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La Calédonie risque le « chaos » et un « futur sombre » en cas de rejet de l’accord de Bougival

Interrogé au lendemain du rejet, par la commission exécutive de l’Union Calédonienne, de l’accord signé le 12 juillet, Manuel Valls a dit encore croire à une validation de ce compromis « historique » et « équilibré » par tous les partis puis par les Calédoniens eux-mêmes. Rappelant que le texte garantit le droit à l’autodétermination et les droits du peuple Kanak autochtone, il appelle les responsables politiques à « écouter » ceux qui « aspirent à la paix civile et à la prospérité », et à penser à leur pays plus qu’à leur parti. Faute de quoi la Calédonie retomberait dans le « chaos », la « violence » : « le futur de la Nouvelle-Calédonie serait particulièrement sombre ».

C’était une des craintes – pas la seule – sur l’avenir de l’accord de Bougival, signé le 12 juillet dernier par des mouvements indépendantistes et loyalistes calédonien. Comme l’a annoncé notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes, les délégués de la commission exécutive de l’Union Calédonienne, un des deux composantes majeures du FLNKS, ont décidé de ne pas soutenir le texte, arraché après plusieurs mois de pourparlers sur le Caillou et une dizaine de jours de négociations dans la banlieue parisienne. Cette position, qui contredit la signature du président du parti Emmanuel Tjibaou ou celle de l’ancien président du Congrès et signataire de l’accord de Nouméa Roch Wamytan, autre figure de l’UC, pourrait, si elle était confirmée lors du comité directeur du parti le 26 juillet, mettre à mal les chances de validation de l’accord lors de la consultation qui doit être organisée auprès des électeurs calédoniens d’ici quelques mois.

Interrogé sur ce revers à l’occasion de son passage à Rurutu, Manuel Valls a appelé les élus calédoniens à la « plus grande responsabilité » devant cet accord « historique », « équilibré », qui est pour lui « un pari sur l’intelligence » et « une chance pour la Nouvelle-Calédonie ». Le ministre des Outre-mer précise aussi que les équilibres du texte de Bougival, dont il est le principal instigateur et le porteur politique à Paris, ne peuvent plus être modifiés, si ce n’est quelques « adaptations », lors de la « mise en œuvre » et des débats institutionnels. « Cet accord, tout le monde s’y est engagé, doit être présenté en l’état. Sa structure, son équilibre ne peuvent pas être remis en cause sinon il n’y aurait pas d’accord, dit-il. Il est impossible que cet accord ne soit pas mis en œuvre parce que nous sauterions vraiment dans l’inconnu. Alors qu’il faut reconstruire qu’il faut rassurer les investisseurs, notamment dans le domaine du nickel… L’absence d’accord conduirait au chaos et de nouveau à la violence et le futur de la Nouvelle-Calédonie serait particulièrement sombre ».

« Ce que nous avons fait tous ensemble, c’est d’éviter de nouveau les référendums couperet »

Le membre du gouvernement de François Bayrou ne perçoit pas l’avis négatif de la commission exécutive de l’UC comme une position définitive. « Il faut se laisser encore quelques jours, quelques semaines, pour que chacun prenne pleinement conscience des avancées de Bougival », dit-il. Soit la création d’un « état de la Nouvelle-Calédonie » au sein de la République, doté d’une nationalité propre mais appuyée sur la nationalité française, une loi fondamentale, une éventuelle reconnaissance internationale, de possibles transfert de compétences régaliennes soumis à une validation du Congrès, des Calédoniens et de l’Etat, en plus d’engagements sur la reconstruction économique et sur l’élargissement du corps électoral.

À tous les responsables politiques calédoniens – mais particulièrement ceux de l’UC, puisque le Palika, autre composante du FLNKS, et plusieurs partis loyalistes soutiennent déjà officiellement l’accord – l’ancien Premier ministre demande donc « la plus grande responsabilité ». Et répond, en creux, à la commission exécutive du parti qui ne voient pas dans le texte les « fondamentaux du combat du peuple kanak », ou un moyen d’échapper au « joug colonial ». L’accord de Bougival « n’oublie pas l’histoire, n’oublie pas évidemment le peuple premier », le « peuple autochtone » dont l’accord garantie les « droits fondamentaux », assure-t-il, le droit à l’autodétermination est inscrit « dès le préambule » du texte. « J’ai lu ici ou là que certains disaient que les verrous rendaient impossibles les transferts [de compétences régaliennes]. Je ne le crois pas, complète-t-il Ce que nous avons fait tous ensemble, c’est d’éviter de nouveau les référendums couperet, qui jettent les Calédoniens les uns contre les autres ».

« C’est le moment de penser plus à la Nouvelle-Calédonie qu’à sa propre formation »

Le ministre, qui terminera sa toute première visite en Polynésie ce mardi soir, ne se rendra pas dans l’immédiat sur le Caillou, où il a déjà voyagé quatre fois depuis son arrivée rue Oudinot en décembre dernier. « Je crois que c’est le moment des formations politiques calédoniennes », précise-t-il, les appelant à « expliquer » cet accord – s’il le faut en faisant appel aux services de l’État pour des précisions – et surtout à « écouter » ceux, dans le monde politique, mais aussi dans le monde économique et la société civile calédonienne, « qui aspirent à la paix civile et à la prospérité ».

Manuel Valls rappelle au passage dans quel contexte ce compromis a été signé. Celui d’un pays qui vivait sur la même « trajectoire », celle des accords de Nouméa, depuis 27 ans, et qui a été profondément divisé par le référendum de 2021 et les violences débutées en mai 2024. « Aujourd’hui vous le savez sur l’économie est à terre. Nous risquons à tout moment une explosion sociale, une grande partie de la jeunesse et marginalisée. Le secteur de la santé est en très grande difficulté. Les destructions de biens publics et de biens privés ont représenté plus de deux milliards d’euros (240 milliards de francs, ndr) de dégâts. Et l’Etat, en deux ans a investi 3 milliards supplémentaires (360 milliards de francs) pour venir en aide aux Calédoniens, aux entreprises et à la reconstruction de ce territoire. Enfin je n’oublie pas qu’il y a eu des morts, des blessés, que la haine, le racisme, le rejet de l’autre se sont malheureusement installés ».

« C’est le moment de penser plus à la Nouvelle-Calédonie qu’à sa propre formation et je ne doute pas que c’est l’état d’esprit de chacun aujourd’hui », conclut le ministre des Outre-mer, qui a été interpellé à plusieurs reprises sur l’accord de Bougival au cours de sa visite polynésienne, notamment lors de son passage aux Marquises.

 

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