ACTUS LOCALES 164 milliards de francs de chantiers programmés : « Il faut se préparer » Charlie Réné 2025-09-10 10 Sep 2025 Charlie Réné Au lendemain d’une rencontre avec les professionnels du BTP, Jordy Chan a récapitulé les projets programmés par son ministère des Grands Travaux. Opérations « courantes », concernant les routes, aérodromes ou quais, volet « stratégique » sur la mobilité, le réaménagement du port, la décentralisation, ou la redynamisation de Papeete… Le ministre compte 164 milliards de francs de projets jusqu’à 2032, dit ne pas s’inquiéter pour leur financement, mais demande aux entreprises d’utiliser cette « visibilité » pour embaucher, former, investir… Et ainsi pouvoir répondre, en temps voulu, « aux nombreux appels d’offres » qui vont être lancés. Le ministère des Grands travaux (MGT) a fait ses comptes, en amont de la rencontre avec les professionnels du BTP, qui s’est tenue mardi. « En plus des projets des autres ministères », notamment les chantiers liés aux Jeux du Pacifique ou les programmes de logement, ce sont 164 milliards de francs de chantiers qui doivent être lancés par le MGT d’ici 2032. Un effort « conséquent », « ambitieux », estime Jordy Chan, qui explique que son ministère, qui englobe l’Équipement et les transports intérieurs, consacrait jusqu’à présent « l’essentiel de son budget » aux « projets courants d’infrastructures » pour une douzaine de milliards de francs par an. Des opérations qui se poursuivent, et qui sont incluses dans le calcul : les routes doivent être entretenues, pour 6 à 7 milliards de francs par an, de même que les ouvrages d’art comme les ponts (1,2 milliard par an), les ouvrages maritimes (3 milliards), les aérodromes du Pays (1,8 milliard)… Et certaines opérations sont plus coûteuses que d’autres : le ministre cite la sécurisation du col de Toovi à Nuku Hiva (plus de 400 millions de francs), la reconstruction du quai de Fakarava (environ un milliard de francs) ou la rénovation de l’aéroport de Tikehau (environ 1 milliards). « Mais on ne peut pas se limiter à entretenir, réhabiliter ou reconstruire des ouvrages qui existent déjà, il faut aussi, en plus de conserver ce patrimoine, investir dans des projets stratégiques », insiste-t-il. « Donner de la visibilité à horizon 2032 » Des « grands projets » déjà présentés ces derniers mois, mais qui ont donc été récapitulés pour les responsables du secteur du bâtiment et des travaux publics mardi. On y trouve, bien sûr, les nouveaux réseaux de pistes cyclables ou de voies de bus, les transformations de ronds-points ou la 2+1 voie de Mahina, promise pour 2030, soit 14 milliards de francs de chantier pour lutter contre la congestion routière autour de Papeete. Suivent bien sûr les 17 milliards de francs d’investissement dans le projet de décentralisation, somme qui ne concerne que les pôles administratifs, et pas les aménagements annexes, particulièrement nombreux du côté de Taravao. Le ministre des Grands Travaux cite aussi le programme de redynamisation du centre-ville de Papeete, pour lequel il compte mobiliser 25 milliards de francs d’investissements du privé, à qui sont en passe d’être loués plusieurs fonciers stratégiques de la collectivité. Ou encore l’ambitieux schéma directeur du Port autonome, que Jordy Chan avait participé à mettre sur pied en tant que directeur adjoint de l’établissement public, et qui, entre les nouveaux quais, le creusement de la passe, le réaménagement de motu Uta, de Fare Ute ou du port de pêche, implique 24 milliards de francs de dépense. 80 milliards de francs au total pour le « stratégique », en plus des 84 milliards sur 7 ans du « courant »… D’où les 164 milliards mis en avant. « Nous estimons au sein du gouvernement avoir la capacité financière pour mener à bien ces projets », assure le ministre, pour qui le renfort budgétaire de son ministère ne sera en moyenne « que » de 4 milliards de francs par an sur la période. Car le Pays, dans ce total, ne doit débourser que 44% des fonds, le reste étant pris en charge par l’État (26%), les investissements privés (15%) ou le budget du port autonome (15%). Mais le financement n’est pas tout. « Il faut, pour mener à bien ces projets, non seulement des sous, mais aussi des matériaux, du matériel, des hommes et des femmes pour les mettre en œuvre », complète Jordy Chan, qui rappelle avoir transmis un projet de réforme du Code des mines, déjà validé par le Cesec, qui doit permettre de sécuriser l’apport légal en matériau du fenua. Reste donc la question de la main d’œuvre. « L’enjeu, c’est justement de donner de la visibilité à horizon 2032, donc sur les 7 prochaines années pour que les entreprises puissent recruter, puissent former leur personnel et puissent monter en puissance pour répondre à nos nombreux appels d’offres ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/JORDY-CHAN-1-se-preparer.wav Un groupe de travail doit être formé avec les organisations représentatives du BTP et les services du ministère du Travail – de même que le Sefi et le CFPA – pour estimer les besoins de ces prochaines années dans le secteur. « On ne peut pas raisonner sur un mandat de 5 ans uniquement » Chez les professionnels, si ces annonces sont reçues positivement, on se dit « vacciné » contre les grands plans politiques, souvent sans lendemain. Il est d’ailleurs ouvertement reproché au gouvernement de Moetai Brotherson, depuis 2023, d’avoir annulé plusieurs grands projets, qui pourraient alimenter l’activité en ce moment même, et bien avant de mettre sur la table la nouvelle feuille de route. Village Tahitien, accusé de coûter jusqu’à « 60 milliards » à la collectivité, centre aquatique Aorai, lui aussi jugé trop cher et mal localisé, Centre culturel Paofai, remplacé par des nouveaux projets pour l’instant vaporeux… Jordy Chan assume : le gouvernement a été élu sur « une vision », et il est « légitime » d’évacuer les charges financières les moins « pertinentes » pour se donner la capacité de développer son programme. Et si, justement, un prochain exécutif, indépendantiste ou pas, décidait lui aussi d’annuler les « projets stratégiques » aujourd’hui sur la table ? Le ministre se veut optimiste : les projets de décentralisation ou de redynamisation resteront « portés » par les tavana concernés, les concessions accordées au privé seront signées avant la fin de la mandature, les plans du port autonome, lancés avant le début de la mandature sont imperméables à l’alternance… Là encore le ministre estime être dans son rôle en lançant une programmation dépassant largement la date des prochaines territoriales. « Pour construire une route, un port ou un aéroport, il faut compter 5 ans, deux ans d’étude et trois ans de travaux. Plus s’il faut faire des acquisitions foncières. Pour construire un bâtiment, sept ans de projets : quatre ans d’étude, trois ans de travaux, plus s’il y a des aléas en cours de chantier, détaille-t-il. Donc nous, en tant que gouvernement, on se doit de prévoir l’avenir de la Polynésie, on ne peut pas raisonner sur un mandat de 5 ans uniquement, ça serait faire défaut à notre fonction, à la Polynésie et à la population ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/JORDY-CHAN-2.wav Quant à savoir si cette feuille de route était celle de la mandature, Jordy Chan nuance : « C’est le résultat de 2 ans et demi de travail au ministère des Grands Travaux. Mais nous n’allons pas nous arrêter de travailler ».