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Assainissement : Rémy Brillant accuse Tauhiti Nena de « raisonner à très court terme »

Qui doit gérer la station d’épuration de Papeete ? Tauhiti Nena avait lancé le débat alors que la commune s’apprête à transférer cette compétence à la communauté de communes Teporionu’u. L’élu de l’opposition municipale dénonce une perte de contrôle, mais pour Rémy Brillant, son futur adversaire dans les urnes « raisonne à très court terme, juste parce qu’il y a des élections. » Ce transfert est au contraire une chance, dit-il, celle de mutualiser les moyens pour un meilleur service public : « Ce n’est pas une question de pouvoir, c’est une question d’efficacité. »

À quelques mois des municipales, le dossier de l’assainissement ravive les tensions à Papeete. Tauhiti Nena, conseiller municipal et candidat déclaré, accuse la majorité en place de vouloir « brader » la station d’épuration de Papeava en transférant la compétence à la communauté de communes Teporionu’u. Selon lui, la capitale y perdrait en contrôle et en influence. Des critiques auquelles Rémy Brillant, Directeur général des services de Papeete a tenu à répondre en rappelant d’abord « l’état alarmant de l’assainissement » à Papeete dans les années 2000. « À l’époque, il y avait 250 petites stations d’épuration, dont la plupart étaient hors service. On avait des odeurs autour du marché municipal, des puisards obstrués, et des eaux usées qui partaient directement dans la rade. Il fallait qu’on fasse quelque chose », se souvient-il. Une première station provisoire est alors construite dans les jardins de l’hôtel de ville. Ce dispositif d’urgence, baptisé « zone zéro », permet de traiter les effluents du marché et vient amorcer un chantier plus vaste : la création d’une station d’épuration moderne pour l’ensemble du centre-ville.

Dépasser « les logiques de pouvoir »

C’est à ce moment qu’est créée, en 2010, la société d’économie mixte (Sem) Te ora no ananahi, rappelle-t-il encore. Elle est alors chargée de piloter les études et de mette en œuvre le projet. « On avait un dossier prêt, et grâce au maire de l’époque (le même qu’aujourd’hui, ndr) , qui était aussi député et disposait de relais en France, on a pu obtenir des soutiens. » Le projet bénéficie en effet d’un financement massif : sur les 7,5 milliards de francs d’investissements, environ 90 % proviennent de l’État, du Pays et du Fonds européen de développement. « La part de la commune est très faible, contrairement à ce qu’on entend parfois« , souligne Rémy Brillant qui explique aussi que la station de Papeava a été pensée dès le départ pour accueillir les eaux d’autres communes. Il faut dire que Pirae et Arue sont confrontées à des problématiques similaires, notamment autour de l’hôpital, mais leur syndicat intercommunal (Sivu) n’avait réalisé que des études. Le Sivu a donc été dissous lors de la création de la communauté de communes Teporionu’u en 2023. « Quand les stations ne fonctionnent pas, les eaux usées partent dans le réseau pluvial, puis dans le lagon. Et le lagon, lui, n’a pas de frontière », rappelle l’élu.  « L’État encourage les communes à mutualiser certaines compétences. On ne peut pas raisonner à très court terme, juste parce qu’il y a des élections. Il faut préparer l’avenir. L’intercommunalité, c’est une solution qu’on a longtemps écartée à cause des logiques de pouvoir. Mais il faut dépasser ça. »

Critiquée par Tauhiti Nena, la composition du conseil communautaire fait l’objet d’un consensus, selon Rémy Brillant : « La répartition a été validée par le conseil municipal. Les décisions se prennent à l’unanimité. Papeete garde toute sa place dans cette organisation. «  Quant à la présidence confiée à Yvonnick Raffin, élu de Pirae, le Directeur des services de Papeete assure qu’elle s’inscrit dans une logique de coopération : « On peut tout à fait envisager une alternance avec Papeete ou Arue à l’avenir. Ce n’est pas une question de pouvoir, c’est une question d’efficacité. »

Et si le leader de Papeete to’u ‘oire semblait douter des bénéfices de ce transfert pour Papeete, Rémy Brillant cite lui les économies d’échelle, les subventions pérennes (notamment une aide annuelle de 100 millions francs versée par l’État à la com’com’), il évoque aussi un « fonds de concours » – 200 millions par commune sur 8 ans versés par Pirae et Arue. Il évoque aussi un projet de raccordement financé à hauteur de 1,5 milliard de francs, pour connecter de nouveaux bâtiments à la station.  « Ça va nous permettre de développer notre dispositif. Les 400 millions de la Seml sont des provisions pour des projets futurs. Ces mêmes fonds seront affectés à la com’com’, qui les utilisera avec nous. Nous, on est dedans. On est des vrais partenaires. C’est comme ça qu’il faut voir les choses. »

Dernière étape de ce processus : la dissolution programmée de la Sem fin 2025. « Il y a un dernier chantier à réaliser, subventionné, que la Semdoit terminer « , indique Rémy Brillant. Ensuite, la communauté de communes reprendra en régie les missions et le personnel de la structure. « Ce qu’on a construit, on ne le perd pas. On le partage pour aller plus loin. » Il rappelle enfin que la Cour des comptes a validé cette orientation, pointant que « l’ensemble des missions dévolues à la Sem sont aujourd’hui déléguées à des entreprises privées » et qu’un tel « maillon n’est plus utile ».

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