ACTUS LOCALESSPORTS OFC Pro League : 240 millions par an à trouver pour « Tahiti United » Vaitiare Pereyre 2025-03-13 13 Mar 2025 Vaitiare Pereyre Depuis fin février l’AS Vénus, comme 23 autres clubs de la région, fait officiellement partie des candidats à la ligue de football professionnelle que l’OFC veut lancer début 2026. Le club de Mahina ne concourra pas en son nom : pour briller sur les terrains océaniens, il mise sur un « Tahiti United », équipe qui doit rassembler les meilleurs joueurs du Pays et attirer le soutien de tous les Polynésiens. Avant ça, il faudra structurer le projet et bien sûr le financer… Avec des soutiens publics, des entreprises locales partenaires, et même des sponsors internationaux : des discussions auraient notamment été ouvertes avec la marque américaine Under Armour. Opération séduction pour l’AS Vénus qui avait rassemblé du beau monde ce mercredi soir au Tahiti by Pearl Resorts. Au cœur de la soirée, la présentation officielle de son projet de club professionnel, le premier dans l’histoire du ballon rond polynésien, et qui est spécialement conçu pour se lancer à l’assaut des terrains océaniens et de la future OFC Pro League. La présentation de ce nouveau championnat, dont le coup d’envoi doit être donné début 2026, et des ambitions du seul club tahitien candidat, s’est déroulée sous le regard attentif des dirigeants de la Fédération tahitienne de football, de chefs d’entreprises privées, d’élus locaux, mais aussi de membres du gouvernement, tous conviés. La ministre du travail Vanina Crolas, celui de l’économie Warren Dexter avait répondu présent, la ministre des Sports Nahema Temarii avait, elle, dépêché son conseiller technique Pure Nena. Pour Vénus et ses dirigeants au grand complet, l’objectif de la soirée était clair : rassembler un maximum de soutien avant de créer officiellement la Société anonyme par actions simplifiée qui portera le nouveau club. Son nom se soufflait déjà depuis de longs mois dans les vestiaires du foot polynésien : « Tahiti United ». La « révolution » de la professionnalisation La création de la SAS, en cours, n’est qu’une première marche à franchir dans les nombreuses obligations et critères imposés par l’OFC. Dans le foot océanien, la professionalisation est une « révolution » pour tout le monde, et la confédération n’a pas voulu presser les choses. Après deux mois d’ouverture des candidatures, les dossiers peuvent être complétés jusqu’à la fin juin, avant une phase de sélection qui durera jusqu’à septembre. Un mois plus tard les équipes retenues seront annoncés lors d’une cérémonie en fanfare à Auckland, avant une « pré-saison » de trois mois et un coup d’envoi de la ligue en janvier. Un calendrier et un aboutissement pour la confédération océanienne, qui parmi les six structures régionales adhérentes à la Fifa, est la seule à n’organiser que des championnats amateurs. Ses cadres travaillent donc sur l’idée d’une compétition professionnelle depuis déjà cinq ans, et ont confirmé l’année dernière, avec le soutien de la Fifa, son format, en tout cas celui de la première saison. 8 à 10 équipes, au moins 14 matchs par club, une phase de circuit en 5 tours à domicile et à l’extérieur, des playoffs et des demies et une grande finale. Le tout réparti sur 5 mois de compétition, de janvier à mai. Objectifs affichés : structurer le football régional, attirer de nouveaux financements, de nouveaux sponsors et des nouveaux publics, attirer davantage de médias, donner l’opportunité à de jeunes talents de se faire repérer aussi… et au final faire bondir le niveau régional. La « révolution » de laprofessionalisation doit se faire sentir jusque dans les sélections nationales, estime l’OFC, bien décidée à qualifier et avoir des résultats en Coupe du Monde de la Fifa. Un club auquel « tout le monde pourra s’identifier » Ce nouveau championnat, s’il a emporté du débat un peu partout autour de la région, a visiblement fini par convaincre : 24 équipes au total sont candidates à cette Pro League. Le Vanuatu, les Samoa ou les Salomon faisaient partie des premiers convertis, mais quatre équipes de Papouasie Nouvelle-Guinée ont aussi déposé des dossier, autant à Fidji, deux en Nouvelles-Calédonie, quatre en Australie et même six en Nouvelle-Zélande. Côté Tahiti, où la Fédération de football local a préféré rester en retrait du processus, c’est l’AS Vénus et son Tahiti United qui se sont positionnés. Le nom qui n’a pas été choisi par hasard selon Samuel Garcia, le coach de l’équipe de Mahina qui porte ce projet à bras-le-corps depuis plusieurs mois. « Vénus, c’est le support, mais nous voulons appeler ce club Tahiti United, parce qu’on a envie que tout le monde puisse s’y identifier, explique l’entraineur, qui officie aussi auprès des Toa Aito. C’est le seul club professionnel de Tahiti. Un enfant de