ACTUS LOCALESPOLITIQUE Pour Nuihau Laurey, la réforme du mode de scrutin, c’est maintenant ou jamais Charlie Réné 2025-06-05 05 Juin 2025 Charlie Réné Le vice-président de A Here ia Porinetia partage l’ensemble des conclusions du rapport de la « mission flash » sur le système électoral des territoriales, présenté par les trois députés polynésiens, dont la présidente de son parti Nicole Sanquer. L’heure est maintenant à faire avancer les propositions de réforme statutaire, insiste-t-il. À l’entendre, une loi organique peut être adoptée « en quelques mois » si le gouvernement parisien s’empare du dossier, et que les « grands » partis locaux ne freinent pas ces changements « nécessaires ». Lire aussi : À Paris, un rapport pour « corriger les excès » du mode de scrutin territorial La réforme du mode de scrutin fait « consensus » entre les partis polynésiens, au moins dans ses grandes lignes. C’est ce qu’a affirmé Nuihau Laurey sur le plateau de l’Invité de la rédaction de Radio 1 et Tiare FM ce jeudi midi. Le vice-président partage les analyses et les conclusions du rapport présenté sur ce sujet à l’Assemblée nationale mercredi, et adopté à l’unanimité par les membres de sa délégation aux Outre-mer. Pas une surprise puisque Ahip a fait du changement des règles électorales des territoriales un de ses combats majeurs depuis sa création, en 2020. Et que ce travail, mené en quelques mois au travers d’une « mission flash » parlementaire, était porté par les trois députés polynésiens dont la présidente du parti, Nicole Sanquer. Les propositions qui en découlent sont beaucoup moins ambitieuses que les demandes originelles du parti autonomiste en vert, et tiennent surtout à des « retouches » du statut : ramener le seuil de qualification au second tour de 12,5% à un chiffre compris entre 7 et 10%, et abaisser la prime majoritaire, aujourd’hui de 33% des sièges, à 20 ou 25%. Pas trop tôt ni trop tard Lors des auditions, tous les représentants des « petits » partis ont milité dans ce sens. « Le Tapura, lui, ne dit pas qu’il est contre, et le Tavini, finalement, a indiqué qu’il n’était pas opposé à ces évolutions », précise Nuihau Laurey. Du débat reste tout de même sur la table : côté exécutif, Moetai Brotherson est opposé à la révision de la prime majoritaire, le président du Tavini Oscar Temaru demande un référendum d’autodétermination avant toute évolution du statut, et Édouard Fritch estime que la réforme doit attendre les prochaines territoriales. Son ancien vice-président, lui, insiste sur l’idée que 2025 est le bon moment. « Je pense que changer le mode de scrutin avant une élection, ce n’est pas une bonne chose. Le faire juste après une élection, ce n’est pas une bonne chose non plus. Le meilleur moment, c’est vraiment au milieu de mandat, parce qu’il n’y a pas l’imminence d’une élection, on a eu le temps d’expérimenter, explique-t-il. Après, je comprends aussi la logique des ‘grands’ partis politiques, qui est de dire finalement, cette prime, elle nous profite. Et peut-être que la prochaine fois, on peut espérer en bénéficier. Donc, on se dit, attendons la prochaine fois. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/06/NUIHAU-MODE-DE-SCRUTIN-1.wav 41 élus au lieu de 57 ? Une question pourrait tout de même soulever davantage de débat : la réduction du nombre d’élus à l’assemblée, que le rapport préconise simplement de continuer à étudier. A Here ia Porinetia, qui avait proposé de passer de 57 à 41 élus lors des dernières territoriales, fait partie des grands défenseurs de cette baisse. « Pour des raisons budgétaires et aussi pour que notre assemblée soit beaucoup plus vivace, finalement, explique Nuihau Laurey. Parce que les grandes majorités, elles conduisent, finalement, à ce que les gens se taisent et qu’il n’y ait plus de débats. Et ça, c’est préjudiciable, finalement, à l’ensemble de la population. » L’élu non inscrit prend l’exemple de la majorité Tavini actuelle, confortable avec ses 38 sièges sur 57. « Paradoxalement, c’est la minorité qui fait des propositions, qui essaye de conduire le gouvernement à prendre en compte des choses qui relèvent du bon sens, note-t-il. Par contre, et c’est ce qu’on avait observé aussi lors de la dernière mandature, dans la majorité qui est pléthorique il n’y a plus de débat. Il y a une chape de plomb parce qu’il y a la logique de bloc. Et finalement, quand vous discutez avec les personnes au sein du Tavini, beaucoup sont en désaccord sur beaucoup de choses, mais ils ne disent pas parce qu’il y a la logique de groupe qui fait qu’on se tait. » Convaincre le gouvernement central En combien de temps pourrait être menée la réforme ? « Ça dépend si le gouvernement soutient cette démarche, répond l’élu d’opposition. Le ministre des Outre-mer viendra en Polynésie (en juillet). Il pourrait regarder la situation en Calédonie, et se dire qu’il faut peut-être stabiliser un peu les institutions ici et là. Donc si le gouvernement le décide ça peut aller très vite, c’est-à-dire que dans quelques mois les choses sont faites. Si ce sont les groupes parlementaires à l’Assemblée qui le font, il y a des niches parlementaires pour chaque groupe et ça peut être fait d’ici l’année prochaine à mon avis. La seule difficulté, c’est qu’il faut trouver un consensus suffisamment large ici en Polynésie pour que les élus nationaux décident de suivre et de voter en faveur de ces mesures. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/06/NUIHAU-MODE-DE-SCRUTIN-2-pour-quand.wav Nuihau Laurey veut y croire : « les uns et les autres, on n’est pas fondamentalement éloignés sur ces préconisations. Et encore une fois, on n’est pas en train de révolutionner l’assemblée avec des changements radicaux. »