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À la CMA-CGM, soupçons de conflit d’intérêts autour de containers usagés

Deux avocats de métropole, un ancien commissaire de police passé par Interpol… Il y avait du beau monde, ce mardi matin, au procès pour abus de bien sociaux de l’ex-directeur de l’antenne CMA-CGM de Papeete. Stéphane Mercadal est accusé d’avoir organisé la revente à Tahiti, grâce à une société ad hoc, de près de 150 conteneurs réformés, acquis à prix préférentiel en tant que salarié. Un mécanisme que l’ancien dirigeant, depuis licencié, et accompagné sur le banc des prévenus d’un de ses anciens cadres, explique avoir lancé dans l’intérêt et même sous la pression du groupe, qui dépensait de grosses sommes pour évacuer et détruire ces conteneurs usagés.

En 2023, le siège de la CMA CGM, troisième armateur mondial et propriété de la famille Saadé, est alerté par une employée travaillant au sein de l’agence de Papeete, alors sous la direction de Stéphane Mercadal. Elle fait part d’un « conflit d’intérêt ». Stéphane Mercadal profiterait de la possibilité donnée aux employés de la compagnie maritime de pouvoir acquérir des containers à des prix préférentiels, pour s’enrichir sur le dos de la maison mère. Des prix préférentiels qui serait de 160 000 francs pour des containers 20 pieds, 225 000 francs étant le tarif habituel pour des clients lamda. Pour se faire, il a monté une société, Stock système, à laquelle il vend les containers, à prix préférentiels, et celle-ci les revends moyennant une marge. Des containers usagés, pour lesquels il reviendrait une fortune à les rapatrier à vide en métropole pour les détruire. Un problème récurrent pour toutes les compagnies de transport, comme le confiera Stéphane Mercadal, qui évoquera, pour justifier le montage, un coup de pression du groupe pour se débarrasser de ces encombrants.

« Être licencié cela ne fait pas terrible sur un CV »

Ni une ni deux, suite au signalement de la « lanceuse d’alerte » la maison mère envoie à Papeete son directeur des enquêtes internes. Un ancien commissaire de Police qui est passé par Interpol, Europol, qui a enquêté pour le compte du Parquet National Financier sur le financement du terrorisme… Bref, un fin limier. Il mène l’enquête et convoque le fautif qui se voit licencié sur le champ, après 20 ans de bons et loyaux services. Un collaborateur de Stéphane Mercadal, qui faisait le même type de business, mais en son nom propre, préférera démissionner car « être licencié cela ne fait pas terrible sur un CV. » Au total il s’agit de 187 containers répertoriés qui ont été ainsi cédés. 146 à Stock Système, gérée par Stéphane Mercadal et 41 pour son collaborateur. La CMA-CGM estime le préjudice financier à 13 millions de francs.

À la barre, Stéphane Mercadal reconnaît qu’il aurait dû informer la maison mère de ce business, mais avance-t-il, « il n’y avait pas de conflit d’intérêt, je ne prenais pas de la clientèle à la CGM. » Il estime aussi ne pas avoir lésé la compagnie car, « quand les containers repartent à vide, ça coute de l’argent en manutention etc.. Et mon rôle de directeur d’agence était d’en vendre un maximum. » Il précise aussi avoir respecté la grille tarifaire de vente de containers mis en place par la CGM. « Je n’ai jamais acheté des containers en dessous du prix plancher. »

« On ne fait pas de pas de coté à CGM CMA »

Il répète aussi avoir eu la pression de la part du siège pour les vendre. Mais n’ayant pas le temps de s’en occuper, « j’ai créé une société dans laquelle j’avais un commercialisateur qui s’occupait de cela. » Il précise aussi que la revente de containers est une activité secondaire des agences maritimes, « on attend que d’éventuels clients nous appelle. On ne fait pas de démarchage. On a autre chose à faire que de démarcher les clients.» Les clients n’appelant pas et dans l’obligation de se débarrasser des containers, il créé Stock Système.

La procureure l’interrompt, « si j’ai bien compris vous avez rendu service à CGM, alors pourquoi ce procès ? » Hypothèse, « On ne fait pas de pas de coté à CGM CMA et c’est aussi à cause de ma personnalité. J’ai été proche de Rodolfe Saadé ( Ndlr : directeur milliardaire du groupe CGM-CMA et propriétaire de plusieurs médias dont BFM TV et RMC) et peut être considère-t-il cela comme une trahison, d’où le conflit d’intérêt. »

Quant à son ex-collaborateur, lui ne comprend pas ce qu’on lui reproche. « C’était autorisé de racheter les containers, tout le monde était au courant au sein de l’agence à Papeete, on travaille en open space et on est une dizaine. On ne faisait pas de trafic. D’autant que régulièrement il y avait des audits envoyés par le siège. » Là aussi la procureure l’interrompt, « que ce soit autorisé au personnel de racheter des containers à des prix préférentiels, d’accord, mais un ou deux. Là c’est un business. » Quant à l’avocat de Stéphane Mercadal, celui-ci estime que son client est victime d’un règlement de compte, qu’il n’a commis aucune infraction et réclame sa relaxe.

Le délibéré sera rendu le 26 mai.

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