ACTUS LOCALESSPORT Vahine, Kauli, Tya… La qualification aux JO se complique Maia Galot 2026-02-26 26 Fév 2026 Maia Galot Un vent de grogne souffle ces derniers jours sur le Championship Tour. Plusieurs figures du circuit, dont les champions en titre Molly Picklum et Yago Dora, mais aussi la jeune Tya Zebrowski, ont dénoncé les nouvelles règles de qualification pour les Jeux olympiques. L’International Surfing association (ISA) a décidé de réduire de moitié les places réservées à l’élite WSL pour les JO de 2028 de Los Angeles, au profit notamment de ses World Surfing Games. Vahine Fierro, qualifiée pour le prochain CT pourrait y perdre des chances de qualification d’office si elle s’y maintient ces prochaines années. Comme Kauli Vaast, aujourd’hui aux portes du Championship Tour, et qui entend bien défendre son titre olympique. Depuis la semaine dernière, le monde du surf de compétition est en plein débat. En cause, le système de qualification aux Jeux olympiques LA 2028, modifié par l’International Surfing Association (ISA) et approuvé par le Comité olympique international. Des nouvelles règles qui réduisent drastiquement les places attribuées d’office aux surfeurs du Championship Tour de la WSL. L’ISA choisit la « l’universalité »… Par le passé, les 10 meilleurs hommes et les 8 meilleures femmes du classement CT de l’année précédant les JO décrochait directement leur ticket, avec un maximum de deux par nations. Les qualifiés devaient tout de même, pour valider leur participation olympique, être inscrits aux World surfing games (WSG) organisés par l’ISA, mais sans aucune obligation de résultat. Certains surfeurs pro, pas particulièrement intéressés par cette compétition fréquentée par beaucoup d’amateurs et sans enjeux financiers, n’y faisaient donc qu’une apparition symbolique. En 2028, le nombre d’athlètes éligibles en WSL tombe à cinq par genre, dans la limite d’un surfeur par nation, sans obligations de participer aux WSG, mais avec un pointage à la mi-juin 2028, en milieu de saison. De quoi ouvrir les portes olympiques à des surfeurs moins bien classés sur les circuits de la ligue privée, et à davantage de nations. De quoi, surtout, profiter aux WSG, où seront attribués, en 2027, un ticket olympique par genre et par continent, puis, en 2028, pas moins de 20 places pour les JO. Les vainqueurs des autres compétitions continentales organisées par l’ISA (Asian Games 2026, Pan American Games 2027, European Surfing Championship 2027) auront eux aussi accès à des qualifications olympiques. Le rôle des fédérations nationales est au passage renforcé puisqu’elles sélectionnent elles-mêmes leurs équipes aux World Surfing Games. « Le système préserve l’universalité, une valeur olympique fondamentale qui favorise une représentation équitable à l’échelle mondiale et le développement continu du surf dans le monde entier« , a argumenté l’ISA pour expliquer ces modifications. … Au détriment du haut-niveau ? Le problème, c’est que ces compétitions fédérales ont été délaissées au fil des années, et au rythme de la professionnalisation du sport, par les meilleurs surfeurs de la planète, au profit des circuits WSL. C’est au sein de la ligue privée américaine, et notamment de son CT que ces derniers sont en mesure de construire une carrière et de vivre de leur sport. Ce qui est aujourd’hui impossible en ne fréquentant que les compétitions de l’ISA, qui par ces nouvelles règles cherche à revaloriser son circuit en obligeant les meilleurs à le fréquenter. Car pour avoir le droit au rêve olympique, beaucoup devront se rendre, au milieu d’un calendrier de compétition déjà très chargé, en Amérique du Sud pour les WSG 2027 et 2028, voire aux différents rendez-vous continentaux les années précédentes. C’est ce qui a poussé de nombreux surfeurs et surfeuses du CT, à s’exprimer sur