ACTUS LOCALESPOLITIQUE « Survie » du Tavini et départ de Moetai Brotherson : Tony Geros hausse le ton La rédaction 2026-04-06 06 Avr 2026 La rédaction Oscar Temaru, devant les cadres du Tavini réunis en urgence ce vendredi, a appelé à « arranger les choses » avec les quinze démissionnaires du groupe à Tarahoi et le président du Pays. Mais cette fois, le discours n’a pas convaincu les élus fidèles et les militants, qui ont plutôt applaudi celui du vice-président du parti. Tony Géros, dans une rare prise de position dissonante avec le leader du mouvement, a demandé au Tavini d’acter la rupture et de prendre en main les deux dernières années de mandature, plutôt que de compromettre ses objectifs historiques. Oscar Temaru ira donc bien à la rencontre de Moetai Brotherson, plus que jamais soupçonné de préparer son propre mouvement, mais « si rien n’en ressort, le Tavini agira le 9 avril », probablement en demandant la démission du président du Pays. Lire aussi : Quinze élus annoncent leur démission du groupe Tavini Réunion d’urgence, ce vendredi matin, au siège du Tavini, au lendemain de la démission, annoncée, mais tout de même tonitruante, de 15 des 37 élus du groupe bleu ciel à l’assemblée. Une réunion lors de laquelle Oscar Temaru, président du groupe et du parti, a une nouvelle fois appelé, devant de nombreux cadres et militants, mais surtout une bonne partie des 22 représentants qui lui restent fidèles, à l’union des indépendantistes, et à la continuité du travail pour les deux dernières années de la mandature. Même si, Moetai Brotherson, dont les critiques sont très audibles sur la stratégie du parti, même si le président du Pays a marqué sa différence sur des sujets de fond comme le chemin d’accession à l’indépendance, même si les élus démissionnaires ont eux mêmes estimé que « les conditions d’un engagement collectif pleinement serein et cohérent ne sont plus réunies » au sein du groupe, Oscar Temaru « y croit encore », résume un militant après la réunion. « Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » « Il veut arranger les choses » ajoute Benoit Tarahu, nouveau maire délégué de Haapiti, qui a fait la traversée pour l’occasion. Le leader indépendantiste ménage, en effet, les élus démissionnaires devant les micros et caméras en quittant le siège de Faa’a. « C’est la prière récitée par Tapati, ‘pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font’, dit-il. C’est pour ça que je dois rencontrer Moetai, pour parler de l’avenir ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/TAVINI-1-oscar.wav Sauf que cette vision d’apaisement a soulevé de fortes oppositions pendant la réunion. À commencer par celle de Tony Géros, pourtant pas habitué à prendre à contre-pied la vision d’Oscar Temaru. Le vice-président du parti, après la prise de parole de son président, a demandé une réponse plus ferme face à cette scission. « Si on fait diverger les objectifs du parti, c’est mal barré pour nous » Une réponse plus ferme d’abord à l’égard des représentants démissionnaires. Il leur est rappelé – comme le Tapura l’avait fait en son temps à l’égard de ses démissionnaires réguliers – leur engagement à rendre leur siège à l’assemblée en cas de démission du parti. Un engagement acté dans le programme de campagne du Tavini en 2023, en tant que gage de stabilité de la mandature, et, d’après le président de l’assemblée, dans des documents signés par chacun des candidats bleu ciel aux territoriales. « Dans cette signature, on s’était tous engagés. Si on quittait le parti, on démissionnait de l’assemblée », insiste Tony Geros. Que vaut leur signature à partir du moment où ils ne la respectent pas eux-mêmes ? ». Pas question de reconnaître des torts dans la scission en cours : « Ceux qui sont à l’origine de cette fracture… c’est plutôt eux qui doivent s’exprimer pour savoir pourquoi ils ont fait ça. Nous, on compte sur nos forces, enfin celles qui restent, pour voir comment on va survivre au niveau de l’assemblée ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/GEROS1.wav Car la survie du parti est bien en jeu pour son vice-président, qui a aussi demandé une réponse plus ferme, ensuite à l’égard du président du Pays, plus que jamais pointé du doigt pendant les débats pour ses appels, ses entretiens, voire ses négociations avec les élus de l’assemblée. Tony Géros avait déjà accusé, en creux, sur les ondes de Radio 1, Moetai Brotherson d’être l’instigateur, ou du moins le catalyseur, de cette scission. Dès mardi, les accusations s’étaient fait plus précises dans les rangs des élus fidèles au rang Tavini : le gendre d’Oscar Temaru veut « former un autre parti », et veut convaincre à la fois une partie du Tavini et les tavana autonomistes qui ne voient pas leur avenir dans le Tapura. Tony Géros ne rentre pas dans des incriminations si directes, mais a tout de même insisté, ce vendredi sur l’idée que le Tavini faisait face à un « tournant historique ». Dans une vidéo diffusé après la réunion sur la page Facebook du parti, le président de l’assemblée, militant de la première heure du Tavini, y regrette que le parti et son chef de file soient tentés de « négocier un alignement des deux côtés ». « Si on fait diverger les objectifs du parti, c’est mal barré pour nous », insiste-t-il. En clair, pas question de se perdre en compromis avec la ligne Brotherson… Et pas question non plus de laisser le président du Pays imposer ses vues sur la fin de la mandature. Car malgré la « majorité qui se lézarde », l’ancien maire de Paea veut surtout reprendre la main sur les deux ans restants avant les territoriales de 2028. En 2011, « les caisses étaient vides », « on avait pas forcément envie d’y aller », mais « on avait relevé le défi », rappelle-t-il. Deux ans plus tard, le Tavini perdait le pouvoir, mais gagnait la réinscription du pays sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU, jalon historique du mouvement indépendantiste. « On était sorti sur une victoire », et Tony Géros ne veut pas, cette fois, accepter la défaite. D’autant qu’après 2013 le Tavini avait « traversé un désert de dix ans », rappelle le vice-président. Cette mandature doit être celle de la confirmation à ses yeux, et pas le début d’une nouvelle décennie à vide. Moetai Brotherson à l’église plutôt qu’au « tribunal » Un discours qui a, là aussi chose rare vu la dissonance avec la vision d’Oscar Temaru, été plébiscité par les cadres du parti pendant la réunion. Plusieurs élus et militants se sont levés pour demander des « actions ». La démission en masse des 22 représentants Tavini restants pour provoquer des territoriales anticipées a été évoquée, et rapidement écartée. Le reversement du gouvernement Brotherson, lui, a été plus sérieusement discuté, certains rappelant que le chef de l’exécutif, voilà moins d’une semaine, avait assuré devant les mêmes militants qu’il démissionnerait si le parti le lui demandait. Cette décision n’a pas été prise ce vendredi, mais elle a été réclamée par beaucoup. En fin de réunion, c’est le secrétaire général Vito Maamaatuaiahutapu qui s’est chargé de la synthèse : Oscar Temaru essaiera de rencontrer Moetai Brotherson dans les jours à venir, « peut-être accompagné par d’autres élus », comme le précise Tony Géros. « Si rien ne ressort de cette rencontre, le Tavini Huira’atira agira le 9 avril », écrit le parti sur sa page Facebook, sans préciser la nature de cette action. Moetai Brotherson, toujours membre du Tavini, n’a pas assisté à la réunion, mais l’a commentée à distance, depuis une église, en ce weekend pascal : « Pendant que certains se réunissent en tribunal, je préfère m’en remettre à Dieu, en ce vendredi saint », a-t-il écrit sur ses réseaux.