « Un minimum » pour l’avocat : « Ils ont bien profité de cette cantine centrale pendant 20 ans maintenant nous voulons connaitre les chiffres et signer la fin équilibrée d’une concession ». « On a beaucoup souffert d’une forme de rétention de documents, d’informations » Selon l’avocat de Papara, les discussions butent sur le manque de transparence de Newrest, qui a aussi décliné les sollicitations de Radio1 et des autres médias depuis le début du conflit. « Lorsqu’on termine une concession, on ne peut pas le faire sans avoir des éléments de comptabilité précis. Et c’est ce qui nous manque. On a beaucoup souffert d’une forme de rétention de documents, d’informations. Un certain nombre de choses étaient données, mais partiellement. Pour terminer une concession de ce genre, les éléments de comptabilité et les éléments financiers sont essentiels. Et nous ne les avons pas et nous ne pouvons pas clôturer cette concession sans les avoir. Le minimum du droit des finances publiques exige de la commune d’être minutieux sur ces questions. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/06/NEWREST-Neuffer-lorsquon-termine-une-concession.wav Résultats, les discussions commencées il y a deux ans, ont été interrompues parce que « la société Newrest souhaite imposer à la commune de Papara des obligations qui sont diamétralement contraires à ses intérêts ». Selon l’avocat, la direction de Newrest « a un peu de mal à se plier à certaines exigences, notamment quand elle relève du droit public local et financier ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/06/NEWREST-Neuffer-discussions-menees-deux-ans-papara-newrest.wav L’affaire pourrait bien se terminer au tribunal. La mairie de Papara se dit « prête à reprendre les discussions » menées « dans l’intérêt des enfants, des administrés, salariés ou non de la société, mais également dans celui de la commune » mais aussi prête à aller devant le tribunal administratif. Aujourd’hui, c’est à la cuisine centrale de Teva i Uta que sont gérés les plats des enfants des écoles de Papara et si jamais la situation restait bloquée, Me Philippe Neuffer assure que des alternatives au plus long terme existent.