ACTUS LOCALESPOLITIQUE Un an après la mort d’Ayden, les autorités interpellées sur lutte contre la maltraitance Charlie Réné 2026-05-25 25 Mai 2026 Charlie Réné Le rassemblement de Taiohae (en haut), la marche sur le front de mer de Papeete (en bas) et la mère de la petite Ayden devant le monument aux morts de Papeete. ©CR/DR Un an après la mort d’Ayden, environ 200 personnes ont marché contre les violences infantiles, ce samedi à Papeete, tandis que d’autres rassemblements avaient lieu à Moorea ou aux Marquises. Une mobilisation destinée à sensibiliser, questionner chacun sur son rapport à l’enfance. Mais beaucoup de participants s’interrogent aussi sur l’action des autorités pour lutter contre les maltraitances, et attendent des « réponses ». Notamment de la part de la vice-présidente Minarii Galenon, présente dans le cortège, dont plusieurs engagements pris l’année dernière sont encore en attente de concrétisation. L’association Te Feti’i, à l’origine de la marche, veut quoiqu’il arrive rencontrer la ministre et d’autres représentants institutionnels pour proposer de mener des projets en partenariat et faire remonter les « besoins du terrain ». Les militants de Te Feti’i « espéraient un peu plus de monde », mais 200 participants ce samedi, dans les rues de Papeete, « ça montre déjà que les gens veulent faire quelque chose ». L’association avait appelé à une grande marche blanche à l’occasion du premier anniversaire de la mort d’Ayden, décédée le 20 mai 2025 après de longues maltraitances dans sa famille d’accueil, à Taunoa. C’est de là qu’est symboliquement parti le mouvement ce samedi, pour une traversée de la ville en silence et au pas soutenu : « C’est les enfants qui ont mis du rythme » sourient les organisateurs qui rappellent que plusieurs autres îles, à Moorea ou Nuku Hiva notamment, ont aussi organisé des rassemblements. Même slogan des îles du Vent aux Marquises : « Stop à la violence infantile », « Respectez les enfants », « Le droit de grandir en sécurité »… Le cortège de Papeete s’est clos par le dépôt, devant le monument aux morts, de quelques fleurs pour la mémoire de « tous les enfants victimes » et d’Ayden en particulier. Forcément très émue, sa mère, au cœur de la marche, s’est dit « touchée » par la mobilisation, attend que « justice soit faite » pour sa fille, mais espère surtout que les autorités vont entendre le message de cette matinée et « faire changer les choses ». Se « questionner » pour casser le cycle de la violence Car Ayden, comme le souligne Rahei Thunot, la présidente de Te Feti’i, n’est « pas un cas isolé ». « Juste avant Ayden, il y avait Brian, un petit de deux ans qui est décédé par étranglement dans son propre foyer, rappelle-t-elle. On entend souvent ‘j’en suis pas mort’, quand on parle d’éducation : oui, mais il y a des enfants qui en sont mort, et d’autres qui vont porter leurs blessures et leur trauma toute leur vie d’ailleurs et qui vont répéter ces schéma là sur leurs enfants ». Mais pour la responsable, il est temps de casser le cycle : « Plus jamais d’Ayden, plus jamais de violences dans nos foyers » et un combat qui doit perdurer : « Le plus dur reste à venir », dit-elle. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/MARCHE-BLANCHE-1.wav La marche ne visait ainsi pas à « condamner ou juger qui que ce soit », mais « sensibiliser » et « amener chacun à se questionner ». « Ce que j’ai considéré comme normal dans mon enfance, est ce que c’était vraiment normal, est ce que je le ferais à un autre adulte, détaille Rahei Thunot. Beaucoup de personnes comme moi, on vécu des violences à des degrés différents, mais n’a pas eu la volonté de répéter ces violences avec ses enfants. Mais avec les informations qu’on a aujourd’hui, la science, tous les outils qu’on a a porté de main, on veut pouvoir mettre de la conscience dans ce qu’on fait ». Les réponses du gouvernement encore attendues Le message était aussi adressé aux autorités, notamment celles du Pays. Parmi les participants, beaucoup s’étonnent de ne pas avoir vu « de grands changements » dans les dispositifs de prévention des violences infantiles. Si personne ne veut « parler politique » au micro, certains s’interrogent sur la réalité des actions promises, dans la foulée du drame de Taunoa, pour s’attaquer au fond du problème. Renforts des services sociaux, accentuation des contrôles, formation des accueillant familiaux… Le gouvernement, s’appuyant sur le schéma d’action social et médico-social adopté par l’assemblée quelques semaines avant le drame, disait vouloir résorber certaines « failles » du système de prévention des violences et de prise en charge des situations à risque. Interpellée à Tarahoi le 27 mai 2025, la vice-présidente Minarii Galenon, alors hors territoire, mais qui avait fait lire sa réponse par Vannina Crolas, avait aussi annoncé des évolutions réglementaires, notamment sur le « statut de tiers digne de confiance et de feti’i ». Ainsi que des « Assises de la petite enfance » destinées à dresser un « état des lieux des réalités du terrain, de mieux coordonner les acteurs de l’action sociale, et d’élaborer des propositions répondant directement aux besoins ». Des assises qui n’ont à ce jour pas eu lieu. Présente dans le cortège de Papeete ce samedi avec une partie de son cabinet et d’autres représentants d’institution, la vice-présidente, en charge des Solidarités et de la Famille, n’a elle non plus pas souhaité prendre la parole sur des projets politiques pendant cette marche de commémoration. Des « projets en cours » seront toutefois détaillés dans les prochains jours, assure-t-elle. Parmi les militants associatifs, l’impatience est palpable, mais pas question d’entrer dans une confrontation. Te Feti’i devrait avoir des rendez-vous de travail « très prochainement » avec le gouvernement ou la DSFE, en compagnie de professionnels du social et de la santé qui connaissent les « réalités du terrain ». Il s’agit d’aller « chercher des réponses » sur les mesures prises pour lutter contre les violences infantiles, mais aussi « mettre en place des partenariats » pour mener à bien certains projets. Notamment celui des « Fare Feti’i », qui pourraient recevoir « toute personne qui s’occupe ou qui a la charge d’un enfant » et « l’accompagner dans la parentalité et dans l’éducation ». Des fare que Rahei Thunot voudrait voir fleurir « dans toutes les communes, ou en tout cas au plus proche des populations » : https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/MARCHE-BLANCHE-2-fare-fetii.wav