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Thomas Moutame dit « oui » au complexe hôtelier, mais « non » au CET

Après 39 ans à la mairie de Taputapuatea, dont 29 dans le fauteuil de maire, Thomas Moutame entend briguer un « dernier » mandat. Le tavana sortant, qui promet « de nouvelles têtes » sur ses listes en mars, dit vouloir accompagner le très ambitieux complexe éco-touristique privé Te Hau Moana, où il espère voir se créer pas moins de 1500 emplois. Le président de la CAPL met aussi en avant l’agriculture « bien sûr », les énergies vertes, et la culture traditionnelle, au travers notamment d’un « village de Turi », navigateur de Raiatea et père fondateur à Aotearoa. En revanche, le maire-candidat a fini par se rallier à l’opposition au centre d’enfouissement technique de Faaroa : « Le CET ne se fera pas à cet endroit ».

Un « dernier mandat » pour « préparer la relève ». Le discours n’est pas inédit dans cette campagne municipale, mais c’est bien ce que promet Thomas Moutame, qui à 67 ans va être candidat à sa propre succession à Taputaputea. Une commune où il rappelle avoir été élu conseiller municipal dès 1987, où il était devenu maire délégué deux ans plus tard, avant de prendre le siège de tavana en 1997, voilà 29 ans. « Je me suis posé la question : est ce que je vais continuer ? On a réfléchi avec le conseil municipal, avec ma famille, on a vu qu’il y avait encore des choses à terminer dans le développement, notamment le développement agricole, c’est mon dada, explique-t-il. Et je me suis que j’allais me représenter, mais pour une dernière mandature », explique celui qui est aussi président de la Chambre d’agriculture et de la pêche lagonaire (CAPL)… et qui assure avoir déjà des projets agricoles pour sa « pré-retraite ».

« 1500 emplois » au Te Hau Moana

En attendant, l’élu des Raromatai, qui a été représentant autonomiste à Tarahoi avec quelques discontinuités entre 1996 et 2023, veut faire aboutir durant le prochain mandat certains « grands projets ». À commencer par le très ambitieux complexe eco-touristique Te Hau Moana, en gestation depuis l’avant-Covid, et dont la société de promotion a enfin signé un bail avec le Pays. Et pas sur n’importe quel foncier : le domaine Martin, près de Avera, un des plus grands « sites remarquables » identifiés pour le développement hôtelier. 600 hectares, rachetés sous le gouvernement Fritch par le Pays : « j’avais beaucoup insisté » assure le maire qui veut « depuis le début » y voir un développement touristique ou agricole. C’est ensuite un professionnel du tourisme, fin connaisseur de l’Asie, qui a guidé vers le site un investisseur hong-kongais, venu à plusieurs reprises dans la commune ces dernières années. Thomas Moutame dit avoir « souvent échangé » avec lui, et même avoir œuvré pour « orienter le projet vers l’écotourisme ». Et le maire assure faire confiance au discret promoteur pour concrétiser ce complexe qui parait à beaucoup disproportionné. Mais vu le temps que les premières formalités ont prises, d’autres seraient « partis depuis plusieurs années ».

Hôtellerie de luxe, agro-tourisme, glamping, activités nature, villas golfiques sur double-parcours de 18 trous, parc aquatique, marina… La société Te Hau Moana qui doit mener des études préparatoires et poser la première pierre d’ici six ans pour obtenir un bail de longue durée, promet rien de moins qu’un complexe de 800 clés. « C’est beaucoup, reconnait le tavana, qui parle de Bora Bora comme une « île pilote » pour toutes les Raromatai. Mais ça n’est pas un projet fait seulement pour Taputapuatea, mais pour toute l’île de Raiatea. Peut être qu’il faut revoir la taille, mais on parle de 600 hectares. L’important, c’est surtout de respecter l’environnement, et les investisseurs veulent aller dans ce sens là ». Il assure que les promoteurs veulent aussi profiter de cet espace pour du développement agricole « bio » – y compris de « l’élevage » et des grandes cultures comme le riz – et des énergies renouvelables, afin d’être « autonome » et créer « un maximum d’emplois ». Aucun chiffre, pour l’instant, du côté du Pays ou de l’investisseur. Thomas Moutame parle lui, à terme, de 1500 emplois, pour un investissement total de plusieurs dizaines de milliards de francs. La commune n’est en rien aux commandes, « mais elle doit accompagner tout ça », insiste le maire-candidat.