les réseaux sociaux et dans la presse. La double championne du monde australienne Tyler Wright, dans le haut du panier du CT depuis déjà 15 ans dénonce la méthode de l’ISA, qui ne « s’aligne pas avec les valeurs olympiques de respect, d’excellence et d’amitié« , et lui demande de revenir sur sa décision « pour assurer un système juste et équitable qui protège l’intégrité des Jeux Olympiques et du surf« . « Les Jeux olympiques sont le plus grand événement dans le monde du surf professionnel, et ne voudriez-vous pas que les meilleurs surfeurs aient les meilleures chances de se qualifier ? », a interrogé l’Italien Leonardo Fioravanti sur les réseaux sociaux. « Nous ne voulons pas d’un parcours plus facile que les autres pour nous qualifier » a surenchéri le champion du monde en titre brésilien Yago Dora auprès de Reuters, « nous voulons simplement que ce soit équitable et que tous les meilleurs surfeurs représentent leur pays aux Jeux olympiques ». La championne du monde Molly Picklum a elle parlé d’un « manque de respect » de l’ISA à l’égard du surf professionnel. Et même la jeune Tya Zebrowski a réagi sur sa page instagram, expliquant qu’il ne « ne s’agissait pas de politique », mais de de « protéger le rêve avec lequel beaucoup d’entre nous ont grandi ». C’est la Française Justine Dupont, présidente de la commission des athlètes ISA, qui a été chargée de répondre au tollé. « C’est dur de satisfaire tout le monde mais je trouve le nouveau système plus adapté. Il redonne de la force aux fédérations nationales. Comme pour les olympiades précédentes, les surfeurs auront l’opportunité de se qualifier par le circuit pro ainsi que par les WSG. Cela garantira également que chaque surfeur devra surfer à son plein potentiel lors des WSG, évitant ainsi des situations injustes comme celles observées par le passé ». La surfeuse de gros rappelle au passage que « le champion olympique et le médaillé de bronze de Paris 2024 », Kauli Vaast et Gabriel Medina, « ont obtenu leur qualification par les WSG ». « Ce nouveau système permet aussi à chaque pays de pouvoir qualifier jusqu’à 3 athlètes, ce qui n’était pas le cas avant, ajoute-t-elle. En tant que fan de surf, je suis persuadée que l’on retrouvera les meilleurs surfeurs dans les vagues de LA2028. » Un chemin potentiellement plus long pour Vahine Fierro, Tya Zebrowski et Kauli Vaast Les athlètes polynésiens sont directement concernés par le débat. Vahine Fierro, depuis l’année dernière, et Tya Zebrowski, à partir d’avril, sont pensionnaires du CT et comptent bien s’y maintenir d’ici 2028. Si c’était le cas, l’ancien système leur aurait donné une bonne chance de se qualifier d’office sous le drapeau français. Ce sera beaucoup plus difficile avec les nouvelles règles de l’ISA. Même chose pour Kauli Vaast, aujourd’hui aux portes de la qualification pour le Championship Tour, qu’il devrait intégrer à l’issue de la dernière étape des Challenger Series en Australie début mars. Si le champion olympique 2024 se maintient sur le CT durant les saisons suivantes, il devra tout de même réaliser de grosses performances pour se qualifier aux JO via la WSL, et quoiqu’il arrive se classer devant Marco Mignot, autre Français de la compétition. Le surfeur de Vairao, ne devrait toutefois pas rechigner à l’idée de participer aux Mondiaux ISA, par lesquels il s’était qualifié pour Teahupo’o 2024, comme d’ailleurs Vahine Fierro et Joan Duru, et où il a été le capitaine de l’équipe de France l’année dernière. Quel que soit le parcours de qualification, Kauli Vaast a déjà affirmé qu’il comptait bien défendre son titre olympique sur la vague de Trestles. Vahine Fierro, elle, a une revanche à prendre après l’élimination en huitième de finale face à Johanne Defay au PK0. Tya Zebrowski lors du Pipe Challenger 2026 à Hawaii. © Mike Ito/World Surf League