ACTUS LOCALESENVIRONNEMENTMÉTÉO Un « super El Niño » ? Météo France s’avance, son antenne locale nuance Lucie Rabreaud 2026-04-16 16 Avr 2026 Lucie Rabreaud Le phénomène El Niño est « en train de se mettre en place » et débutera « très probablement » à la mi-2026. C’est ce qu’annonce l’agence nationale Météo France, notant un réchauffement des eaux à proximité de l’Amérique du Sud, et précisant même que certains modèles de prédiction tablent sur une intensité « remarquable » cette année. Ce « super El Niño » a de quoi inquiéter, puisqu’en faisant grimper les températures, il redistribue les pluies et favorise les épisodes météorologiques extrêmes dans le Pacifique. Pourtant, du côté de l’antenne locale de Météo France, la climatologue Victoire Laurent nuance cette annonce, expliquant que les dérèglements climatiques ont changé la donne sur la prévision du phénomène… Et qu’il faut attendre que la saison froide passe pour avoir des prévisions fiables. Des températures plus chaudes que les normales saisonnières ont commencé à être enregistrées à l’est de l’océan Pacifique, à proximité de l’Amérique du sud, note Météo France, qui annonce « le retour probable » d’El Niño. Le phénomène est « en train de se mettre en place et débutera à partir de l’été 2026 » donc à partir du mois de juin prochain, précise l’agence nationale, pour atteindre son maximum en fin d’année. Victoire Laurent de l’antenne polynésienne de Météo France nuance cette annonce de la maison mère. Elle parle de « premiers signaux » mais « il faut attendre que la saison fraîche se finisse pour connaître le niveau de refroidissement de l’océan. Sera-t-il modéré ou faible ? Et c’est à partir du mois d’octobre qu’on aura plus de certitude sur l’apparition ou non d’El Niño ». Tout dépend de la« réponse atmosphérique » Victoire Laurent parle aussi de « modèles instables » pendant l’inter-saison qui rendent difficile de prévoir avec certitude, en avril et mai, ce qui arrive dans les mois suivants, surtout sur une échéance aussi longue. La météorologue précise aussi que le phénomène El Niño n’est pas qu’un réchauffement de l’océan, il est couplé à une réponse atmosphérique, et tout dépend de cette « réponse atmosphérique », qu’on ne connait pas encore aujourd’hui. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/EL-NINO-autre-phenomene.wav Si ce n’est que l’océan qui se réchauffe, c’est un autre phénomène appelé l’oscillation inter-décennale du Pacifique, une fluctuation de la température de la surface de la mer. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/EL-NINO-oscillation-interdecennale-pacifique.wav C’est d’ailleurs ce qu’on a vécu ces dernières années avec des annonces de « forts El Niño », mais « pas de réponse au niveau de l’atmosphère et donc pas de couplage et finalement pas de phénomène extrême aussi fort qu’attendu ». « Avec le réchauffement climatique, la donne n’est plus la même pour ce phénomène El Niño » Le phénomène El Niño est périodique et revient régulièrement suivant un cycle de deux à sept ans. Le phénomène inquiète car il entraine généralement une augmentation des précipitations dans la partie est du Pacifique et une sécheresse dans la partie ouest qui peut favoriser les feux de forêts. L’activité cyclonique se modifie aussi avec des risques plus élevés dans certaines parties de la région, notamment dans le Pacifique, Météo France parle même de « cyclones particulièrement dévastateurs ». Mais la présence d’El Niño ne signifie pas forcément des cyclones. La dernière fois que ce phénomène a été observé, c’était entre 2023 et 2024 et Victoire Laurent rappelle qu’il y a effectivement eu une dépression tropicale modérée en février mais pas de cyclones. « Aujourd’hui le climat évolue tellement que les certitudes d’il y a 20, 30 ans sont remises en cause. Avec le réchauffement climatique, la donne n’est plus la même pour ce phénomène El Niño. En 2015, on a annoncé le El Niño du siècle et il y a eu zéro cyclone et zéro dépression sur la Polynésie française. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/EL-NINO-climat-evolue-tellement.wav Le réchauffement climatique a aussi une autre conséquence : il amplifie ce phénomène. « L’épisode pourrait alors contribuer, en se superposant au réchauffement de long terme induit par les activités humaines, à atteindre à l’échelle planétaire en 2026-2027 une valeur de température moyenne proche ou supérieure au record de 2024. » Les prévisionnistes de la maison mère Météo France parlent même pour cette année d’un « super El Niño » : certains modèles de prévision numérique prévoyant une augmentation des températures, susceptibles d’atteindre ou de dépasser le seuil de 2 °C en fin d’année. Mais il est encore trop tôt donc pour Victoire Laurent pour être sûr de l’arrivée ou de l’ampleur d’un phénomène El Niño pour la prochaine saison chaude.