ACTUS LOCALESSANTÉ

« Un adulte sur dix a une maladie rénale, mais il n’est souvent pas au courant »

Maeva Wong Fat, néphrologue au centre Dial’Isis. / ©DR.

Informer, sensibiliser et dépister précocement les maladies rénales : c’est l’objectif de la matinée de prévention organisée ce mercredi 11 mars au Centre Vaima pour la Journée polynésienne du rein. À l’initiative, un collectif de professionnels de santé dont la néphrologue Maeva Wong Fat, qui rappelle que ces maladies, qui peuvent être liées au diabète, à l’hypertension, à l’obésité, à certains médicaments ou à des antécédents familiaux, sont « indolores et sans symptômes jusqu’à un stade tardif ». Détecter tôt, c’est « gagner de la vie rénale » et potentiellement éviter d’être placé en dialyse. 

« Dépister ça va prendre 20 secondes, et ces 20 secondes vont nous permettre de détecter, et plus on détecte vite plus on gagne de la vie rénale ». Maeva Wong Fat, néphrologue au centre Dial’Isis à Papeete fait partie des organisateurs, ce mercredi 11 mars au Centre Vaima, d’une matinée consacrée aux maladies rénales chroniques à l’occasion de la Journée polynésienne du rein. L’idée : dépister, informer et sensibiliser le public sur la santé rénale et les facteurs de risque afin de détecter ces pathologies et agir précocement pour les combattre. Avec elle, seront présents 20 professionnels de santé tels que des infirmières, des pharmaciens, des éducateurs sportifs et des diététiciens, qui iront gratuitement à la rencontre du public.

Une maladie silencieuse

Sous forme de parcours, les participants pourront, de 8 heures à 13 heures, effectuer plusieurs ateliers afin d’en apprendre un peu plus sur cette maladie qui passe inaperçue et qui touche près d’une personne sur 10. « Au 4 mars 2023, 613 patients tous sites confondus sont en dialyse », indique la médecin. La dialyse est le traitement médical qui remplace en partie le travail des reins lorsque ceux-ci ne fonctionnent plus correctement.

« Un adulte sur dix a une maladie rénale chronique, mais souvent n’est pas au courant. Parce que la maladie rénale chronique, en fait, c’est complètement silencieux », souligne-t-elle. « C’est indolore, il n’y a pas de symptômes, jusqu’à un stade tardif. En fait, elle parle quand on est à peu près à 10% de la fonction rénale et malheureusement, c’est à 10% qu’on commence à mettre les gens en dialyse. Après, la dialyse, c’est trop tard », explique-t-elle. Pour cette journée, « l’objectif, c’est de détecter. Donc, on va les dépister, on va prendre la tension artérielle, on va prendre la glycémie, puis surtout, on va faire des bandelettes urinaires pour voir s’ils ont une maladie rénale chronique« . Si c’est le cas, il faudra par la suite « aller voir le médecin afin de faire les bilans, de poser un diagnostic et de les prendre en charge ». 

Sur place, se trouveront ainsi des stands de dépistage, des stands de « synthèse et d’orientation » avec notamment des conseils personnalisés en fonction des résultats, des documents remis au patient pour le rassurer et une orientation du patient en fonction de ses besoins. Il y aura également des stands « ateliers éducatifs » avec des ateliers sur les mesures de néphroprotection et sur le sel et l’alimentation, l’obésité faisant parti des principales causes de la maladie rénale.

Un traitement « assez lourd »

« Si tu es diabétique, si tu es obèse, si tu as une hypertension artérielle, si tu es plus âgé que 60 ans, si tu prends plein d’anti-inflammatoires, si tu as une maladie héréditaire, il faut que tu aies un dépistage chaque année », assure la médecin. Le but du dépistage est ainsi d’éviter la dialyse et ses traitements qui peuvent être « assez lourd ». Un patient « traité par hémodialyse » doit se déplacer plusieurs fois par semaine dans une structure pour « nettoyer son rein ». « Donc ça a un impact, forcément », poursuit Maeva qui évoque des contraintes vis à vis du travail mais également en termes financiers.

« Quand vous passez du temps en dehors, et que c’est assez régulier, parce que c’est le lundi, mercredi, vendredi, ou le mardi, jeudi, samedi, c’est des horaires prédéfinis. C’est quand même une contrainte de temps, donc forcément, ça a un impact sur le boulot », poursuit-elle. Elle ajoute : « quelquefois, les gens, ils ne peuvent plus travailler, donc ça a un impact sur les finances, ça a un impact sur leur vie, ça a un impact sur l’entourage, sur beaucoup de choses, sur beaucoup de domaines de leur vie. »

Néphrologue polynésienne formée en métropole, Maeva Wong Fat a participé, en tant que directrice médicale de Dial’Isis de 2018 à 2022, à la création de centres de dialyse à Bora Bora, à Taravao et Tahiti. Formatrice et présidente de l’Association polynésienne d’éducation thérapeutique, elle souhaite « promouvoir une approche humaniste » de la santé en accompagnant au mieux les patients.

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