ACTUS LOCALES Alexandre Rochatte : « Les choses ont changé, et en même temps elles sont très stables » Caroline Perdrix 2025-09-10 10 Sep 2025 Caroline Perdrix Le haut-commissaire Alexandre Rochatte était l’Invité de la rédaction de Radio 1 et Tiare FM ce mercredi. De retour 13 ans après avoir été secrétaire général du Haut-commissariat, et préfet en Guadeloupe et en métropole, il considère le statut polynésien comme le modèle de décentralisation « le plus abouti » de la République. Il espère pouvoir rapidement faire avancer les discussions sur la prochaine convention santé État-Pays, mais n’exclut pas une troisième prorogation en attendant de trouver un véritable accord. Il veut proposer « un plan particulier » de lutte contre les stupéfiants, mais reste vigilant sur les initiatives locales potentiellement liberticides. Dix jours après son arrivée et sa prise de fonction, le nouveau haut-commissaire Alexandre Rochatte n’a pas encore terminé son marathon protocolaire, qui sert de « mise à jour » à cet ancien secrétaire général du haussariat. « Évidemment, les choses ont changé. Et en même temps, elles sont très stables ». Mais ce qui le frappe, dit-il, ce sont les inégalités sociales, plus visibles : « c’était une chose que je ne voyais pas il y a 13 ans. » Il retrouve en revanche un Haut-commissariat qui a « évolué favorablement » dans son organisation, dit-il : il cite notamment « la direction de l’ingénierie publique, qui assure même de la maîtrise d’œuvre et de la maîtrise d’ouvrage pour les collectivités quand c’est nécessaire. On a une capacité d’appui qui me semble très bonne. » Alexandre Rochatte, qui a été préfet de Guadeloupe et de la Loire, mesure les particularités du poste de haut-commissaire : « Ce n’est pas le même nom, parce que ce n’est pas la même fonction », dans « un pays qui a des compétences largement établies par la loi organique, avec une habitude de les exercer ». Son rôle tel qu’il le conçoit est donc d’exercer les compétences régaliennes de l’État, « d’accompagner le Pays dans l’exercice de ses compétences (…) accompagnement technique, accompagnement financier », et d’accompagner aussi les communes. Et le « modèle un peu particulier, encore plus abouti en matière de décentralisation » de la Polynésie française, est pour lui « un modèle qui mérite d’être regardé par d’autres, par les gens qui réfléchissement sur les institutions nationales. » Sur la question de la décolonisation, le nouveau haut-commissaire est dans la continuité aussi : l’État ne considère pas que la Polynésie est une colonie. « Non, je ne crois pas, dit Alexandre Rochatte. Honnêtement, si c’était, je n’arrive même pas à employer le terme, voyez, si c’était ce que vous dites, on n’aurait pas une Assemblée de la Polynésie française, un gouvernement de la Polynésie française, qui plus est, aujourd’hui, avec une majorité indépendantiste. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/ROCHATTE-01-DECENTRALISATION-DECOLONISATION.wav Convention santé État-Pays : un troisième avenant, faute d’accord sur le fond ? Au titre des compétences que l’État peut « appuyer », la santé. Depuis fin 2023 le Pays et l’État s’affrontent sur le renouvellement de la convention santé État-Pays : le Pays veut que l’État finance les évacuations sanitaires urgentes et les molécules onéreuses ; l’État, lui, veut davantage orienter son effort sur la prévention. Tant et si bien que le Pays avait décidé de s’adresser directement à Paris. Et « il faut dire les choses, convient Alexandre Rochatte, je n’ai pas reçu le mandat qui était attendu par Éric Spitz avant son départ. Moi je pensais l’avoir aussi, mais je ne l’ai pas eu. Il y avait eu une avancée, il avait été convenu qu’on pouvait travailler en deux temps, sur une convention sur le périmètre plus classique, et puis avancer sur les sujets de nouvelles demandes. » En attendant, rassure Alexandre Rochatte, « cela ne veut pas dire que la convention est caduque, on continue à la faire vivre. On n’est pas encore au bout du deuxième avenant et on verra si on a besoin d’un troisième avenant. » Un troisième avenant qui risque, comme les deux précédents, de représenter un montant encore diminué. Quoi qu’il en soit, dit le haut-commissaire, « un sujet prioritaire pour moi c’est d’obtenir le mandat de négociation pour qu’on puisse travailler concrètement sur le sujet. