ACTUS LOCALESPOLITIQUE

Sans « attractivité » du public, la protection de l’emploi local « restera théorique »


Oui à la protection de l’emploi local mais gare aux « effets d’annonce ». C’est l’avis du Cesec sur le projet de loi qui va pour la première fois réserver des postes de l’administration aux résidents polynésiens. Les conseillers ont salué l’initiative de Vannina Crolas mais s’interrogent sur les niveaux de protection affichés, qui ne sont pour l’instant que des planchers. Ils demandent surtout une meilleure anticipation des besoins de main-d’œuvre du Pays, une amélioration de l’attractivité de la fonction publique, ainsi qu’un travail de fond, en cours d’après l’exécutif, sur la carte de formation, notamment dans la santé et le social… Le tout pour assurer que les jeunes Polynésiens puissent effectivement accéder aux postes qui leur seront réservés.

Lire aussi : Bientôt des quotas minimum de résidents dans les recrutements de la fonction publique

Débat sur l’emploi local au Cesec ce mercredi matin. Ni le premier, ni le dernier, mais celui-ci avait ça de particulier qu’il portait sur la fonction publique territoriale, qui n’a jamais, malgré les possibilités prévues dans le statut de la Polynésie depuis plus de 20 ans, fait l’objet de règles particulières pour donner la priorité aux Polynésiens, ou du moins aux résidents du fenua. Vannina Crolas et son ministère du Travail veulent y remédier avec un projet de loi qui prévoit de réserver une proportion de postes, 60 à 95% suivant les catégories, aux candidats présentant une certaine durée de résidence dans le pays. Ce nombre d’années, 3, 5 ou 10 ans, dépend du niveau de tension de chaque cadre d’emplois.

Cette mécanique, censée être « blindée » contre la censure du Conseil d’État, qui n’admet pas de référence aux Polynésiens, mais seulement aux « résidents », et qui ne tolèrera pas d’exclusion complète des non-résidents de l’accès à la fonction publique, le Cesec l’a saluée. Mais les conseillers se sont tout de même interrogés sur sa portée opérationnelle. Car réserver des postes, c’est bien, mais à condition que suffisamment de « résidents » polynésiens soient formés, et que ceux qui sont formés soient correctement informés des postes vacants. C’est ce qu’explique Jean Michel Oncins, représentant de la Fraap et corapporteur de l’avis du Cesec, qui note que des mesures d’information particulière doivent être prises tout au long des études, notamment pour ceux qui bénéficient d’une bourse majorée pour partir étudier en métropole ou à l’étranger :

Le rapport, adopté à l’unanimité par le Cesec, est donc favorable au « principe » de ce projet de loi, mais avec de multiples recommandations de fond. D’abord, l’institution souligne que pour faire venir des jeunes Polynésiens sur les postes réservés, la fonction publique territoriale doit être plus attirante. “Sans action structurelle sur cette attractivité, note le rapport, la protection de l’emploi local restera purement théorique”. Sont notamment évoqués le niveau de rémunération, les impasses de carrière dues au manque de formation interne, le recours trop fréquent aux agents non titulaires au détriment de la promotion interne et la reconnaissance des acquis… Bref il s’agit, au delà de la protection des postes, de favoriser « la montée en compétences des fonctionnaires résidents ».

Pour la création d’une « école sanitaire et sociale intégrée »

Côté formation, le gouvernement estime que 85 des 194 métiers de l’administration ne disposent d’aucune formation locale, soit environ 44% du total. Le ministère du Travail a présenté, en commission de nombreux projets pour mettre fin à « l’inadéquation persistante » entre les formations et les besoins, mais beaucoup de ces projets sont encore à l’étude ou en phase de mise en place. Le conseil s’inquiète donc, à l’heure actuelle, de « la faiblesse ou l’absence de politiques structurées de formation », notamment dans les secteurs de la santé, du social, des métiers techniques et de la recherche, du numérique et de l’informatique. Les conseillers demandent au plus vite un diagnostic fiable sur les besoins de ressources humaines de l’administration, la mise en place d’une « véritable gestion prévisionnelle des emplois, des effectifs et des compétences », ce que qui semble déjà être un objectif du ministère de Vannina Crolas.

Le rapport évoque aussi la reconnaissance de diplômes internationaux « sur les métiers en tension », notamment les diplômes néozélandais, australiens ou canadiens, des pays vers lesquels de plus en plus de jeunes Polynésiens se dirigent pour leurs études. Il recommande également « la création d’une école sanitaire et sociale intégrée qui réunirait la formation d’infirmière, les métiers sociaux et paramédicaux ». Le manque de jeunes formés dans l’éducation a aussi été soulevé, et pas seulement pour les métiers d’enseignant. Le primaire et le secondaire ont aussi de gros besoins en matière de personnel d’accompagnement, comme l’a pointé la représentante de l’UNSA Diana Yieng Kow : 

Enfin, sur le fond du texte, le Conseil économique et social invite le gouvernement à s’interroger sur les niveaux de protection qui ont été choisis. Le projet de loi fixe des seuils minimaux de résidents par catégorie d’emploi qui sont parfois largement en deça de la réalité. L’exemple des attachés d’administration est criant : 89% de résidents lors du dernier concours, pour un plancher minimal fixé dans la loi du Pays (mais que le conseil des ministres peut relever) à 60%. Le Cesec « recommande l’ajustement des pourcentages de protection à des niveaux plus cohérents avec la réalité constatée et les ambitions souhaitées ». 

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