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Saint-Etienne-du-Rouvray: un homme mis en examen pendant la journée d'hommages religieux

Saint-Etienne-du-Rouvray (France) (AFP) – Chrétiens et musulmans ont rendu hommage vendredi au prêtre égorgé par deux jihadistes dans une église de Saint-Étienne-du-Rouvray, alors qu’un homme, chez qui avait été retrouvée une vidéo d’un des auteurs de l’attaque, a été mis en examen dans la soirée.

Âgé de 19 ans, « fiché S » (signalé pour radicalisation), cet homme avait été arrêté le 25 juillet, veille de l’attentat, dans le cadre d’une enquête distincte des services de renseignement. Une vidéo d’Abdel Malik Petitjean, où celui-ci prêtait allégeance au groupe État islamique (EI) et évoquait « une action violente », avait été retrouvée dans un téléphone à son domicile.

Trois personnes étaient toujours en garde à vue vendredi soir dans l’enquête spécifique sur l’attentat, parmi lesquelles un mineur de 16 ans. Son frère, proche de l’autre assaillant, Adel Kermiche, est parti dans la zone irako-syrienne. 

Le deuxième est un Français de 30 ans, dans l’entourage familial de Petitjean, qui réside en Meurthe-et-Moselle. Les enquêteurs cherchent à savoir « s’il aurait pu avoir connaissance d’un projet d’attentat fomenté par le tueur ».

Enfin, un demandeur d’asile syrien a été interpellé dans l’Allier, alors qu’une photocopie d’un passeport syrien a été retrouvée au domicile d’Adel Kermiche. « Les enquêteurs cherchent à savoir s’il pourrait s’agir de cet homme », a expliqué une source proche de l’enquête.

Par ailleurs, une troisième enquête est en cours, dans laquelle un Français de 20 ans, fiché « S », a été interpellé. Il s’était rendu en Turquie début juin avec Petitjean avant d’être refoulé.

– « Partager la douleur » –

Donnant parfois lieu à d’émouvantes scènes de communion dans la peine, les hommages se sont poursuivis vendredi, trois jours après l’assassinat du Père Jacques Hamel, 85 ans, égorgé lors d’une prise d’otages dans son église, près de Rouen, revendiquée par l’EI.

« Vous partagez notre douleur. Cette douleur est aussi la vôtre », a déclaré le curé de Saint-Étienne-du-Rouvray, Auguste Moanda, devant des musulmans et plusieurs dizaines de chrétiens de la ville, lors de la prière du vendredi à la mosquée.

« Je voudrais rassurer mes frères, ce que l’on voit, ce n’est pas le vrai islam. Nous devons nous serrer les coudes », a-t-il ajouté.

Après la prière, de nombreux musulmans et musulmanes de tous âges se sont recueillis en silence pendant plusieurs minutes devant l’église où Jacques Hamel a été assassiné.

Appelés à observer « une journée de jeûne et de prière » pour la France et « la paix dans le monde », des catholiques se sont rendus dans les églises du pays. Telle Sœur Aurélie: « Le jeûne, c’est un peu une façon de dire +c’est trop, y’en a ras-le-bol+. Il faut faire quelque chose, mais on le fera pacifiquement », expliquait-elle avant d’entrer dans l’église Saint-Gervais, à Paris.

Les deux principales fédérations protestantes, ainsi que le grand rabbin de France, Haïm Korsia, se sont associés à cet appel de la Conférence des évêques.

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a, lui, invité responsables de mosquées, imams et fidèles à se rendre dimanche à la messe pour exprimer « solidarité et compassion ».

– « Echec » dans le suivi judiciaire –

Dans une interview au Monde, le Premier ministre Manuel Valls a prôné « une remise à plat » pour « inventer une nouvelle relation avec l’islam de France ». 

« Le salafisme n’a pas sa place en France », a déclaré Manuel Valls, qui s’est dit « favorable à ce que, pour une période à déterminer, il ne puisse plus y avoir de financement de l’étranger pour la construction des mosquées », souhaitant également « que les imams soient formés en France et pas ailleurs ».

Manuel Valls a aussi admis un « échec » dans le suivi judiciaire d’Adel Kermiche, qui était placé sous surveillance électronique et faisait l’objet d’une fiche S. 

Adel Kermiche avait été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire dès mars 2015 pour avoir tenté de rejoindre la Syrie. Après une seconde tentative en mai 2015, il avait été incarcéré, avant d’être libéré en mars 2016, contre l’avis du parquet, et assigné à résidence sous surveillance électronique.

Abdel Malik Petitjean, 19 ans, était fiché S depuis le 29 juin, selon une source proche de l’enquête. Il s’était rendu en Turquie le 10 juin avec un Français de 20 ans, et n’y était resté que 24 heures, avant de rentrer en France sans se faire repérer, les autorités turques n’ayant émis un signalement à son encontre que fin juin. 

Il était vraisemblablement recherché depuis le 22 juillet, soit quatre jours avant l’attentat. Un service étranger avait alerté l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat) qu’un homme, à l’identité inconnue, « serait prêt à participer à un attentat sur le territoire national ». Cette information était accompagnée d’une photo dont les enquêteurs trouvent qu’elle ressemble fortement à Abdel Malik Petitjean.

François Hollande (au c.) et Manuel Valls (à sa g.) pendant une messe en hommage au père Hamel à Notre-Dame de Paris, le 27 juillet 2016. © AFP

© POOL/AFP BENOIT TESSIER
François Hollande (au c.) et Manuel Valls (à sa g.) pendant une messe en hommage au père Hamel à Notre-Dame de Paris, le 27 juillet 2016

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