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/ROCHATTE-02-CONVENTION-SANTE.wav Lutte contre les drogues : Alexandre Rochatte veut présenter « un plan particulier » Alexandre Rochatte a reçu Nicole Sanquer qui demande l’affectation à un centre de désintoxication des fonds saisis dans les affaires de stupéfiants. « Sur le principe, je suis assez d’accord », dit-il, mais il souligne qu’il faut « trouver des tuyaux » pour faire revenir ces flux financiers au fenua. « Je suis surtout d’accord sur le fait qu’on a besoin de travailler sur la prévention, le suivi et l’accompagnement des jeunes et des moins jeunes qui tombent dans la drogue. » Le Haut-commissaire est surpris par la « plateforme de dénonciation » en ligne qu’Édouard Fritch annonce vouloir mettre en place avant la fin de l’année. « J’avoue que j’étais un peu dubitatif quand j’ai entendu cette proposition, parce que dès qu’on parle de dénonciation, on arrive à des limites en termes de droit. Donc au-delà de l’annonce il faut qu’on regarde en termes de contrôle de légalité et on regardera évidemment avec la justice ce sujet », dit-il. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/ROCHATTE-03-PLATEFORME-DENONCIATION.wav Faut-il envisager de renforcer les effectifs de police et de gendarmerie au fenua ? « Je n’ai pas l’impression, répond Alexandre Rochatte, je pense qu’il suffit de regarder ce qui est fait en termes de contrôle. Ce travail, il est là. » Si renforts il y a, dit-il, il s’agira plutôt de spécialistes, notamment à l’Ofast. Comme son prédécesseur, Alexandre Rochatte insiste que la lutte contre le paka est aussi importante que la lutte contre l’ice, et rappelle que la Polynésie est le lieu ou « on arrache un tiers des pieds arrachés dans tout le territoire français. » « J’aurais l’occasion dans les quelques jours ou quelques semaines qui viennent de présenter un pan particulier parce que je veux vraiment me concentrer sur ce sujet », dit-il. Interdiction des vapes : le contrôle de légalité par l’État « Accompagner les communes », donc, c’est aussi ce qu’a fait récemment le Haut-commissariat avec Teva i Uta et son arrêté d’interdiction du vapotage : « On lui a fait une lettre d’observation, c’est-à-dire qu’on a considéré qu’il était allé un peu loin dans les restrictions qu’il mettait en œuvre, notamment les restrictions à la liberté de chacun. On a le droit de restreindre un certain nombre de libertés si c’est limité dans le temps, si c’est limité dans le périmètre d’application. Et là, ça n’était pas le cas. Donc on lui a fait une première remarque, l’arrêté a été changé. On a vraisemblablement quelques remarques complémentaires sur le sujet. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/ROCHATTE-04-TEVA-I-UTA.wav L’État n’exclut pas non plus de déférer la loi du Pays sur l’interdiction d’importation et de vente des vapes, que les professionnels du secteur ont l’intention d’attaquer : « On est en train de regarder. Effectivement on a quelques questionnements aussi sur le sujet des restrictions de liberté, notamment la liberté du commerce. » Prévention routière : L’État prêt à appuyer le Pays pour repenser l’apprentissage et le permis Alexandre Rochatte a été durant trois ans délégué adjoint à la sécurité routière en métropole, et « c’est tout un volet sur lequel j’aimerais travailler. C’est le Pays qui est compétent, mais on pourra venir en appui s’il le souhaite », dit-il, notamment en s’inspirant de ce que fait le RSMA.