Village de Turi et ateliers d’agrotransformation

Aussi massif qu’il puisse paraître, le Te Hau Moana n’est pas la seule priorité du maire sortant de Taputapuatea, qui réunissait au dernier recensement, 5000 des 12 000 habitants de Raiatea. En matière de tourisme culturel, il s’agit de « compléter » l’offre des marae classés à l’Unesco, qui ont déjà participé à faire « exploser » la fréquentation de l’île . Thomas Moutame, qui a fait plusieurs voyages, avec d’autres maires de Raromatai, dans le triangle polynésien pendant la mandature, veut notamment développer un « village » tourné autour de l’histoire de Turi. Ce navigateur, célébré en Nouvelle-Zélande comme le capitaine d’un des premières grandes pirogues à aborder Aotearoa, est originaire de la vallée de Fa’aroa, et il est considéré comme un ancêtre commun à beaucoup de « iwi » Maori. « J’ai rencontré les descendants de Turi en Nouvelle-Zélande, ils sont prêt à accompagner ce projet », assure le maire, qui assure qu’un site de 12 hectares va être transmis à la commune pour le projet. Plus haut dans la vallée, les restes du d’un paepae lié à Turi auraient été identifiés, et pourraient servir là aussi au développement du tourisme culturel.

Le président de la CAPL veut aussi, « bien sûr » poursuivre ses projets agricoles, tournés avant tout vers le bio. Et compte là aussi sur de grands investisseurs. Comme cette famille qui « vient de planter du uru sur 15 hectares », toujours à Faaroa, va « acheter toute la production de l’île » pour alimenter son usine de transformation, et développer, grâce au futur abattoir, un élevage de poulets de chair. S’ajoutent les projets liés à la coopérative de Taputapuatea et ses ateliers de transformations financés par le Pays, qui doivent notamment produire des flocons d’igname. Côté énergies vertes, après l’échec du projet un temps développé avec Akuo Energies, c’est la SPL qui doit prendre le relais pour construire « deux hectares de ferme agrisolaire », dans un calendrier qui reste à préciser.

CET : Il faut trouver un autre site ou peut être avec des incinérateurs… »

Il y a toutefois un grand projet que le candidat ne met plus en avant, encore du côté de Fa’aroa : le Centre d’enfouissement technique qui doit s’y installer depuis une décennie pour être le cœur de la gestion des déchets dans la communauté de communes Hava’i. Thomas Moutame a pourtant défendu par le passé, cette installation synonyme d’emplois, sur un terrain désigné puis affecté à la comcom, avec le soutien du Pays et l’État. Mais les contestations associatives, qui ont pris de l’ampleur ces derniers mois, ont fini par pousser le maire et son conseil municipal à faire volte-face à l’approche des élections. « J’ai tourné dans le domaine de Faaroa, et on m’a dit gentiment, tavana, on sait qu’il y a un problème sur les déchets, mais est ce qu’on peut trouver un autre endroit’, explique-t-il. J’ai été convaincu, on a réuni le conseil municipal, et on a dit « oui, au CET, mais sur un autre site ». L’État grince un peu des dents, mais c’est décidé : le CET ne se fera pas à cet endroit ». Le maire candidat reste très vague sur les alternatives, pourtant indispensables pour assurer la prise en charge des déchets dans l’archipel : « Il faut trouver un autre site ou peut être avec des incinérateurs… Je ne suis pas spécialiste dans ce domaine là, il faut commencer par réduire nos déchets, et réfléchir à une solution ».

Pour porter ce programme, Thomas Moutame compte sur de vieux alliés, mais aussi « beaucoup de nouvelles têtes ». Sur les 20 noms de la liste de Avera, 11 ont par exemple été renouvelés par rapport à l’élection de 2020.

 

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