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Tainui Atea : les pêcheurs, pas totalement embarqués dans la vision présidentielle

Invités à assister au conseil des ministres qui a acté le renforcement de la protection de la ZEE polynésienne, les représentants des pêcheurs hauturiers et des pêcheurs côtiers ont fait état des points qui restent à éclaircir, et le gouvernement se donne un délai supplémentaire pour finaliser les discussions. Les longliners veulent des zones de « no take » évolutives, et les pêcheurs côtiers veulent pouvoir aller au-delà des limites de 15 et 30 milles nautiques qui leur sont proposées.

Le Cluster maritime de Polynésie française et les armateurs de pêche hauturière soutiennent la réforme, et seront intégrés au conseil de gestion de l’aire marine protégée Tainui Atea. Yann Ching,  directeur général de l’armement Vini Vini et président de l’Association des armateurs de pêche hauturière, se déclare « globalement satisfait » : « On sait très bien qu’il est important de préserver notre environnement, notre océan et les espèces. Donc on estime que ce qui a été pris comme décision va dans ce sens. »

Pour ce qui concerne les zones surprotégées, aussi appelées « no take zones », les pêcheurs hauturiers ne se montrent pas inquiets : « Pour le moment, ça ne change pas nos itinéraires, dit Yann Ching. Mais nous avons demandé à ce qu’il y ait une temporalité dans ces zones. L’idée générale du secteur c’est ce se dire qu’il ne faut pas qu’on prenne les référentiels internationaux, il faut qu’on établisse nous-mêmes des référentiels locaux qui intègrent notamment, comme ça a été fait par nos ancêtres, un paramètre de temporalité. Car aujourd’hui si on protège une zone, vu que nous ciblons des espèces migratoires, il est important que ça ne soit pas ad vitam aeternam et qu’on ne se tire pas une balle dans le pied. » Ils veulent donc que « les décisions soient prises au fur et à mesure des constats que nous aurons fait sur place. »

« On sait très bien qu’on ne peut pas respecter ces distances », disent les pêcheurs côtiers

Les pêcheurs côtiers aussi seront intégrés à la gouvernance. Mais eux ne sont pas d’accord avec l’aire de jeux qui leur est réservée : 15 milles nautiques autour des Marquises, des Australes et des Gambier, et 30 milles nautiques autour des îles de la Société. L’annonce faite par le président du Pays est ainsi une réponse, négative, à la demande d’extension de distance que les pêcheurs côtiers ont faite il y a trois ans à la DPAM.

« On nous impose des distances mais c’est toujours la même chose, dit le président du syndicat des pêcheurs Ralph Van Cam, mais on sait très bien qu’on ne peut pas respecter ces distances parce que quand il n’y a pas de poisson on est bien obligé d’aller plus loin. » Taivini Teai, en charge des ressources marines, lui a rappelé depuis Nice qu’il fallait aussi ne pas mettre les pêcheurs côtiers en danger. « On est conscient qu’on a des limites à ne pas dépasser, mais on est bien obligé de nourrir nos familles et d’honorer nos traites à la banque. »

Mais Ralph Van Cam reconnaît « que c’est tout de même un progrès, parce qu’avant il n’y avait pas de réglementation qui interdisait à un thonier de lâcher sa ligne à 3, 4 ou 5 milles nautiques. Avant, c’était que du verbal. Aujourd’hui, de ce point de vue-là, c’est quand même un premier pas. »

Depuis Nice, Moetai Brotherson a donc validé un « délai supplémentaire afin de finaliser les discussions » avec les acteurs de la pêche. Dans l’immédiat, la Polynésie défendra « le modèle de pêche polynésien, unique dans le Pacifique », comme l’a rappelé le président du Cluster maritime Stéphane Perez, la « suite logique des rahui des communes » selon le président de la FAPE Winiki Sage. Le président du Pays, lui, va mettre en avant la capacité du fenua à « faire devenir moderne quelque chose que nous avons hérité de nos tupuna ».

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