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La Polynésie muscle la protection de son océan

En prélude à la conférence des Nations Unies sur l’océan, le conseil des ministres qui s’est déroulé ce vendredi par visio-conférence entre Nice et Papeete a acté la transformation de Tainui Atea en aire marine protégée selon les standards internationaux. À retenir : l’interdiction de l’exploitation minière des fonds marins, un partage des territoires marins entre pêcheurs hauturiers et côtiers qui reste à finaliser, et deux « parcs territoriaux marins » représentant 20% de la ZEE totalement fermés à toute activité économique.

En visio-conférence depuis Nice où s’ouvre lundi la 3e conférence des Nations Unies sur l’océan, Moetai Brotherson a annoncé la modification du classement de Tainui Atea, l’aire marine gérée créée en 2018 qui englobe l’intégralité de la ZEE polynésienne, soit quasiment « la moitié de l’espace maritime français ». Mais « les objectifs initiaux, couplés à un manque de réglementation claire, ont limité son efficacité et sa reconnaissance par des organismes tels que l’UICN (l’Union internationale pour la conservation de la nature) et le PNUE (le Programme des Nations unies pour le développement). » Tainui Atea devient donc une aire marine protégée, avec un renforcement de la réglementation en vigueur, qui pourrait la rendre éligible à des financements internationaux. Et elle devient aussi le mannequin-vedette de la protection des océans pour la France qui accueille la conférence : Paris ambitionne de faire passer la part des océans protégés de 8,4% aujourd’hui à 30% d’ici à 2030.

De nouvelles règles contraignantes

Ainsi, Tainui Atea sera soumise aux règles suivantes :

  • L’interdiction de l’exploitation minière des fonds marins.
  • L’interdiction des dispositifs de concentration de poissons dérivants.
  • La transmission obligatoire des données bathymétriques et géophysiques.
  • L’interdiction de l’introduction d’espèces exogènes en dehors des cadres biosécuritaires.
  • Le renforcement des règles de biosécurité maritime et la lutte contre la pollution.
  • La reconnaissance formelle de la pêche durable palangrière, avec un plan de gestion spécifique.

Des zones dédiées à la pêche artisanale

De nouvelles zones de pêche réglementées – « à faibles prélèvements » – vont être créées pour favoriser la pêche artisanale : ainsi, dans ces zones de 15 milles nautiques autour des Marquises, des Gambier et des Australes, et de 30 milles nautiques autour des îles de la Société, « la pêche sera réservée aux navires de moins de 12 mètres afin de privilégier la pêche artisanale et vivrière côtière et limiter les conflits d’usage avec les acteurs de la pêche hauturière ». Les maires seront également associés à la gestion de ces zones. Pêcheurs hauturiers et côtiers ne sont pas encore totalement sur la même page : d’autres discussions doivent encore se tenir et les annonces seront affinées après le sommet de Nice.

Deux grands « parc territoriaux marins »

Deux zones de « protection stricte » vont aussi être créées, représentant 20 % de la ZEE. La première est située à l’Ouest des îles de La Société, de 220 000 kilomètres carrés, une zone « reconnue mondialement comme un espace d’intérêt biologique notamment pour les requins, les raies et les tortues ». Surtout, elle est mitoyenne d’une zone où pullulent les navires de pêche étrangers, et des ZEE des îles Cook et des Kiribati où est envisagée une exploitation des fonds marins, a rappelé le président du Pays : « cette zone de protection forte constituera un plaidoyer majeur en faveur de la protection de nos océans ». Elle permettra donc d’observer les dommages collatéraux éventuels de l’exploitation minière par nos voisins.

La seconde zone, de 680 000 kilomètres carrés, sera située aux abords des Gambier, encore « ignorée des scientifiques et des écotouristes ». Elle sera « l’un des plus grands espaces protégés au monde ».

 

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