ACTUS LOCALESPOLITIQUE Agence Opua : la lettre ouverte de Jean-Christophe Bouissou au gouvernement Caroline Perdrix 2025-12-02 02 Déc 2025 Caroline Perdrix ©CP/Radio1 À la suite de la décision du Pays de se désengager de l’agence d’aménagement Opua, son créateur l’ancien ministre de l’Aménagement, Jean-Christophe Bouissou, accuse le gouvernement dans une lettre ouverte de bafouer le droit et de « fragiliser volontairement la cohérence de l’action publique ». Jean-Christophe Bouissou n’apprécie pas de voir le Pays se désengager de l’agence Opua, via une délibération que la commission de l’aménagement doit examiner ce mercredi, ainsi que l’a révélé Tahiti Infos. Et il s’interroge sur le fond comme sur la forme. Crée par la loi du Pays sur le schéma d’aménagement général de la Polynésie française (Sage), Opua n’est pas « une option politique » mais « découle d’un cadre juridique supérieur ». Ce n’est pas « une structure accessoire que l’on pourrait fermer comme on referme un simple dossier », mais « la colonne vertébrale », la boite à outils nécessaires à la mise en œuvre des politiques publiques en matière d’aménagement. Le retrait du Pays pose donc des questions sur « la cohérence de notre droit, la continuité de l’État et le respect de la parole donnée devant nos communes qui sont en jeu ». Conçue sous la forme d’une association en septembre 2020, Opua devait permettre, explique l’ancien ministre de l’Aménagement, de « disposer enfin d’un lieu où le Pays, les communes, l’État et le secteur privé pourraient travailler ensemble, partager les données, harmoniser leurs projets et s’assurer que les grandes orientations du Sage se traduisent concrètement dans les territoires. » Un espace « unique » pour « mettre tout le monde au diapason, éviter les contradictions entre projets publics et initiatives privées, anticiper les besoins en foncier, en réseaux, en équipements. Supprimer cet outil sans lui substituer un autre mécanisme, c’est fragiliser volontairement la cohérence de l’action publique », écrit Jean-Christophe Bouissou. Une asphyxie volontaire Selon lui, c’est la déshérence dans laquelle le gouvernement a laissé Opua depuis 2023 qui est la cause des dysfonctionnements aujourd’hui reprochés à l’agence : « C’est à partir de ce moment que le soutien politique s’est effrité, que les contributions du Pays ont été gelées pendant de longs mois, que l’agence s’est retrouvée sans direction stable, que les arbitrages ont été différés, que l’incertitude a gagné les équipes. Il est aujourd’hui commode d’attribuer à l’outil les conséquences d’une paralysie provoquée par ceux-là mêmes qui en organisent le retrait. » Ou, comme dit le dicton : le mauvais ouvrier blâme ses outils. Jean-Christophe Bouissou salue tout de même les efforts de Victoire Laurent, adjointe du maire de Faa’a nommée à la tête de l’association en 2024. Sur le « gouffre financier » que représenterait Opua – on parle de 400 millions – Jean-Christophe Bouissou s’inscrit en faux : « La réalité est que le Pays a retardé le versement de sa contribution pendant près de trois ans et que les montants récemment mis en avant correspondent pour une large part à un rattrapage de fonds qui auraient dû être versés régulièrement. (…) On ne peut pas, d’un côté, asphyxier progressivement un organisme en bloquant les financements et, de l’autre, lui reprocher de ne pas avoir atteint ses objectifs. » « Le Pays laisse un vide » « En se retirant d’Opua, le Pays laisse un vide. Il prive les communes de leur principal outil de coordination avec le niveau national, il retire à l’État et au secteur privé un interlocuteur structuré sur les questions d’aménagement, il se passe d’une plateforme d’ingénierie indispensable pour des projets de plus en plus complexes », écrit encore l’ex-vice-président. Moorea a déjà quitté la structure, et d’autres communes souhaiteraient également se retirer. Car de fait, sans le soutien financier du Pays, Opua ne pourrait pas être financée par les seules communes. Mais le Syndicat pour la promotion des communes (SPCPF) trouve dommage de voir Opua péricliter, car hormis le Comité des finances locales qui se réunit une fois par an, il n’existe aucun organisme de discussion entre les trois niveaux, communes, Pays et État. Et les besoins en ingénierie et en conseil sont réels. C’est d’ailleurs pourquoi le SPC a récemment indiqué son intention de recourir aux services du Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement, qui dépend du ministère de la Transition écologique en métropole). Jean-Christophe Bouissou conclut sa lettre ouverte en souhaitant que le Pays réexamine sa décision. Lettre Ouverte JCB Agence Opua _ Retrait Du Pays