ACTUS LOCALESSANTÉ Prévention santé : de nouvelles ambitions, mais pas de nouveaux fonds Charlie Réné 2025-03-24 24 Mar 2025 Charlie Réné « Il faut changer de cap, changer de méthode, changer les résultats ». C’est ce qu’a martelé, ce lundi matin, le ministre de la Santé Cédric Mercadal en ouverture du séminaire de prévention santé. Trois jours pour poser les bases d’un plan décennal qui doit replacer la prévention – notamment celle de l’obésité, du cancer et des addictions – comme une « priorité ». Une « politique publique ambitieuse », basée sur les « réalités des communes »… Mais qui ne devrait pourtant pas être accompagnée de davantage d’investissement du Pays : l’enveloppe de 700 millions du Fonds de prévention restera, au moins dans un premier temps, à l’étale. « Elle sera utilisée de manière plus efficace », assure le ministre. C’est un « tournant indispensable » que le ministère de la Santé veut négocier dans les prochains mois. Celui de la prévention, au centre de tous les discours et de tous les débats sanitaires depuis des décennies. À l’hôtel Hilton se sont ainsi ouverts, en présence de représentants de l’administration, des professionnels de santé, d’élu du Pays comme des communes, mais aussi d’églises polynésiennes, et d’associations sociales, les trois jours du séminaire « Arata’i ora ». Trois jours pour poser les bases d’un futur plan décennal 2026 – 2036 qui replacera cette prévention de santé « au rang de première priorité ». Les chiffres parlent d’eux même dans les discours d’introduction : 44 milliards de francs par an de dépense pour les longues maladies, 80% de ces maladies qui peuvent être prévenues, 4% d’incidence supplémentaire du cancer chaque année, sans compter les données toujours plus inquiétantes sur les addictions et l’obésité, autres thèmes au centre des discussions. « Nous avons le devoir de réagir pas seulement par le discours mais par une politique publique ambitieuse, insiste Cédric Mercadal à la tribune. Il faut changer de cap, changer de méthode, changer les résultats ». Pas le premier plan, mais le premier qui « part du terrain » À entendre le ministre de la Santé, ce séminaire n’est qu’une « première étape », un « acte fondateur » dans une démarche de « coconstruction » qui doit aboutir, avant la fin d’année, au vote d’un schéma de prévention par l’assemblée. Une impression de déjà vu ? « On a déjà eu des plans qui ont été faits mais c’était récent, répond le ministre. En 2017, c’est le premier grand plan de santé et de prévention, avec une problématique : le Covid arrive en plein milieu, et l’exécution a été plutôt lente. Ensuite on a eu un plan transitoire du fait des élections, entre 2023 et 2025, qui nous a permis de préparer ce grand plan qu’on veut mettre en place ». Un « plan structurant, un plan de territoire » qui s’appuiera avant tous sur des actions de niveau local : « On se rend bien compte que chaque problématique est locale en matière de santé, et qu’il faut travailler avec les communes, les associations, les confessions religieuses ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/03/MERCADAL-1.wav Cédric Mercadal n’était pas le seul élu à la tribune ce matin : Tony Géros est venu rappeler que les tentatives d’investissements sur la prévention ont souvent buté, par le passé, sur les conflits et alternances politiques, mais surtout sur des choix d’orientation des moyens. « Il faut sortir de l’équation entre les finances et la santé », « voir à plus long terme », voilà le message du président de l’assemblée, semble-t-il partagé par Warren Dexter, qui avait lui aussi fait le déplacement. « Reflécher » le Fonds de prévention Et pourtant, le ministre des Finances n’aura pas à développer une grande gymnastique comptable, au moins dans un premier temps, pour subvenir aux besoinx du futur plan. « On a une enveloppe qui est établie dans le cadre de la promotion de la Santé. Le seul problème, c’est qu’elle était jusque là mal fléchée et qu’on avait un saupoudrage d’un bon nombre de mesures qui se faisaient avec une forme de cohérence, mais une cohérence inefficace, reprend Cédric Mercadal. Aujourd’hui on veut rendre de l’efficacité avec cet argent, ces 700 millions que le Pays met chaque année pour la prévention (au travers du Fonds de prévention sanitaire et social, ndr). On veut le reflécher sur de l’action coordonnée au niveau local ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/03/MERCADAL-2.wav Une action à enveloppe constante, donc, au moins dans un premier temps. Le ministre de la Santé l’assure : les programmes qui donnent des résultats pourront ensuite bénéficier de nouveaux financements. Ou de reprise de fonds non utilisés, comme ce doit être le cas cette année, du dispositif de « coaching de santé et bien-être » qui est en préparation du côté du Fare Tama hau. Comme l’avait annoncé Cédric Mercadal à l’assemblée en fin d’année dernière, jusqu’à 180 « Tahua Mito » doivent être formés à diverses questions de santé, d’alimentation mais aussi d’activités physiques et sportives pour aller prodiguer un accompagnement « dans chaque quartier, chaque école, chaque commune ». « Ça se fera dans l’année, le Fare Tama hau va avoir le financement et ils vont bientôt pouvoir commencer à recruter », assure le membre du gouvernement.