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Reprise attendue des évacuations dans la ville syrienne d'Alep

Alep (Syrie) (AFP) – Un premier convoi de bus attendait durant des heures un feu vert pour évacuer dimanche soir des insurgés et des civils tenaillés par la faim et transis de froid dans le réduit rebelle de la métropole syrienne d’Alep.

Des milliers de personnes sont bloquées depuis vendredi dans cette poche rebelle de la deuxième ville de Syrie, conquise presque entièrement par le régime du président Bachar al-Assad après une violente offensive aérienne et terrestre qui a duré un mois, doublée d’un siège hermétique depuis juillet.

Le correspondant de l’AFP a vu toute la journée des milliers de personnes agglutinées dans le quartier d’al-Amiriyah, point de départ des premiers convois partis jeudi avant que l’opération ne soit suspendue par le régime le lendemain. 

En vertu d’un nouvel accord entre belligérants et leurs parrains russe, turc et iranien, des dizaines de bus sont entrés dans la ville d’Alep en vue de l’évacuation, « sous la supervision du Croissant-Rouge et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) », d’après les médias officiels.

– Bus pleins à craquer –

Selon la télévision d’Etat syrienne, 100 bus au total se chargeront de faire sortir les civils et les insurgés d’Alep.

En début de soirée, après des heures d’attente, plus de 30 bus étaient pleins à craquer, certaines personnes debout faute de place, mais les véhicules n’avaient toujours pas quitté la ville, a rapporté le journaliste de l’AFP.

Des milliers d’autres personnes, dont beaucoup d’enfants, continuaient d’attendre dans le froid glacial pour ne pas rater un second convoi, a-t-il précisé.

Certains ont enlevé des vêtements de leurs bagages et y ont mis feu pour se réchauffer alors que les températures avoisinent les -6 degrés celsius en soirée.

Il resterait environ 40.000 civils et entre 1.500 et 5.000 combattants avec leurs familles dans le réduit rebelle, selon l’émissaire de l’ONU pour la Syrie Staffan de Mistura.

Leur évacuation, qui avait débuté jeudi, s’était interrompue en raison de divergences sur le nombre de personnes à évacuer de Foua et Kafraya, deux localités chiites tenues par le régime et assiégées par les rebelles dans la province d’Idleb, voisine de celle d’Alep, dans le nord-ouest du pays.

Un responsable rebelle a affirmé dimanche à des journalistes qu’un nouvel accord avait été conclu aux termes duquel l’évacuation d’Alep se déroulerait parallèlement à celle Foua et Kafraya.

Dimanche, une vingtaine de bus qui s’apprêtaient à entrer dans ces deux localités ont été attaqués et mis à feu par des hommes armés. Une source militaire a toutefois indiqué à l’AFP que cet incident ne devrait pas remettre en question l’accord.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les bus ne quitteront les quartiers rebelles d’Alep que lorsque les habitants de Foua et Kefraya sortiront de leurs localités.

Le responsable rebelle prévoit une opération en deux étapes au cours desquels les assiégés d’Alep sortiront contre 2.500 habitants de Foua et Kefraya. Par la suite, 1.500 personnes supplémentaires sortiront de ces deux villages parallèlement à l’évacuation du même nombre de gens de Zabadani et de Madaya, deux villes rebelles assiégées par le régime dans la province de Damas.

– Plus que trois médecins –

L’accord intervient au moment où la situation humanitaire devient de plus en plus catastrophique pour les civils bloqués, dont des enfants qui passent la nuit dans les ruines des immeubles selon le correspondant de l’AFP. Privés d’eau potable et de nourriture, épuisés, ils subsistent en mangeant des dattes.

Dans le dernier hôpital du secteur rebelle, certains des dizaines de blessés et de malades commencent à succomber, selon des médecins sur place.

Le correspondant de l’AFP a constaté dans l’établissement des conditions désastreuses, avec des malades et des blessés allongés sur le sol, sans eau, sans nourriture et pratiquement sans chauffage.

Un physiothérapeute, Mahmoud Zaazaa, a confié à l’AFP qu’il ne restait plus dans la zone « que trois médecins, un pharmacien et trois infirmiers ».

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se prononcer dimanche sur un projet de résolution française demandant le déploiement d’observateurs à Alep pour superviser les évacuations. La Russie, alliée du régime, a annoncé qu’elle allait y opposer son veto, des diplomates indiquant par ailleurs que Moscou avait soumis sa propre résolution.

Jusqu’ici, quelque 8.500 personnes, selon un chiffre de OSDH, ont été évacuées d’Alep avant l’interruption des opérations.

Une fois l’exode terminé, le régime devrait proclamer la reprise totale de la ville, enregistrant ainsi sa plus importante victoire dans la guerre sanglante qui dure depuis 2011 et qui a fait plus de 310.000 morts.

C’est une offensive lancée le 15 novembre qui a permis à l’armée syrienne et à des milices alliées de reprendre plus de 90% des quartiers que les rebelles contrôlaient à Alep depuis 2012. Des centaines de personnes ont été tuées et les quartiers rebelles ravagés suscitant des comparaisons avec Berlin en 1945 ou Guernica en Espagne.

Un bus au passage de Ramoussa, sous contrôle des forces gouvernementales syriennes dans le sud d'Alep, le 18 décembre 2016 dans le cadre d'une opération d'évacuation de civils et de soldats rebelles  . © AFP

© AFP George OURFALIAN
Un bus au passage de Ramoussa, sous contrôle des forces gouvernementales syriennes dans le sud d’Alep, le 18 décembre 2016 dans le cadre d’une opération d’évacuation de civils et de soldats rebelles

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