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Procès des ex-Goodyear: l'accusation requiert 2 ans avec sursis

Amiens (AFP) – L’accusation a demandé mercredi devant la cour d’appel d’Amiens, deux ans de prison avec sursis à l’encontre des huit ex-salariés de l’usine Goodyear d’Amiens jugés pour avoir séquestré deux cadres de l’entreprise en 2014, des réquisitions un peu plus douces qu’en première instance.

En janvier dernier, « les huit », poursuivis pour « séquestration et violences en réunion », avaient été condamnés à 24 mois de prison dont 9 ferme, le procureur ayant requis deux ans dont un an « ferme aménageable ». La sanction avait suscité une vague de protestations.

Dans cette affaire, « la dignité humaine a été touchée et nous ne pouvons pas tolérer ce genre de comportement quel que soit le contexte », a estimé l’avocat général, Dominique Tailhardat. L’avocat des Goodyear Fiodor Rilov devait dans la foulée plaider la relaxe.

Pour l’accusation, les faits reprochés aux salariés sont de la « délinquance pure et simple ». Ils ont essayé « de détruire psychologiquement » ces deux cadres, « les insultes ont fusé tout comme les actes d’humiliation », a soutenu Dominique Tailhardat.

A l’audience, les prévenus, dont cinq militants CGT, soutenus à l’extérieur par des milliers de manifestants, se sont dits dans leur bon droit lors de leur action les 6 et 7 janvier 2014, lorsque le directeur des ressources humaines et celui de la production avaient été retenus pendant une trentaine d’heures dans l’usine occupée par quelques dizaines d’ouvriers en colère, après l’annonce de la fermeture de ce site de 1.143 salariés.

Ils étaient mercredi 10.000 à l’extérieur du tribunal, selon un responsable CGT, 5.000 selon la préfecture. Klaxons, mégaphone et cris des manifestants – « Salariés licenciés, ça va péter ! » – ont résonné jusque dans la salle d’audience. 

Dans ce procès sans plaignant (Goodyear a retiré sa plainte, comme les deux cadres concernés), les prévenus ont surtout tenté de convaincre les juges de leur absence de culpabilité et de la légitimité de leur action.

« Séquestration ? Je n’aime pas le mot. A aucun moment, je n’ai entravé leur liberté de se lever et de partir », a assuré à la barre l’un d’eux, Reynald Jurek. Mais les salariés « étaient en train de perdre leur emploi, c’était tendu, c’est sûr, on n’était pas en train d’applaudir la direction ! », a-t-il résumé.

– ‘Beaucoup de souffrance’ –

La colère et l’incompréhension comme mobile, donc, une version défendue aussi par Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT venu en personne soutenir les prévenus: « Je récuse l’idée de séquestration. C’était des centaines d’emplois menacés. Quand on est dans une réunion et qu’on pose des questions, on attend des réponses. Tant qu’il n’y a pas les réponses, on reste dans la salle ! » 

Et à en croire une autre responsable CGT de l’entreprise, citée comme témoin à la barre, Eveline Becker, c’est la direction qui « a voulu que ça se passe de cette manière pour discréditer les élus du personnel et que tout pète ». « Il y avait beaucoup de souffrance chez les salariés », qui étaient « en sous-occupation » depuis plusieurs années, a aussi souligné l’inspectrice du travail Martine Devillers.

En guise de violences physiques faites aux deux cadres, les débats n’ont cependant relevé qu’une « oreille tirée ».

Dans ces conditions, Mickaël Wamen, leader CGT et figure emblématique du « combat » des Goodyear, a considéré que « la relaxe est à portée de main ». 

Une bonne partie de la gauche non gouvernementale s’était retrouvée pendant ce temps-là dans un parc d’Amiens, où François Ruffin, l’auteur de « Merci, patron ! » côtoyait l’ex-animateur de France Inter Daniel Mermet, Olivier Besancenot (NPA) et Nathalie Arthaud (LO) au sein d’un « village militant » avec tribune et écran géant.

Ce procès intervient aussi trois semaines après celui de plusieurs salariés d’Air France jugés pour l’épisode de « la chemise arrachée » d’un cadre de la compagnie. Pour la CGT, ces deux événements sont devenus des symboles de la « criminalisation de l’action syndicale ».

Manifestation de soutien aux 8 ex-salariés de Goodyear jugés en appel, devant le Palais de Justice d'Amiens le 19 octobre 2016. © AFP

© AFP FRANCOIS NASCIMBENI
Manifestation de soutien aux 8 ex-salariés de Goodyear jugés en appel, devant le Palais de Justice d’Amiens le 19 octobre 2016

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