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Venezuela: journée cruciale pour le référendum anti-Maduro

Caracas (AFP) – L’opposition vénézuélienne espérait obtenir jeudi le feu vert pour avancer vers un référendum pour révoquer le président Nicolas Maduro, prévenant du risque d' »explosion sociale » dans ce pays en plein chaos économique et politique.

Jeudi après-midi, des représentants de la Table pour l’unité démocratique (MUD), coalition de centre-droit majoritaire au Parlement, devaient se réunir avec le Conseil national électoral (CNE), dans l’attente de sa décision imminente pour valider ou rejeter les 1,8 million de signatures recueillies et présentées par l’opposition en faveur du référendum. 

Le Venezuela est au bord de l’implosion depuis la victoire des anti-chavistes (du nom de l’ex-président Hugo Chavez, 1999-2013) aux législatives de décembre, une première en 17 ans.

Dans ce pays pétrolier à l’économie dévastée par la chute des cours, les habitants manquent de tout (farine, médicaments, etc) et, désespérés, ont parfois recours aux lynchages et pillages.

« C’est dur, on tente de survivre. Je n’ai pas signé pour le référendum, mais à l’heure de voter, je déciderai », a déclaré à l’AFP Virginia Lobos, 65 ans, dans le quartier populaire de Petare, dans l’est de Caracas.

L’opposition, engagée dans un bras de fer avec le gouvernement socialiste, a mis en garde contre une « explosion sociale » si le référendum venait à être retardé.

« La pression sociale au Venezuela atteindrait des niveaux insoupçonnés », a prévenu le vice-président du Parlement Enrique Marquez, pour qui seule cette « soupape » pourra faire retomber la température.

Mais le temps joue contre elle : pour provoquer de nouvelles élections, elle doit organiser cette consultation d’ici le 10 janvier 2017. Sinon, M. Maduro serait uniquement remplacé par son vice-président.

Si les autorités électorales, accusées de jouer la montre pour protéger le chavisme, valident jeudi 200.000 des signatures remises (le minimum requis), ce ne sera que le premier pas d’un long et fastidieux processus. 

Les premiers signataires seront appelés à confirmer en personne leur choix par empreinte digitale, puis la MUD devra rassembler 20% de l’électorat (près de quatre millions de voix) en trois jours pour avoir formellement le droit d’organiser le référendum.

Lors de ce dernier, il faudra, pour écarter le dirigeant vénézuélien du pouvoir, dépasser son score obtenu en 2013 (7,5 millions de votes).

– ‘Pas d’excuse’ –

Le référendum révocatoire n’a été utilisé qu’une seule fois dans l’histoire du pays, contre l’ex-président Hugo Chavez en 2004 : il s’était soldé par un échec.

Cette fois, sept Vénézuéliens sur dix veulent voir partir le leader socialiste. L’opposition espère bien surfer sur ce mécontentement populaire.

« Il n’y a pas d’excuse, même dans le pire scénario possible, nous avons six fois plus de signatures que ce qu’exigeait le CNE! » a souligné Carlos Ocariz, maire d’opposition de l’arrondissement Sucre, dans Caracas.

Fatigués de faire la queue pendant des heures avant de trouver des rayons vides au supermarché, lassés des coupures d’électricité quotidiennes, irrités face à des services publics ne fonctionnant plus que deux jours par semaine, les habitants semblent avoir perdu patience.

Le niveau d’exaspération dans ce pays qui est l’un des plus violents au monde et l’attitude inflexible du gouvernement font craindre des débordements, deux ans après des manifestations ayant fait 43 morts.

Ces derniers jours, le camp du président Maduro a soufflé le chaud et le froid, accusant tantôt l’opposition d’avoir inclus les noms de 10.000 morts parmi les signataires pro-référendum, tout en maintenant ouvert le dialogue avec l’opposition sous l’égide de médiateurs.

Une timide pression internationale se fait jour : l’Organisation des Etats américains (OEA) a prôné un « dialogue ouvert » entre l’opposition et le gouvernement pour trouver une solution « rapide » et « effective » à la crise politique.

Et après les préoccupations exprimées notamment par Washington et l’ONU, jeudi ce sont les présidents français et chilien, François Hollande et Michelle Bachelet, qui se sont inquiétés de la crise dans ce pays.

« Nous ne ménagerons pas nos efforts pour faire en sorte qu’au Venezuela, une solution puisse être trouvée pour que la crise (…) puisse être résorbée dans le cadre des procédures démocratiques et du respect du droit », a dit M. Hollande au côté de son homologue chilienne.

Des membres des forces de sécurité déployés le 2 juin 2016 à Caracas . © AFP

© AFP RONALDO SCHEMIDT
Des membres des forces de sécurité déployés le 2 juin 2016 à Caracas

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