Nuku Hiva, de Ua Pou ou de Bora-Bora, peu importe, doit pouvoir s’identifier à ce club. Tahiti United, c’est s’ouvrir sur la Polynésie française et considérer tout le monde. Mais dans la démarche de base, on était dans l’obligation d’inscrire un club. On veut vraiment oublier personne dans cette aventure, on n’a pas le droit d’oublier quelqu’un, parce qu’on a besoin de tout le monde ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/03/OFC-PRO-LEAGUE-1-OK.wav Under Armour parmi les partenaires ? « On a besoin de tout le monde », voilà donc le message de la soirée de ce mercredi, accompagné de promesses sur le caractère « structurant » du projet. Et pas seulement pour Vénus ou Mahina : Tahiti United doit « Générer des emplois directs hautement qualifiés », « stimuler la formation professionnelle », « développer des compétences nouvelles sur le territoire », « créer un écosystème autour du sport », et pas seulement le football… Les intervenants insistent aussi sur les retombées économiques, que ce soit sur le secteur touristique et hôtelier, l’activité évènementiel connexe au championnat pro, les gains en termes d’image et de rayonnement pour le pays. Un discours auquel les invités semblent avoir plutôt bien réagi… Mais si tous, sans exception, se disent prêts à « soutenir », personne pour le moment personne n’est capable d’avancer de chiffres. Or des chiffres, il va falloir en aligner quelques uns. Le club de Mahina parle d’un budget global qui s’élève à près de 240 millions par an, et qui doit être garanti dans les quatre premières années du lancement, pour répondre aux exigences de l’OFC. De quoi financer la structure, les salaires des joueurs, qui restent encore à définir, mais pas les déplacements, frais d’hébergement ou location des stades, qui seront pris en charge par la confédération, toujours avec le soutien de la Fifa. L’OFC promet même de redistribuer une partie des gains engendrés par l’exploitation commerciale et médiatique de la ligue. Quoiqu’il en soit, les sommes à réunir sont conséquentes et seront « à terme 100% d’origine privées ». Mais Vénus compte bien, pour les premières années, sur l’aide publique aux côtés du « pôle d’investisseurs privés local » que le club tente de constituer. Et même des investisseurs extérieurs. À ce stade, le club dit avoir déjà trouver quelques partenaires privés dans l’Hexagone et est en discussion sur un sponsor de poids : Under Armour. La marque américaine, en croissance rapide et en plein effort de diversification, serait selon Samuel Garcia intéressée par le développement d’une gamme de produits pour le football. « On va créer un pôle de partenaires ici mais on ne peut pas tout dévoiler parce qu’on est encore dans la construction », précise t-il encore. Un modèle « pro » à créer… Et à adapter à d’autres disciplines Beaucoup d’incertitudes donc et beaucoup d’espoir sur l’engagement du Pays, qui est appelé à aider à plusieurs niveaux dans ce projet. Du côté du ministère des Sport il est question de créer, dans un court délai, un statut pour le sport professionnel, inexistant dans la réglementation actuelle. L’AS Vénus souhaiterait aussi qu’un travail fiscal soit fait notamment une réduction d’impôts pour les sociétés qui investissent dans le sport. Sans parler de l’accompagnement au niveau de l’emploi, une des grandes promesses du projet. « On est conscient quand même de la tâche qu’il y a derrière, parce qu’on vient créer quelque chose qui n’existe pas jusqu’ici, explique Vannina Crolas, ministre du Travail et de l’emploi. Ça crée un passage d’un monde amateur au monde professionnel en matière de sport et là, plus précisément dans le domaine du football. Mais un projet très, très intéressant en termes de création d’emplois lié au football lui-même, mais également toutes les activités annexes qui vont être autour de ce monde du sport. Ce qu’on aimerait, c’est vendre le foot comme le modèle qu’on pourra ensuite dupliquer à d’autres disciplines pour lesquelles les dirigeants seront prêts à se lancer ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/03/OFC-PRO-LEAGUE-1.wav La machine est désormais lancée et Tahiti United ambitionne d’ores et déjà d’embaucher 20 à 23 joueurs issus de différents clubs du fenua. La liste n’est bien sûr pas encore arrêtée, encore moins rendue publique. « On en connaît la plupart, mais il y a des talents qui peuvent sortir », explique Samuel Garcia qui explique avoir déjà des discussions avancées avec les autres clubs de la place sur ce projet. La création de cette équipe pro va forcémment avoir un impact sur le championnat de Ligue 1 local. Mais « pour du mieux » assure l’entraineur. La FTF ne s’est pas encore exprimée sur les réorganisations qu’impliqueraient une participation de Tahiti United à cette ligue océanienne, ou sur son propre rôle dans le projet.