ACTUS LOCALES

Pour un « forfait évasan optimisé » afin d’améliorer l’accueil des futures mamans

Le docteur Philippe Biarez déplore les conditions d’accueil des femmes enceintes des îles contraintes de venir accoucher à Tahiti. Face à des situations jugées précaires et parfois aggravées par l’isolement, le président de l’association Partage Santé Pacifique appelle le gouvernement et la CPS à agir. Dans un plaidoyer resté sans suite concrète à ce jour, il propose la mise en place d’un forfait d’évasan élargi, incluant hébergement, alimentation et maintien du lien familial, pour garantir un meilleur accompagnement avant l’accouchement.

« Le Pays a une responsabilité qu’il doit porter jusqu’au bout. » Le docteur Philippe Biarez, ancien directeur de la Santé et président de l’association Partage Santé Pacifique, interpelle le gouvernement face aux difficultés, pour les femmes enceintes résidentes des îles, d’accoucher à Tahiti. Ce mardi, il doit se rendre dans les sites d’hébergement des femmes enceintes évasanées « pour pouvoir faire un état des lieux » et échanger avec celles qui s’y trouvent. Un rendez-vous pris en partenariat avec l’association Naître en Polynésie, et qui s’inscrit « en préambule des journées de périnatalité organisées les 22 et 23 avril » par le réseau de périnatalité Te Hono Tini.

Dans un plaidoyer adressé à la CPS et aux ministères concernés, l’association Partage Santé Pacifique présente un dispositif de « forfait évasan optimisé » avec un « forfait minimal » dont le coût moyen pour le Pays est estimé à 114 000 francs par femme enceinte. Ce qui comprend notamment la prise en charge du transport de la future maman et de son accompagnant, ainsi qu’un forfait communication téléphone/internet. L’association évoque également un « forfait complet » dont le coût moyen est estimé à 429 000 francs par femme enceinte. En plus du forfait minimal, celui-ci englobe la prise en charge de l’hébergement et de la nourriture pour deux personnes.

« On a présenté ce document l’année dernière au ministère de la Solidarité, à Madame la vice-présidente, également au ministère de la Santé et à la CPS. Ils se sont engagés à le présenter au conseil d’administration de la CPS, mais ça ne s’est pas encore fait. Et actuellement, les situations sont toujours les mêmes, voire sont pires », alerte le docteur Philippe Biarez.

L’estimation du coût total du dispositif est estimé à près de 189 millions de francs par an pour le gouvernement, précise l’association.

Hébergements à 6 500 francs par jour

En prévision de l’accouchement, les femmes enceintes résidentes des îles doivent s’installer à Tahiti en attendant la naissance, « entre trois et sept semaines avant la date prévue ». Un séjour qui peut être prolongé après l’accouchement « en cas de problématique de santé ou pour les femmes des îles isolées des Tuamotu », indique le collectif dans le document adressé aux acteurs de la santé.

« Ces mamans doivent accoucher à Tahiti mais elles doivent déjà venir pour leur visite prénatale. Et quand elles viennent, pour une grande partie d’entre elles, elles n’ont pas d’accueil familial. Ou bien leurs familles sont dans la précarité économique et sociale et ne peuvent pas les accueillir », indique le docteur. Certaines femmes sont alors obligées de se rendre dans des hébergements financés par la CPS qui disposent de forfaits à 6 500 francs par jour. Le problème, c’est qu’elles ne peuvent emmener aucun proche et se retrouvent alors isolées dans des quartiers à Papeete « où elles ne connaissent personne », souligne Philippe Biarez.

Il n’y a pas non plus de nourriture prévue, ni de forfaits de déplacement ou pour téléphoner à la famille. « On en parle très peu parce que ces femmes sont admirables. Elles ne se plaignent jamais directement. Elles subissent un petit peu tout ça », poursuit le docteur, qui ajoute que certaines préfèrent refuser de venir accoucher à Tahiti et prennent le risque de se rendre sur d’autres îles, « dans des conditions défavorables » et dans des établissements qui sont « obligés de fermer parce qu’ils n’ont pas les équipements et le personnel complet ».

« Risque de difficulté psychosociale« 

Pour le président de l’association Partage Santé Pacifique, ces manquements aux soins et cette solitude peuvent en parallèle engendrer d’autres problématiques qui toucheront le nouveau-né, en plus de la mère. « Au-delà de la partie éthique, c’est surtout un risque de difficulté psychosociale qui impacte énormément la qualité du lien avec l’enfant et toute son éducation derrière, avec les problématiques de troubles comportementaux et psychologiques pour l’enfant et la maman », note Philippe Biarez. « Logiquement, on le sait tous, ces moments-là sont les moments de la vie où les femmes devraient pouvoir être dans un bonheur affectif, dans une capacité de repos, d’alimentation et de vie saine, et ce n’est pas du tout ce qu’on leur offre. « 

D’après les chiffres de l’association, en tenant compte du nombre d’habitants, du taux de natalité identifié lors du dernier recensement de 2022 et du pourcentage de femmes enceintes à risque ne pouvant pas accoucher à Taiohae ou à Uturoa, car ces deux hôpitaux bénéficient d’une maternité de niveau 1 et pratiquent seulement les accouchements sans risques particuliers, environ 696 femmes venues des îles éloignées accouchent chaque année à Tahiti. « L’expérience des professionnels de santé des îles et l’analyse des données de l’hôpital de Moorea montrent qu’environ 20 % d’entre elles, soit 139 femmes, se retrouvent en situation difficile, voire précaire, pendant leur séjour à Tahiti », explique le document.

 

 

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