ACTUS LOCALESCULTUREENVIRONNEMENT Un livre consacré aux escargots Partula et à leur sauvetage au fenua Lucie Ceccarelli 2026-03-10 10 Mar 2026 Lucie Ceccarelli Matai Depierre de la Diren et Véronique Mu-Liepmann, co-auteure. Dans le livre ‘Āreho Partula – Icônes de la biodiversité, paru chez Au vent des îles, le biologiste anglais Justin Gerlach et l’ex-conservatrice au Musée de Tahiti Véronique Mu-Liepmann retracent l’histoire de ces petits escargots endémiques du fenua. Ces « créatures fascinantes », qui ont été décimées par l’introduction de prédateurs, sont depuis quarante ans l’objet de plans de sauvegarde et de réintroduction dans quatre îles polynésiennes, en collaboration avec la Diren. En plus de retracer l’histoire de ces petits invertébrés, l’ouvrage propose une vingtaine de fiches d’identification, utiles aux amoureux de la nature et amateurs de randonnées. Ils mesurent moins de 30 millimètres et pourtant, leur importance est significative au fenua. Il s’agit des Partula, ‘āreho en reo tahiti, des petits escargots endémiques du Pacifique. « Il y en avait jusqu’à soixante espèces différentes dans nos îles mais elles ont disparu suite à l’introduction malheureuse d’un escargot carnivore », explique Matai Depierre, de la cellule biodiversité de la Direction de l’environnement (Diren). Ce mardi matin, Matai Depierre était au showroom de la maison d’édition Au vent des îles avec Véronique Mu-Liepmann, ancienne conservatrice au Musée de Tahiti et des îles et co-auteure de l’ouvrage ‘Āreho Partula – Icônes de la biodiversité, afin de présenter ce livre qui retrace l’histoire de ces petits invertébrés. Le second co-auteur, le biologiste Justin Gerlach, qui s’intéresse aux Partula depuis plus de trente ans, participait également aux échanges à distance, depuis Cambridge au Royaume-Uni, où il enseigne la biologie évolutive et l’écologie dans la prestigieuse université. Un ouvrage à la fois scientifique et culturel À eux deux, les auteurs ont combiné approche scientifique et dimension culturelle, « révélant comment ces escargots arboricoles ont occupé une place significative dans la biodiversité insulaire et dans le patrimoine culturel polynésien », peut-on lire dans la fiche descriptive de l’ouvrage. Leurs coquilles étaient notamment utilisées pour confectionner des colliers et des couronnes et certains ornements ont depuis rejoint les collections de musées, en Europe et ailleurs. Mais la vie paisible des ‘āreho sur leurs îles s’est trouvée grandement menacée en 1967, lorsqu’un escargot géant africain fut introduit au fenua. « On pensait pouvoir utiliser sa chair pour la consommation mais ça a été une introduction ratée. Personne n’en mangeait et les escargots africains se sont développés. Pour lutter contre ça, quelqu’un a eu la mauvaise idée d’introduire un escargot carnivore, l’euglandine. Seulement, plutôt que de manger le gros escargot d’Afrique, l’euglandine a préféré manger tous nos Partula », explique Matai Depierre. « C’est comme ça que des espèces entières ont disparu. Après ça, un autre prédateur a été introduit, le ver plat, qui a continué à disséminer les Partula. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/PARTULA-MATAI.wav Onzième espèce au monde à avoir été réintroduite après son extinction Un programme de sauvegarde des derniers ‘āreho survivants a été mis en place il y a quarante ans, en partenariat avec des institutions scientifiques internationales. Depuis 1992, Justin Gerlach dirige ces recherches, menées notamment dans des zoos en Europe et aux États-Unis, et organise des programmes de réintroduction des escargots. Depuis 2015, plus de 33 000 Partula ont ainsi été relâchés dans les îles de Tahiti, Moorea, Huahine et Raiatea, en collaboration avec la Diren. « Aujourd’hui, on peut les observer en forêt, notamment à Opunohu, l’un de nos sites de ‘relâché’, ou encore sur le mont Marau, où il existe des populations reliques qu’on peut observer à l’état naturel », explique Matai Depierre. « Le grand succès, ça a été qu’une espèce, le Partula tohiveana, qui avait complètement disparu, a été réintroduite à Moorea. Maintenant, même si elle est considérée comme en danger critique d’extinction, elle existe de nouveau dans la nature. C’est vraiment un exploit. C’est la onzième espèce au monde éteinte à l’état sauvage qui a été rétablie, et c’est surtout la première espèce d’invertébré et la première espèce en Polynésie qui a été réintroduite avec succès », se réjouit Véronique Mu-Liepmann. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/PARTULA-VERONIQUE.wav Des fiches et photos d’identification détaillées Dans leur ouvrage, les auteurs « documentent le parcours de ces créatures fascinantes, depuis leur existence paisible sur les îles isolées jusqu’à leur disparition progressive et leur sauvetage spectaculaire ». Ils rendent aussi « hommage aux pionniers de cette mission » de sauvegarde des Partula. Plus de vingt fiches d’identification des différentes espèces de ‘āreho présentes au fenua figurent à la fin du livre, dont le petit format permet d’être aisément glissé dans un sac à dos. À se rappeler lors d’une prochaine sortie en forêt…