ACTUS LOCALESJUSTICE Un juge saisi dans l’affaire de l’homme abattu par des gendarmes à Taravao Charlie Réné 2025-06-04 04 Juin 2025 Charlie Réné La servitude de l'ancienne brasserie de Afaahiti où avait eu lieu le drame le 4 janvier 2023. La procureure de la République Solène Belaouar a annoncé qu’une information judiciaire avait été ouverte sur le drame du 4 janvier 2023. Deux gendarmes mobiles avaient ouvert le feu, à six reprises, sur un homme suspecté de cambriolage et qui les menaçaient avec une machette. Six mois plus tard, le parquet avait classé l’affaire sans suite, estimant que les militaires, aujourd’hui basés hors de Polynésie, étaient en situation de légitime défense. Mais la plainte avec constitution de partie civile de l’ex-conjointe de la victime a relancé une procédure : un juge d’instruction doit maintenant se pencher sur le dossier. Une minute, six coups de feu, et un mort à Taravao. C’était le 4 janvier 2023 quand deux gendarmes, appelés pour un cambriolage, poursuivent un suspect dans la servitude de l’ancienne brasserie de Afaahiti. L’homme jette une pierre au chef de patrouille, à ses trousse, ce dernier sort son taser, mais son tir se révèle inefficace. Tandis que le suspect s’approche de lui avec une machette « doté d’une lame de 35 centimètres », l’autre militaire, en retrait, dégaine son pistolet et « après sommation » tire. Une fois, deux fois, sans stopper le corps-à-corps entre son collègue et l’homme d’une trentaine d’année. « En danger de mort », et alors que « le coupe-coupe voletait », le chef de patrouille sort son pistolet et l’utilise à bout portant, à quatre reprises. Cette version des faits, c’est celle qui a été présentée par Hervé Leroy, au lendemain de la mort du trentenaire tahitien, déjà condamné pour des faits de violences et en « rupture de soin psychiatrique » comme l’avait précisé l’ancien procureur de la République. C’est aussi la version qui avait abouti, six mois plus tard, au classement sans suite, et pour cause de légitime défense, de l’enquête ouverte à l’encontre des gendarmes pour « violence volontaire avec une arme ayant entrainé la mort sans intention de la donner ». Une version qui n’a semble-t-il pas convaincu la famille de la victime, qui a porté plainte avec constitution de partie civile dans ce dossier. Un dépôt qui entraine, en matière criminelle, l’ouverture quasi-automatique d’une information judiciaire. C’est ce qui a été fait le 16 mai dernier, comme l’a expliqué la procureur de la République Solène Belaouar ce mercredi. « J’ai saisi le juge d’instruction pour violences avec armes ayant causé la mort sans intention de la donner, explique la successeur de Hervé Leroy, qui précise que cette infraction est passible d’une peine de 20 ans de réclusion criminelle. Et j’ai saisi le juge d’instruction ‘contre X’, et non contre une personne dénommée. Ça lui laisse le champ libre, notamment parce que les gendarmes mobiles concernés ne sont plus en Polynésie ». La magistrate précise qu’aucun élément nouveau n’avait été mis à la connaissance de la justice depuis le classement sans suite de l’enquête de 2023. Au juge d’instruction, désormais, d’analyser les faits et pièces disponibles, et de mener éventuellement des investigations et actes complémentaires. Avant de choisir de rendre, à la clôture de l’information judiciaire, une ordonnance de non lieu ou de renvoi de l’affaire devant les tribunaux, en l’occurrence une cour d’assise.