ACTUS LOCALESPOLITIQUE Ping-pong politique sur le point d’indice des fonctionnaires Charlie Réné 2025-04-23 23 Avr 2025 Charlie Réné Dans une question qui sera posée ce jeudi à Moetai Brotherson, Tepuaraurii Teriitahi dénonce la revalorisation « misérable » de 1,89% du point d’indice des fonctionnaires territoriaux, annoncée pour le 1er mai. Une façon de faire entrer à Tarahoi ce débat brûlant, qui met les syndicats en ébullition. Et que le président du Pays avait amené lui-même sur le terrain politique en expliquant qu’il avait hérité de l’inaction de son prédécesseur autonomiste en matière de pouvoir d’achat des fonctionnaires. « Malhonnête », répond le Tapura, qui a bien acté plusieurs revalorisations durant ses mandats… Sans parvenir à compenser l’inflation. Lire aussi : Moetai Brotherson persiste et signe sur le point d’indice à 1 080 francs Une augmentation qui laisse un goût « amer » aux fonctionnaires. C’est ainsi que Tepuaraurii Teriitahi présente la revalorisation de 20 francs du point d’indice de la fonction publique territoriale que le gouvernement a annoncée pour le 1er mai. La représentante Tapura ne l’ignore pas : cette hausse de 1,89% de la valeur de ce point qui définit la rémunération hors-prime de tous les agents du pays, avait déjà provoqué, lors des négociations de la semaine dernière, la déception, la colère, et des menaces de mobilisation des syndicats du secteur. Il s’agit donc de faire entrer le débat à l’assemblée, avec une question orale qui doit être adressée ce jeudi, en plénière de Tarahoi, à Moetai Brotherson. Le président attaqué sur son « immobilisme » et son « sens des priorités » « Vingt francs du point indiciaire pour vos collaborateurs de cabinet et ministériaux payés à l’indice 1000 de la fonction publique, c’est une augmentation confortable de 20 000 francs par mois, détaille l’autonomiste. Mais pour une femme de service ou un agent de maintenance payé à l’indice 180, c’est une augmentation misérable de 3 600 francs par mois ! ». Une hausse » qui « ne répond en rien aux engagements de campagne » du Tavini en faveur du pouvoir d’achat, et ne « couvre même pas l’inflation que subissent les ménages polynésiens depuis plusieurs mois ». Inflation qui, selon Tepuaraurii Teriitahi, a « continué à grimper », alimentée par « l’immobilisme économique » du gouvernement. Moetai Brotherson, qui a consenti à une hausse de 781 millions de francs de la masse salariale du Pays avec cette revalorisation, est au passage attaqué sur son « sens des priorités » : la dépense, forcément annuelle, représente à « peine 5 % du confortable matelas financier sur lequel votre gouvernement se prélasse et un tout petit plus que le prêt de 600 millions de francs que vous avez accordé à Air moana à l’occasion de votre tout dernier collectif du budgétaire ». Huit revalorisations sous Fritch, mais une grosse perte de pouvoir d’achat La représentante rouge n’est pas la première à faire de ce point d’indice un affrontement politique. Tout au long des échanges avec la Fraap en fin d’année dernière, Moetai Brotherson avait répété que la perte de pouvoir d’achat des fonctionnaires était un héritage de ses prédécesseurs. « On ne peut pas porter le fardeau de tout ce qui n’a pas été fait pendant 20 ans » avait de nouveau attaqué le président du gouvernement jeudi dernier. Un façon d’expliquer pourquoi ses 1,89% paraissaient si maigre face aux 7,8% demandés par les syndicats, ou les 40% revendiqués à l’origine par la Fraap. La faute aux autonomistes ? « Faux et malhonnête » répond Tepuaraurii Teriitahi dans sa question, rappelant qu’entre 2004 et 2023, « ce sont huit revalorisations successives qui ont été opérées, représentant une hausse cumulée de 110 francs ». Comme le précise l’élue, 60 de ces 110 francs de revalorisation ont été accordés sous la gouvernance d’Édouard Fritch. Le chef de file des rouge avait en effet accordé deux augmentations coup sur coup aux fonctionnaires en 2016 – le point, gelé depuis huit ans, était passé de 995 à 1000 francs puis à 1005 francs -, une nouvelle en novembre 2019 (1015 francs) puis deux autres au 1er mai 2022 (1030) et au 1er mars 2023 (1060), juste avant les territoriales. Mais Moetai Brotherson, qui doit répondre en séance ce jeudi, aura beau jeu de préciser que ces augmentations n’ont pas couvert l’inflation. Et que l’essentiel de cette inflation a eu lieu sous la gouvernance de son prédécesseur. L’inflation annuelle moyenne, d’un peu moins de 1,3% depuis les territoriales de 2023, dépassait en effet les 4,6 % entre janvier 2021 et mai 2023, tirée par les derèglements commerciaux de l’après-Covid. Une hausse qui n’a pas été couverte : entre 2021 et la dernière revalorisation en date, en mars 2023, les prix ont augmenté de 10,5%, et le point d’indice des fonctionnaires du Pays de seulement 4,43%. Même constat sur la durée des mandatures Fritch : 10,6% d’inflation pour 6,5% de revalorisation depuis 2014 jusqu’aux dernières territoriales. Depuis 2004, le point d’indice – qui n’est pas la seule référence de rémunération des fonctionnaires, dont les régimes indemnitaires et le placement dans les grilles a aussi beaucoup évolué – a augmenté de 11,6% pour une inflation totale de 27,9%. Les syndicats toujours sur le qui-vive Les fonctionnaires territoriaux avaient donc subi le gros de leurs pertes de pouvoir d’achat en fin de mandature Tapura. Et Tepuaraurii Teriitahi préfère prendre les devants de ce constat en précisant que les « revalorisations d’alors avaient alors été opérées dans un contexte budgétaire bien plus contraint », et le président préfère « regarder dans le rétroviseur et sans pointer du doigt vos prédécesseurs » plutôt que de prendre ses responsabilités. La représentante autonomiste met surtout la décision de Moetai Brotherson – basée sur la seule inflation de sa mandature, alors qu’il aurait pu considérer toute la perte de pouvoir d’achat de ces dernièree années – face à ses postures. « Vous qui prétendez incarner une nouvelle ère de justice sociale, pouvez-vous sérieusement considérer qu’une augmentation du point d’indice de 20 francs, accordée dans l’urgence et sous pression, est à la hauteur des attentes des agents du Pays et fidèle à vos engagements en faveur du pouvoir d’achat des Polynésiens ? » interroge-t-elle. La réponse devrait être scrutée par les syndicats de la fonction publique, qui échangent depuis plusieurs jours, entre militants et entre centrales, sur la réponse à donner à cette revalorisation bien plus maigre qu’espérée. « 1 080 F, c’est non », tranchait il y a quelques jours la Fraap, premier syndicat de la fonction publique territoriale, sur les réseaux sociaux. Dès la sortie de la présidence, ses représentants avaient promis un « mouvement de grève d’une ampleur inimaginable ». La présidence elle, a rappelé par voie de communiqué ce mercredi que la revalorisation spécifique des catégories D – 5 à 12 points supplémentaire par agent, pour une dépense de 252 millions de francs annuels – serait elle aussi appliquée au 1er mai.