ACTUS LOCALESPOLITIQUE Le Vaitere veut mettre les voiles (rigides) vers les Raromatai Charlie Réné 2026-07-01 01 Juil 2026 Charlie Réné Tino Fa Shin Chong, déjà patron du Vaearai, et qui a récemment pris les manettes de la société Transport Maritime Vaitere, a présenté à Catherine Chabaud le projet révisé de Vaitere. La future goélette des Raromatai, d’abord prévue pour 2025, attendra encore quelques années, mais pour se mettre « à la hauteur des enjeux », ce navire de 90 mètres et 2700 tonnes d’emport devrait être équipé de voiles rigides rétractables. De quoi permettre d’importantes économies de carburant, mais aussi renchérir l’investissement, estimé à 5 milliards de francs, et qui pourrait bénéficier d’aide de l’État pour la décarbonation. Lire aussi : Décarbonation, AMP, quotas de pêche… Interview de Catherine Chabaud avant son départ de Polynésie Lors de sa dernière journée de visite officielle en Polynésie, mardi, Catherine Chabaud a été à la rencontre des pêcheurs hauturiers, des agents des affaires maritimes, du CMMPF ou encore des concepteurs du Swac du Taaone. Mais une autre discussion a retenu son attention, comme elle le confiait à quelques heures de son départ. À bord du Vaitere 2, actuellement bloqué à quai par un problème de moteur, Tino Fa Shin Chong, qui a pris les manettes voilà un mois de la société Transport Maritime Vaitere (TMV) longtemps dirigée par Georges Moarii, lui a présenté un projet révisé de goélette pour relier les Raromatai. Le futur Vaitere sera un cargo mixte, puisqu’il abritera une douzaine de cabines haut-de-gamme pour des passagers, mais il pourrait surtout devenir le premier cargo à voiles de la flotte inter-îles. Voiles rigides rétractables De quoi intéresser la ministre, ancienne navigatrice, première femme à avoir bouclé un tour du monde sans escale à la voile, et qui a longtemps travaillé sur les évolutions technologiques qui doivent permettre de rendre la navigation et le secteur maritime plus durable et écologique. TMV n’est pas le premier armateur local à s’intéresser à « l’assistance vélique » : le Na hiro e Pae, commandé par la SNA Tuhaa Pae, et qui est attendu dans les prochains mois au fenua, doit être équipé d’une « turbovoile », sorte de mât tubulaire de 22 mètres de haut qui doit réduire d’au moins 10% sa consommation de carburant. Tino Fa Shin Chong, même si la toute récente révision des plans du Vaitere reste à être confirmée, s’oriente donc vers deux voiles rigides. L’ancien capitaine du Terevau, devenu patron du Vaeara’i, qu’il a fait construire à Vigo en Espagne, travaille déjà avec la société Mauric, qui a justement conçu le Vaeara’i, et qui est également le concepteur du cargo à voile Neoline Origin. Les discussions s’orientent vers l’installation sur le Vaitere de voiles Oceanwings, qui équipent, entre autres, le Canopée, cargo transportant les fusées Ariane 6 vers la Guyane. Le Vaitere pourrait opter, plutôt que des voiles qui peuvent se hisser en accordéon, à des voiles d’un bloc rétractables en les repliant le long du pont du navire. Une technologie récente mais déjà choisie par plusieurs armateurs internationaux. « On a du vent dominant Est-Nord-Est, c’est un vent très favorable pour la traversée Papeete – Huahine, rappelle Tino Fa Shin Chong. Ça permettra certainement d’économiser du gasoil, et du gaz à effet de serre, ça va avec. Et au retour, si on a les bonnes alizés, ça peut aussi rendre le voyage plus économique. Et s’il y a du mara’amu, on pourra affaler les deux voiles et continuer à faire face aux éléments naturels ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/07/TINO-VAITERE-1.wav Projet à finaliser, financements d’Etat possibles Le projet de Vaitere, d’abord mis sur la table par Georges Moarii et qui avait bénéficié d’un agrément de défiscalisation locale en 2023, devait être livré en 2025, ce ne sera pas avant 2029. Le cahier des charges doit être finalisé, les plans doivent être formalisés, un chantier, probablement entre l’Espagne, la France et la Turquie, doit être trouvé… C’est en attendant toutes ces étapes que le Vaitere 2, navire datant de 2020, « jumboisé » et réarmé, avait été mis en opération en Polynésie en 2024, avec ses 50 mètres et ses 1000 tonnes d’emport. Le Vaitere sera beaucoup plus imposant : 90 mètres de longs, 2700 tonnes. « Nécessaire » pour Tino Fa Shin Chong, vu les besoins des Raromatai, et « l’avance » prise par certains concurrents, notamment la SNP avec son Hawaiki Nui 2 flambant neuf arrivé l’année dernière. Coût estimé du nouveau projet : 5 milliards de francs, dont 715 millions pour la seule assistance vélique. Catherine Chabaud, qui a insisté sur les objectifs de décarbonation pendant toute sa visite, a confirmé que ce projet rentrait dans les clous de l’aide qui peut être accordée par l’État au travers de l’Ademe au travers de l’appel à projets de décarbonation maritime. [MàJ 02/07 : précision du nom des partenaires dans la conception du Vaitere]