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À Temae, la « vigilance » reste de mise après l’annonce d’une consultation

© Facebook Moorea Temae Plage

Voilà des années que l’association des habitants de Temae Moorea demande une consultation populaire sur l’avenir de la plage. Pourtant, l’annonce par l’exécutif d’un vote dans les six prochains mois n’est pas saluée sans nuance par son président Alain Bonno. Le membre fondateur de Tahei auti ia Moorea et candidat aux dernières municipales dénonce les trois années d’inaction du gouvernement Brotherson sur ce dossier, s’interroge sur l’opportunité politique de cette annonce, et surtout veut rester vigilant quant aux informations qui éclaireront les votants. La demande du collectif n’a pas changé : sanctuariser « l’intégralité de l’emprise réservée » inscrite au PGA.

L’annonce par Moetai Brotherson, ce jeudi, du lancement d’une consultation de la population sur l’avenir de la zone littorale de Temae a fait réagir les défenseurs de la plage publique. « C’est quelque chose qu’on demande depuis presque dix ans », souligne Alain Bonno, président de l’association des habitants de Temae Moorea. Le domaine détenu par le groupe Wane est au cœur des polémiques depuis qu’il est question d’y construire un hôtel de luxe, auquel s’opposent plusieurs habitants par peur de perdre l’accès à la plage.

Alain Bonno, qui est également membre fondateur de la fédération Tahei auti ia Moorea, précise que « cela fait trois ans qu’on attend les fameuses promesses de solutionnement de la situation », qui consiste pour lui en la création d’un jardin public sur l’emprise réservée par le plan général d’aménagement (PGA) de la commune. Soit une bande de plus de 500 mètres de long et d’une cinquantaine de mètres de large située derrière la zone littorale, nommée ER22. En 2023, le Pays avait proposé à Louis Wane de racheter cette emprise réservée mais l’homme d’affaires avait décliné, ne souhaitant pas voir l’installation d’un espace public entre son hôtel et la plage.

L’actualité politique remet la consultation au goût du jour, selon Alain Bonno

Si le sujet vient d’être remis sur la table, c’est parce que « l’affaire est politisée » : « Est-ce que c’est suite aux résultats des municipales, qui ont vu l’élection d’un représentant Tavini à la mairie annexe de Teavaro, où se trouve la plage de Temae, en la personne de Rahiti Buchin ? Est-ce que c’est la scission au sein du Tavini qui fait qu’on voit des choses se réaliser ? », s’interroge Alain Bonno, qui souligne que « le Pays a toute puissance pour faire appliquer le projet » mais ne fait rien depuis trois ans, depuis que le Tavini est aux commandes.

Du côté du gouvernement, on rappelle que ces trois ans on été consacrés à une tentative de « médiation » pour tenter d’accorder les demandes associatives et les projets de développement. La consultation populaire, dès 2024, était présentée comme une ultime option en cas d’échec des pourparlers, que l’exécutif a donc fini par acter.

Pour Alain Bonno, qui était aussi en tête de la liste A here ia Moorea Maiao (6,68 % des voix au premier tour des municipales), le Pays doit effectivement faire face au « dilemme » de « satisfaire la demande en espaces publics, qui sont très peu nombreux, voire presque nuls, à Moorea, et satisfaire l’emploi », alors que, sur l’île, « plus de 50 % des personnes en âge de travailler n’en ont pas ».

Néanmoins, l’arrivée d’un hôtel n’est pas, selon lui, une vraie solution sur ce point. « Ça crée de l’emploi, mais ça en détruit également », en impactant les AirBnB installés à proximité, les navettes maritimes, les loueurs de véhicules, les magasins, les restaurants et snacks…, et toute la main d’œuvre associée à ces acteurs économiques. « Je ne pense pas que l’hôtel va faire travailler autant de personnes que la petite hôtellerie à Moorea », souligne-t-il en citant, dans le même ordre idée, le projet de Carrefour à Maharepa, également porté par le groupe Wane, qui a été interdit par l’Autorité polynésienne de la concurrence en 2022 afin de ne pas peser sur les petits commerces déjà existants.

Pour l’association, seule la plage publique de Papetoai n’est pas en sursis à Moorea

Actuellement, seule Papetoai, avec sa plage de Ta’ahiamanu située à l’entrée de la baie de Opunohu, bénéficie réellement d’une plage publique et d’un accès au littoral, selon Alain Bonno. Le militant rappelle que l’espace public de Tiahura est de son côté menacé par un projet de « camping de luxe », évoqué en 2024 par l’exécutif comme une simple option, sur ce site dont la vocation n’a pas encore été tranchée par le Pays. Reste que la menace d’un développement privé existe, d’où l’importance de respecter l’emprise réservée à Temae, qui permettra de garantir l’accès à cette unique plage publique de ce côté de l’île.

« C’est ce qu’on défend depuis le début, on est constant dans ce qu’on demande : c’est l’intégralité de l’emprise réservée, telle qu’elle est inscrite au PGA. Donc on ne demande pas de la bouger, on demande simplement de consolider tout ça en l’état. Et si M. Wane le souhaite, de faire l’hôtel au-delà des limites de cette emprise réservée. Sachant qu’il a acheté le terrain en connaissance de cause. Le PGA a inscrit ça en 2013 et M. Wane a acquis la propriété en 2021″, défend Alain Bonno.

Le président de l’association des habitants de Temae Moorea attend maintenant la mise en place de la consultation et la bonne information de la population de l’île quant aux avantages et aux inconvénients du projet, afin qu’elle se prononce sur son avenir. « On va rester vigilant quand les choses se concrétiseront », conclut-il.

De son côté, le président du Pays a précisé à nos confrères de Tahiti Infos que la consultation populaire se fera dans un délai maximum de six mois et ne comportera qu’une seule question : “Est-ce qu’on exproprie ou pas la ER22 ?” Seuls les électeurs de Moorea-Maiao pourront y répondre.

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